Le pitch cinéma du 10/10

disponible +30 jours

Le Pitch - Cinéma
Émission du mercredi 10 octobre 2018

diffusé le mer. 10.10.18 à 0h17
émissions culturelles | 2min | tous publics

L'AMOUR FLOU de Romane Bohringer & Philippe Rebbot

 

Avec Romane Bohringer et Philippe Rebbot, Reda Kateb, Richard Bohringer

 

 

Romane et Philippe se séparent. Après 10 ans de vie commune, deux enfants et un chien, ils ne s’aiment plus. Enfin… ils ne sont plus amoureux. Mais ils s’aiment, quand même. Beaucoup. Trop pour se séparer vraiment ? Bref…C’est flou. Alors, sous le regard circonspect de leur entourage, ils accouchent ensemble d’un « sépartement » : deux appartements séparés, communiquant par…la chambre de leurs enfants! Peut-on se séparer ensemble ? Peut-on refaire sa vie, sans la défaire ?

 

Romane Bohringer et Philippe Rebbot, en couple depuis 2004, ont commencé à réflechir au projet « L'Amour flou » en septembre 2016. Les deux comédiens vivaient ensemble dans leur maison, mais n'étaient plus amoureux. La première se rappelle : « C’était pesant. Mais comment ne pas faire exploser notre famille qu’on aime tant ? J’ai rencontré ce promoteur immobilier, un type incroyable, qui montait un immeuble neuf à Montreuil… Je pensais plutôt à deux appartements distincts. C’est lui qui a eu l’idée de les faire communiquer par la chambre des enfants. »

Alors qu’ils étaient avec une bande de copains dans le Jura, ils se sont mis à leur raconter ce projet et ont beaucoup rigolé en imaginant cette nouvelle vie et les situations un peu dingues auxquelles les personnages allaient se trouver confrontés. Ils expliquent : « Certains y croyaient à fond, d’autres au contraire étaient plus que sceptiques. En tout cas, ça rendait tout le monde curieux. Et quelqu’un a dit : 'Franchement, c’est un film, votre truc !'. Dans le train de retour, tu as enchaîné : « C’est vrai, Doudou, on devrait en faire un film...’ » c’est ainsi qu’est né le projet du film.

 

Pour Philippe Rebbot, le message de « L'Amour flou » serait le suivant : « Si vous êtes en couple, ne croyez pas qu’il faut vous séparer comme on vous a dit qu’il fallait vous séparer. Ne croyez pas aux injonctions d’une société. Il faut s’amuser avec tout ça. L’amour est un endroit de plaisir. À ce titre-là, je suis assez hippie, assez métèque, assez 'moustakiste'. On invente, on ne sait pas où on va. On a en commun d’être très communautaires. Dans notre ancienne maison, il nous est arrivé de vivre à huit avec mes frères et leurs copines. Pour nous c’est important d’avoir toujours des communautés, de brouiller les cartes. »

 

C’est Romane qui s’est chargée de la structure du scénario : « Nos producteurs avaient demandé ‘l’arche’ de la première partie avant l’été, pendant qu’on la tournait, je compilais mes textes et les siens. Il y avait des scènes très dialoguées, d’autres qu’on laissait complètement ouvertes. »

Sur le tournage, il y a eu une grande part d’improvisation « On avait embarqué nos trois gars, qui sont venus parfois tourner à six heures du matin des images de réveils, de p’tits dej’, nous avec des gueules pas possibles. » Romane rajoute : « C’était fou. On a tout fait dans une forme d’inconscience. Les événements de nos vies déterminaient les jours de tournage. Par exemple, je partais en tournée. Je me disais que ça serait intéressant de filmer ça. Et, hop, on inventait une scène. »

 

Romane revient sur la conception du film et ce que cela a apporté dans leur relation avec Philippe : « C’était quand même étrange. La séparation était faite pour nous rendre notre espace, notre liberté. Mais on s’est retrouvés pieds et poings liés par le film ! Il fallait se parler tout le temps. Et rejouer les rôles qu’on a joués dans la vie : ce qui nous a unis et ce qui nous a séparés. C’était aussi une manière de tout rendre moins brutal : la séparation, la vente de la maison, le déménagement, etc. En faire un film, ça dédramatisait, ça déréalisait. Il faudra demander aux enfants dans quelques années comment ils l’ont ressenti. On est liés au point de ne pas avoir pu ne pas faire ce film. »

 

 

DILILI À PARIS de Michel Ocelot

 

 

Dans le Paris de la Belle Époque, en compagnie d'un jeune livreur en triporteur, la petite kanake Dilili mène une enquête sur des enlèvements mystérieux de fillettes. Elle va d'aventure en aventure à travers la ville prestigieuse, rencontrant des hommes et des femmes extraordinaires, qui l'aident, et des méchants, qui sévissent dans l'ombre. Les deux amis feront triompher la lumière, la liberté et la joie de vivre ensemble.

