Pitch cinéma - 19/09/2018 - EM108

disponible +30 jours

Le Pitch - Cinéma
Émission du mercredi 19 septembre 2018

diffusé le mer. 19.09.18 à 0h09
émissions culturelles | 2min | tous publics

LES FRÈRES SISTERS de Jacques Audiard

 

Avec Joaquin Phoenix, John C. Reilly, Jake Gyllenhaal et Riz Ahmed

 


 

Charlie et Elie Sisters évoluent dans un monde sauvage et hostile, ils ont du sang sur les mains : celui de criminels, celui d'innocents... Ils n'éprouvent aucun état d'âme à tuer. C'est leur métier. Charlie, le cadet, est né pour ça. Elie, lui, ne rêve que d'une vie normale. Ils sont engagés par le Commodore pour rechercher et tuer un homme. De l'Oregon à la Californie, une traque implacable commence, un parcours initiatique qui va éprouver ce lien fou qui les unit. Un chemin vers leur humanité ?

 

• Prix du 44e Festival de Deauville au Festival du cinéma américain de Deauville

• Lion d’argent de la meilleure mise en scène à la Mostra de Venise

 

« Les Frères Sisters » est le premier film tourné intégralement en langue anglaise (et avec des acteurs majoritairement américains) de Jacques Audiard. Ce sont John C. Reillyet et Alison Dickey (l'épouse productrice du comédien) qui ont demandé au réalisateur, lors du festival de Toronto où était projeté « De rouille et d’os » en 2012, de lire le roman de Patrick deWitt dont ils détenaient les droits. Audiard se rappelle : « Je ne m’en suis pas rendu compte sur le moment mais c’était la première fois que l’on me proposait un sujet qui me plaisait. Jusque-là, j’étais toujours parti sur une idée que j’avais, un roman que j’avais lu… bref, l’initiative venait toujours de moi. Pas là. J’ajouterai que si j’étais tombé par hasard sur le roman de Dewitt, s’il ne m’avait pas été proposé, jamais je ne serais parti de mon propre chef sur un western. Entre-temps, comme le scénario était déjà en route, j’ai fait 'Dheepan'. À l’arrivée, tout cela est effectivement assez dépaysant. »

 

Jacques Audiard a voulu tourner « Les Frères Sisters » en Espagne et en Roumanie plutôt qu'en Amérique du nord. En compagnie d'une partie de son équipe, le cinéaste avait fait des repérages aux Etats-Unis dans toute la route Oregon-San Francisco, qui débouche sur le Pacifique, mais aussi à Alberta au Canada. En dehors même des problématiques de coûts, ce qui l’a gêné réside dans le fait que les décors sont intacts et d'une qualité d’entretien irréprochable. Audiard raconte : « Et tu te demandes « mais j’ai vu ça combien de fois ? » Le big sky, les villages pionniers, tous ces décors sont à dispo, avec la montagne en arrière-plan, la profondeur… il suffit de les louer ! Il nous a semblé qu’il fallait être plus inventif que ça. Ce qui est en jeu, c’est le rapport que tu entretiens avec le réel en tant que metteur en scène. Tout ce réel n’aide pas à voir le cinéma. Au mieux, ça amène au documentaire ; ça ne pousse pas à avoir un véritable geste, ni une quelconque invention. »

 

Lorsque Jacques Audiard est entré en contact avec Jake Gyllenhaal, ce dernier lui a dit qu'il s'est un peu renseigné sur la période que le film dépeint et a demandé au metteur en scène comment s’exprimerait son personnage, un individu passé par les premières universités de la Côte Est au XIXe. Audiard se rappelle : « Heu, merci bien, mais comment répondre à ça ? Bref, il est allé bosser un mois avec un linguiste, et il est revenu avec un script en phonétique ! Il ne lui manquait plus que le costume. C’était la première fois que je vivais ça. Ils viennent avec la démarche du personnage, ils ont déterminé comment il s’assied, comment il se comporte en société, s’il regarde ou non ceux à qui il s’adresse. Depuis des décennies, ils ont développé ce métier d’acteur de cinéma. Ils savent où est la caméra, quel est l’objectif, comment on va les voir, s’ils sont dans le cadre ou non, quel détail de leur expression va être capté. Tout cela était très nouveau pour moi et très impressionnant. Électrisant, même. Quant à Joaquin (Phoenix), c’est le plus charmant des hommes, mais il me dit d’emblée 'Jacques, je ne suis pas un acteur professionnel'. Bon, il est difficile de le prendre au sérieux quand il dit ça, vu qu’il est sous le feu des projecteurs depuis l’âge de huit ans… À la fin de chaque prise, il se tient debout, l’oreille tendue vers toi, attendant que tu viennes lui dire comment c’était, et ce qu’il doit ajuster pour la prochaine. Mais attention ! Pas question de lui dire que c’était bien ! Après, comme partout, chaque acteur est différent et aura besoin d’indications spécifiques. »