 

Michel Ocelot souhaitait faire un film qui se déroule enfin à Paris, lui qui a exploré au cours de ses métrages précédents les continents et les époques. Il a choisi de situer son film à la Belle Époque pour les tenues fabuleuses que portaient alors les femmes mais aussi pour les artistes d'exception qui ont vécu durant cette période, dont Renoir, Rodin, Monet, Picasso, Camille Claudel, Toulouse-Lautrec, Proust, ... Il explique : « J’ai choisi la Belle Époque parce que c’était le dernier moment où les femmes portaient des robes jusqu’à terre, tenue nécessaire pour faire rêver, de reines, de princesses et de fées. C’était une période suffisamment éloignée pour procurer une part de rêve, et suffisamment proche pour avoir tous les documents à portée de la main. Mais en me documentant sur l’époque – ce que je fais pour tous mes travaux – j’ai constaté qu’il n’y avait pas que des froufrous dans cette période 1900, il y avait aussi des personnages d’exception. Je m’en doutais ! Mais leur nombre m’a étonné. »

 

Le cinéaste s'est aperçu lors de la préparation de son film qu'il n'y avait que des personnages blancs : « Cela me semblait un appauvrissement pour mon public et moi-même. J’ai cherché dans l’époque quelques personnes plus colorées que les Gaulois. [...] Le premier contact des Parisiens avec des êtres différents fut en fait les 'villages indigènes' reconstitués dans des parcs. En lisant les souvenirs de Louise Michel, déportée en Nouvelle-Calédonie, j’ai découvert qu’elle s’était intéressée au pays, à ses coutumes, à ses légendes et surtout qu’elle avait continué son métier d’institutrice auprès des petits kanakes (pendant que d’autres déportés ne les traitaient pas bien, heureux de trouver des êtres « en dessous d’eux »). Ainsi, de petits kanakes savaient lire et écrire le français et j’ai imaginé l’un d’eux dans une troupe de ces villages établis à Paris. J’ai fait de cet enfant une petite fille, puisqu’il s’agissait de défendre les petites filles [...]. J’ai en outre ajouté une particularité à l’héroïne, elle est métisse, encore une catégorie qui a souffert, rejetée par les deux côtés. »

 

Les décors du film sont composés de photographies retravaillées de véritables lieux parisiens. Michel Ocelot a procédé à des repérages pendant 4 ans durant lesquels il prenait des photos de la capitale très tôt afin d'avoir une ville presque vide, ce qui permettait de limiter le nombre d'éléments à faire disparaître par la suite de la photo.  S'il a choisi d'intégrer la ville à son film, c'est tout simplement parce que « Paris est magnifique tel qu’il est. Il n’y a pas à le refaire : il n’y a qu’à le prendre en photo. »

 

Si les personnages de « Dilili à Paris » sont réalisés en 3D, ils sont toutefois traités avec des traits de contours. Michel Ocelot revient sur ce choix : « Le visage des personnages 3D ne montrait qu’un très discret modelage avec un éclairage de face, de quelque côté que soit la caméra, et les vêtements étaient plats sans ombre ni lumière. C’est un parti pris artificiel et stylisé qui me plaît. Il faut ajouter que c’est très commode et moins coûteux. [...] Dans Dilili, le ‘léger modelage’ est indiqué par des traits de dessin et non par l’esquisse d’ombres. C’était une nécessité parce que le coût de la 3D nous a obligé à faire appel parallèlement à la 2D, moins coûteuse. Cette 2D est obligatoirement dessinée au trait à la main et nous avons établi un trait semblable pour le rendu de l’animation 3D. Ce faux traçage, à partir d’une vraie 3D, est très au point. [...] Tout cela va dans le sens qui me plaît. Je suis franchement gêné par la 3D réaliste, qui ne fait pas rêver. »

 