 

Le film est dédié au frère aîné de Jacques Audiard, disparu à l’âge de 25 ans. Le réalisateur explique : « Cette dédicace me paraissait normale. Dans une fratrie de deux, au moment de la disparition accidentelle du grand frère, on devient non seulement fils unique mais aussi l’aîné. Toute la responsabilité qui lui incombait théoriquement vous revient, c’est l’héritage qu’il vous laisse. On réalise alors qu’on s’abritait derrière lui, et que c’était bien confortable. D’un coup, on a tous les inconvénients de l’aînesse, mais sans les avantages. Et on est seul. »

 

 

FORTUNA de Germinal Roaux

 

Avec Bruno Ganz, Kidist Siyum Beza et Patrick d’Assumçao

 

 

Zachary, 17 ans, sort de prison. Rejeté par sa mère, il traîne dans les quartiers populaires de Marseille. C'est là qu'il rencontre Shéhérazade...

 

• Ours de Cristal pour le meilleur film et Grand prix du jury international de Generation 14plus pour le meilleur film au Festival de Berlin

 

Les projets de cinéma de Germinal Roaux démarrent toujours avec une rencontre dans la vraie vie. Pour son précédent film, il s'agissait de la découverte de ces jeunes filles qui se prostituent occasionnellement pour s’acheter des fringues de luxe. Pour « Fortuna », les choses ont commencé avec la compagne comédienne du metteur en scène, Claudia Gallo, qui a été engagée à Lausanne par le CREAL (Centre de ressources pour élèves allophones) afin d’encadrer des enfants roms qui traînent dans la rue. Il se rappelle : « De fil en aiguille, on lui a demandé de s’occuper de mineurs non accompagnés, que j’ai rencontrés à mon tour et dont les histoires m’ont bouleversé, notamment le récit d’une jeune adolescente tombée enceinte pendant son exil, qui préfigure celui de Fortuna. La situation de ces jeunes exilés était si déchirante, leurs récits si forts et courageux qu’il me fallait parler d’eux, faire quelque chose. Nous sommes tous désarmés devant ce qui se passe en Europe, en Méditerranée avec les traversées cauchemardesques auxquelles on assiste sur nos écrans et par nos radios, sans pouvoir aider. C’est terrible de se sentir impuissant devant tant de souffrance. Toutes ces réflexions nées de mes rencontres avec ces jeunes m’ont appelé à écrire l’histoire de 'Fortuna'. Durant les premiers mois d’écriture, j’ai fait des recherches sur l’accueil des réfugiés en Suisse et c’est là que j’ai découvert que, pour pallier le manque de place dans les centres de requérants, des frères du monastère d’Einsiedeln en avaient accueilli chez eux. Du coup, cela a résonné en moi et m’a donné envie de situer le film à l’hospice du Simplon, j’aimais ce lieu que je connaissais pour y avoir déjà fait des photos. Ma rencontre avec les chanoines du Simplon a été déterminante dans l’écriture du projet 'Fortuna'. Mois après mois mes carnets de notes se sont remplis comme un herbier, une collection d’idées et de mise en relation qui ont fini par aboutir à un projet de long métrage. »

 

Le casting a été un long travail, qui a d’abord commencé en Suisse. Germinal Roaux avait au départ envie d’impliquer des mineurs non accompagnés dans ce projet, avant de rapidement se rendre compte que, pour des raisons émotionnelles évidentes, ce ne serait pas possible. Le réalisateur explique : « Le premier casting helvétique ne m’a pas révélé LA perle. Je voulais en effet une jeune fille qui venait juste d’arriver en Europe, encore marquée dans sa voix et dans son corps par ses origines africaines. Les jeunes filles que l’on rencontrait ici s’étaient rapidement adaptées à notre mode de vie occidental et avaient souvent perdu tout de leurs racines. Par la suite, avec l’aide d’une directrice de casting nous avons fait des recherches à Paris, puis en Afrique de l’Ouest, également restées vaines. Sur les recommandations de Ama Ampadu, une amie productrice, j’ai proposé à Ruth Waldburger d’aller faire le casting à Addis-Abeba où, durant une dizaine de jours, nous avons testé une centaine de garçons et de filles devant la caméra, et c’est là que je suis tombé sur Kidist, LA Fortuna que je cherchais, une orpheline qui parlait un peu d’anglais et avait tenu un petit rôle dans le film éthiopien 'Lamb' de Yared Zeleke, primé à Cannes en 2015. Kidist Siyum Beza m’a tout de suite impressionné par sa présence, et la force qui émanait de sa fragilité tenant notamment à sa foi profonde. Elle rayonne : on la sent du côté de la vie malgré sa tristesse. Quant au garçon, Assefa Zerihun Gudeta, qui n’était pas prévu au casting, je l’ai rencontré parmi les nombreux curieux qui nous tournaient autour. Il avait fait un peu de théâtre, et sa présence incroyable m’a tout de suite saisi. »