Michel Ocelot a choisi d’inclure dans le récit et dans les paroles des chansons différentes paraboles sur le racisme, la misogynie et autres formes de rejet car il considère que cela fait partie de sa responsabilité de conteur : «Tous les auteurs de livres, de spectacles, de jeux divers ont du pouvoir, le pouvoir de faire du bien ou du mal. Devinez de quel côté je penche. Avec nos créations, nous, les auteurs, nous nous faisons nous-même, et nous aidons les autres. Nous leur procurons un plaisir pendant le spectacle et un enrichissement pour après. C’est une belle chose que de faire du bien aux autres et à soi-même. Dans 'Dilili à Paris', je montre clairement des personnes qui font bien leur travail, et enrichissent les autres. J’évoque bien des choses mauvaises. Sachant qu’il y aura des enfants devant l’écran, je veille à ne pas les blesser, mais je veille à tout dire, les enfants sont là pour absorber, sans perdre de temps, des tonnes d’information. »

 

Concernant la bande originale du film, Ocelot a choisi de travailler avec Gabriel Yared  « Je l’ai tenu au courant de tout dès le début de mon travail pour qu’il ait le temps de penser à ses compositions. Après le scénario et quelques dessins, je lui ai transmis l’animatique (tout le film se déroulant en croquis fixes, avec dialogues, avant toute fabrication). Nous avons déterminé quelles musiques devaient être enregistrées avant l’animation, notamment la ritournelle 'Le Soleil et la Pluie' qui court tout au long du film sous des formes différentes, et la grande cantate finale, avec Choeurs et Grande Voix, celle de Natalie Dessay. L’animation terminée, nous avons vu ensemble les moments à soutenir par la musique, qui se sont imposés d’eux-mêmes. Je suis très heureux de la force que les compositions de Gabriel Yared apportent à mon film. »

 

La cantatrice Nathalie Dessay joue dans le film Emma Calvé, star de son époque connue notamment pour avoir tenu le rôle-titre de « Carmen » de Georges Bizet. Michel Ocelot revient sur cette rencontre : « elle s’est exclamée : 'Je ne chanterai pas Carmen !' Cela prouvait que Madame Dessay connaissait bien l’histoire du bel canto, mais c’était fâcheux, car j’avais besoin qu’on chante Carmen ! Nous nous sommes rencontrés dans un café, nous avons discuté, et puis Natalie Dessay m’a dit : 'Je ferai ce que vous voudrez'. Quel beau moment ! Il faut dire que je lui ai demandé une interprétation particulière de 'L’Amour est enfant de bohème', d’abord en berceuse pour une petite fille à consoler, puis en finissant à pleins poumons comme à la Scala ! Et le raffinement supplémentaire est que cette véritable Prima Donna a aussi interprété à la perfection le rôle parlé d’Emma Calvé tout au long du film. »

 

 

** BONUS **

 

 

GIRL de Lukas Dhont

 

Avec Victor Polster et Arieh Worthalter

 

 

Ce film fait l’objet de l’avertissement suivant : « Certaines scènes sont susceptibles de heurter la sensibilité du public. »

 

Lara, 15 ans, rêve de devenir danseuse étoile. Avec le soutien de son père, elle se lance à corps perdu dans cette quête d’absolu. Mais ce corps ne se plie pas si facilement à la discipline que lui impose Lara, car celle-ci est née garçon.

 

Caméra d’or et Prix interprétation pour Victor Polster à Un Certain regard au Festival de Cannes

 

Il s’agit du premier long-métrage de Lukas Dhont. Alors qu'il commençait à étudier le cinéma dans une école, il est tombé sur un article relatant le parcours d'une jeune fille née dans un corps de garçon mais convaincue d'être une fille : « J’ai tout de suite ressenti de l’admiration, et j’ai été enthousiasmé à l’idée de pouvoir écrire sur un personnage comme elle : quelqu’un de courageux, qui très jeune remettait en cause le lien qu’établit la société entre sexe et genre ; C’est comme ça que 'Girl' a commencé. Par la nécessité de parler de notre perception du genre, de ce qui est féminin et ce qui est masculin. Mais surtout pour pouvoir montrer la lutte intérieure d’une jeune héroïne, capable de mettre son corps en danger pour pouvoir devenir la personne qu’elle veut être. Une fille qui doit faire le choix d’être elle-même à seulement 15 ans, quand pour certains ça prend toute la vie. »

 