 

Germinal Roaux avait pensé à Bruno Ganz en cours d’écriture du scénario de « Fortuna », car il lui fallait un acteur de sa stature capable de porter le rôle du chanoine « supérieur ». Le réalisateur se souvient : « J’en ai donc parlé à Ruth Waldburger, nous lui avons envoyé le scénario, qui l’a beaucoup intéressé, et notre première rencontre a été marquée par une belle discussion. Il posait beaucoup de questions, sensibilisé aussi par le fait qu’Angela Merkel venait d’accueillir environ un million de réfugiés. Or, travailler avec lui m’impressionnait beaucoup, et je ne savais pas trop comment allait se faire la greffe entre cet immense comédien et une débutante. Avec la jeune Kidist, je ne voulais surtout pas risquer d’abîmer ce qu’elle pouvait amener d’elle-même à son personnage de Fortuna et pour cette raison j’ai décidé de ne jamais lui donner le scénario. Nous avons travaillé en partie sur l’improvisation ou plus exactement sur l’adaptation du dialogue au langage propre des deux acteurs éthiopiens, avec l’aide précieuse d’une interprète amharique. De son côté, Bruno Ganz exigeait la stricte interprétation d’un texte dont il garantissait de ne pas toucher une virgule. Deux façons bien différentes d’appréhender le travail et de construire les personnages du film. »

 

Le tournage de « Fortuna » a duré 37 jours, entre avril et mai 2016. Une expérience unique pour Germinal Roaux « Dans l’ensemble, le tournage du film, qui aurait pu tourner à la catastrophe du fait de la rigueur des conditions, coincés que nous étions à plus de 2000 mètres d’altitude et par un froid glacial, a vraiment été une réussite et une aventure collective marquante pour tous », se rappelle le metteur en scène. Il revient aussi sur l’accueil chez les chanoines : « Tout au début, je les ai sentis un peu réticents à accueillir une équipe de tournage, en tout cas pour certains d’entre eux, puis ils ont lu le scénario, en ont beaucoup parlé entre eux et ensuite nous ont hébergés et aidés avec beaucoup de bonne volonté et de chaleur. »

 

Germinal Roaux s’explique sur le choix du noir et blanc : « C’est ma langue, et ça l’est de plus en plus. Cela me semble le médium idéal pour raconter les histoires telles que je les conçois. On pourrait en parler longuement, même du point de vue philosophique, avec le jeu de l’ombre et de la lumière, et je crois que le spectateur est engagé de façon très différente devant un film en noir et blanc. Le cinéma peut nous ramener à une expérience du temps présent et c’est cela que je recherche. Mon souci est de rendre le spectateur actif, de lui donner un rôle, de l’inviter à réfléchir sur des questions essentielles de notre condition humaine. La vraie difficulté de l’écriture cinématographique c’est de réussir à écrire l’histoire non pas de l’extérieur comme si on l’observait, mais de l’intérieur comme si on la vivait et permettre à chaque spectateur de voir son propre film en lien avec son propre vécu. Un film devrait pouvoir s’écrire dans le regard de celui qui le regarde. »

 

Germinal Roaux explique comment il voit « Fortuna » : « J’ai cherché sans hystérie ni démagogie la façon dont nous pourrions nous élever. Humblement, avec les outils de l’artiste et ceux du cinéma, j’ai tenté de créer l’espace d’une réflexion. J’ai rassemblé patiemment les témoignages de jeunes mineurs non accompagnés, de réfugiés, de religieux, d’éducateurs. J’ai essayé de comprendre quels étaient les souffrances et les enjeux de notre société actuelle face aux questions de la migration. Je ne pense pas avoir trouvé de réponses. Mais j’ai souhaité que ce film puisse nous rassembler autour d’idées qui cherchent à unir plutôt qu’à diviser. Avec la poésie, d’essayer d’inspirer plutôt que d’affirmer. 'Poésie' dans sa racine grecque veut dire 'faire'. Un jour, quelqu’un demanda à Paul Valéry 'Ça veut dire quoi votre poème ?', et Paul Valéry répondit 'Ça ne veut pas dire, ça veut faire !' Modestement, c’est cela aussi que j’essaie de faire. Un cinéma qui aurait l’ambition de 'faire' plus que de dire. »

 

 

BONUS

 

 

LEAVE NO TRACE de Debra Granik

 

Avec Ben Foster, Thomasin McKenzie et Jeff Kober

 

 

 

Tom a 15 ans. Elle habite clandestinement avec son père dans la forêt qui borde Portland, Oregon. Limitant au maximum leurs contacts avec le monde moderne, ils forment une famille atypique et fusionnelle. Expulsés soudainement de leur refuge, les deux solitaires se voient offrir un toit, une scolarité et un travail. Alors que son père éprouve des difficultés à s'adapter, Tom découvre avec curiosité cette nouvelle vie.
Le temps est-il venu pour elle de choisir entre l’amour filial et ce monde qui l'appelle ?

 

« Leave No Trace » trouve son origine dans une histoire vraie qui s'est déroulée à Portland. Une fille et son père ont été découverts alors qu'ils vivaient depuis 4 ans dans la réserve naturelle qui borde la banlieue de la ville. Ils ne s'y aventuraient que pour récupérer la pension d'invalidité du père et y acheter ce qu'ils ne pouvaient pas faire pousser. Malgré ces conditions de vie singulières, l'adolescente était en bonne santé et avait un niveau scolaire supérieur aux gens de son âge. Après avoir été placés dans un hara où le père pouvait travailler, le duo a disparu dans la nature.

Si « Leave No Trace » s'inspire d'une histoire vraie, il s'appuie en réalité sur le roman de Peter Rock « L’abandon » qui, fasciné par le mystère qui entoure ce père et sa fille, en a tiré une fiction où il imagine des détails impossibles à connaître. Ce sont les productrices Linda Reisman et Anne Harrison qui ont proposé ce roman à Debra Granik.

 

Debra Granik a posé sa caméra dans les forêts et les enclaves rurales isolées de l'Oregon et de l'État de Washington. La seconde moitié du film a été tournée dans Squaw Mountain, un ancien camping qui est maintenant une enclave hors du temps, nichée dans une vallée d'Oregon qui abrite les derniers arbres du coin, comme l'explique Debra Granik : « C'était une chance incroyable de tourner là-bas, cet endroit plein de détails anthropologiques, de particularités. Ça ne se voit pas dans le film, mais cette vallée est en fait le dernier endroit où on trouve des arbres. Les entreprises ont abattu tous les arbres environnants. Ils sont vraiment les derniers de leur espèce. Il n'y a plus rien pour arrêter le vent à des kilomètres à la ronde et les arbres tombent les uns après les autres. C'est une communauté qui se bat pour garder une vie un peu bohémienne. »

 

Pour une réalisatrice habituée aux films d'auteurs, un acteur comme Ben Foster est un immense cadeau, ajoute-t-elle. « Ben est un défenseur du cinéma indépendant. Il s'investit totalement dans la recherche, s'immerge dans la documentation et y reste attaché. Il n'a pas peur de nager en eaux troubles, de s'investir émotionnellement. Il a travaillé en profondeur avec des gens comme Oren Moverman, il comprend l'envie de faire des films sans filets, et il la défend même. »

Thomasin Harcourt McKenzie, qui joue Tom, est arrivée sur le projet via une vidéo d'audition

se souvient Granik. « Quand on nous a dit qu'elle était de Nouvelle-Zélande, je me suis dit 'impossible'. Je n'avais pas envie de prendre quelqu'un qui ne soit pas de cette région. Nous avons rencontré beaucoup de jeunes actrices, toutes très bonnes. Mais l'audition de Tom m'est restée. Quelque chose dans sa façon de jouer me disait qu'elle avait la bonne intuition pour ce rôle. » L'actrice a dû imaginer une vie sans ce que les ados d'aujourd'hui n'abandonneraient pour rien au monde, comme les réseaux sociaux. « C'est vraiment complexe, pour un ado du monde d'aujourd'hui. Je pense que les acteurs qui travaillent très tôt dans le monde du cinéma et de la télévision aujourd'hui ont du mal à retrouver cette innocence. Mais il y avait quelque chose de pur, de non-urbain, chez Thomasin » raconte Granik.

 

 

CLIMAX de Gaspar Noé

 

Avec Maha Alemi, Lubna Azabal et Faouzi Bensaïdi

 

 

Attention : ce film est interdit en salles aux moins de 16 ans

 

Naître et mourir sont des expériences extraordinaires. Vivre est un plaisir fugitif.

 

• Prix Art et Essai-CICAE à la Quinzaine des réalisateurs à Cannes

 

Gaspar Noé revient sur les raisons qui l'ont poussé à faire « Climax » : « Les joies du présent, lorsqu’elles sont intenses, nous permettent d’oublier cette immense vacuité. Les extases, qu’elles soient constructives ou destructives, en sont des antidotes. L’amour, la guerre, l’art, le sport, la danse nous semblent des justifications à notre bref passage sur terre. Et parmi ces distractions, l’une d’entre elles m’a toujours rendu particulièrement heureux : la danse. Alors, quitte à faire un film, Il m’a semblé excitant d’en faire un sur ce fait divers et avec des danseurs dont les talents m’hypnotisent. Avec ce projet j’ai pu représenter une nouvelle fois sur un écran une partie de mes joies et de mes peurs ».

 

« Climax » se déroule en 1996, une année durant laquelle, selon Gaspar Noé , « Il n’y avait juste ni portable ni internet. Mais le meilleur de la musique de ce matin était déjà là. En France, Daft Punk éditait son premier vinyle, 'La Haine' venait de sortir au cinéma et le journal Hara-Kiri ne parvenait définitivement plus à ressusciter. Le massacre des adeptes du Temple solaire était étouffé par les forces occultes de l’État. Et certains rêvaient de construire une Europe puissante et pacifique alors qu’une guerre barbare l’infectait encore de l’intérieur. »

 

Fasciné par la manière dont le chaos et l'anarchie peuvent se répandre, Gaspar Noé a tenté de mettre en place des conditions de tournage favorables à leur émergence : « Mon plus grand plaisir vient de ne rien préparer ou écrire à l’avance, et de laisser au maximum les situations se créer devant moi, comme dans un documentaire. Et quand le chaos s’y installe, je n’en suis que plus heureux, sachant que cela fera des images fortes, proches du réel et non pas du théâtre »
Ainsi, le réalisateur s'est lancé dans la production sans véritable scénario mais avec uniquement l'idée d'un groupe de danseurs qui se retrouve isolé dans un bâtiment. À partir d'une trame d'une page, Noé a laissé une grande part d'improvisation aux acteurs afin d'obtenir des moments de vérité et laisser le chaos s'exprimer.

 

Les scènes ont été tournées par ordre chronologique afin de « créer à la fois un état de confiance général et une émulation, ce qui a poussé les interprètes vers des performances de plus en plus psychotiques. À l’opposé des images de danse habituelles où tous les pas sont prédéterminés, j’ai essayé de pousser mes protagonistes à simuler des états de possession comme dans les transes rituelles », explique le réalisateur.

 

La production a d'emblée décidé d'engager des danseurs et non des comédiens. Le directeur de production Serge Catoire et Gaspar Noé ont écumé les battles de krump et les balls de voguing de la région parisienne, ainsi que les vidéos de danse sur internet. Après avoir attribué le rôle de Big Daddy à Kiddy Smile, Gaspar Noé contacte Sofia Boutella pour lui proposer un rôle. Celle-ci accepte et le met à son tour en relation avec Nina Mc Neely, qui devient la chorégraphe du film. Gaspar Noé raconte : « La présence de certains danseurs en a entraîné d’autres, et des petits groupes ont répondu positivement à notre proposition. On a eu la chance de rencontrer des waackeuses, des krumpeurs et un groupe de danseurs d’électro (entre autres, Romain Guillermic et Taylor Kastle) qui nous ont immédiatement envoyé des vidéos d’eux simulant des états de transe. »

 

Gaspar Noé tenait à réaliser « Climax » dans l'urgence. Il a privilégié pour cela les plans-séquences, un choix facilité par le décor unique où se déroule le récit. Les prises de vue ont duré au total 15 jours dans une école désaffectée à Vitry. Seule la première scène de chorégraphie a été répétée par les danseurs.
Le réalisateur précise : « nous avons pu négocier les droits de certaines musiques dont je rêvais. À deux jours du tournage, nous avons rencontré Souheila Yacoub, acrobate et comédienne, et obtenu le visa pour que l’étonnant contorsionniste Strauss Serpent puisse venir nous rejoindre depuis le Cameroun. Nourri de nos expériences multiples de dérapages incontrôlés, le tournage s’est déroulé dans la plus grande joie et les improvisations des danseurs sur le tapis ou lors de leurs dialogues improvisés nous ont tous éblouis. »

du même programme

à voir aussi

+30j
6j
6j

Bien évidemment
Faire du yoga