Avec « Girl », Lukas Dhont souhaitait aborder notre perception du genre, une question à laquelle il a été confronté dès l'enfance : « Quand j’étais petit mon père voulait que je sois boy-scout. Il nous emmenait, mon frère et moi, tous les 15 jours jouer avec d’autres enfants dans la boue ou faire du camping. Tous les deux on détestait ça. On préférait de loin le théâtre, la danse et le chant, où nous pouvions nous exprimer. Vous pouvez imaginer la confusion quand on a appris que c’était vu comme des activités, 'pour les filles'. J’étais un garçon, comment pouvais-je aimer ça ? J’ai donc fini par arrêter tout ça parce que je ne voulais pas qu’on se moque de moi. »

 

Victor Polster qui incarne le personnage de Lara fait ici ses premiers pas devant l’écran. Environ 500 personnes entre 14 et 17 ans ont auditionné, aussi bien des filles, des garçons ainsi que des personnes transgenres. Faute de trouver un(e) interprète convaincant(e), l'équipe s'est tournée vers le casting des danseurs et y a découvert Victor Polster.

 

 

RBG de Betsy West & Julie Cohen

 

Avec la voix de Zabou Breitman

 

 

À 85 ans, Ruth Bader Ginsburg est devenue une icône de la pop culture. Juge à la cour suprême des États-Unis, elle a construit un incroyable héritage juridique. Guerrière, elle s'est battue pour l'égalité hommes/femmes, et toutes formes de discrimination. Son aura transgénérationnelle dépasse tous les clivages, elle est aujourd'hui l'une des femmes les plus influentes au monde et le dernier rempart anti-Trump. Betsy West et Julie Cohen nous font découvrir la fascinante vie de celle que l'on nomme désormais « Notorious RBG ».

 

Betsy West et Julie Cohen, les deux réalisatrices s’expliquent sur le choix de faire un portrait de Ruth Bader Ginsburg : « Nous avions déjà, chacune de notre côté, interviewé la juge pour divers projets, et nous avions admiré son travail innovant en faveur des droits des femmes. Mais c’était avant qu’elle devienne une rock star octogénaire, 'Notorious RBG' (la célèbre RBG). La génération Y vante ses louanges sur Twitter et Tumblr et s’approvisionne en tee-shirts et tote bags à son effigie, certains allant même jusqu’à se faire tatouer son visage en gros et en couleur. Un jour, en évoquant le phénomène RBG, nous nous sommes tournées l’une vers l’autre et nous nous sommes dit : 'Il faut absolument qu’on réalise un documentaire sur la juge Ginsburg, là tout de suite.' Dans ces discussions en amont, nous disions souvent que RBG vivait son moment de gloire.  Ce que nous n’avions pas bien saisi, c’était que ce moment allait prendre de plus en plus d’importance alors même que nous relations sa vie extraordinaire. Avec une équipe de femmes aux postes de création et de production, nous avons commencé le tournage en juin 2016, en faisant notre possible pour suivre l’emploi du temps chargé de notre juge. Nous l’avons filmée à son travail, en vacances en famille et pendant ses séances de sport avec son coach personnel. Nous avons également retrouvé les histoires extraordinaires des clients qu’elle a représentés lorsqu’elle était jeune avocate et qu’elle plaidait devant la Cour suprême dans les années 1970. À l’époque, la discrimination envers les femmes était tout à fait légale. La remarquable stratégie juridique de RBG a abouti à cinq décisions révolutionnaires qui ont permis des grandes avancées pour l’égalité homme-femme devant la loi. En tant que femmes, nous avons débuté nos carrières respectives dans l’information télévisuelle après l’influence de RBG qui a changé le monde des femmes actives, et nous nous sommes rendues compte du chemin parcouru. Et pourtant, pendant le tournage du film, un certain nombre d’hommes puissants sont apparus comme des agresseurs sexuels, ce qui nous montre le chemin qu’il nous reste encore à parcourir. Nous avons pris à coeur l’approche de la juge Ginsburg face au sexisme et à l’adversité. Quand, après être sortie major de sa promotion à la faculté de droit, elle n’a pas trouvé d’emploi, elle s’est rappelée le conseil de sa mère : la colère est une perte de temps. Finalement, elle a pu mettre à profit ses impressionnantes compétences juridiques pour se battre pour les droits des femmes – un combat qu’elle mène depuis cinq décennies. L’engagement inébranlable de la juge Ginsburg perdure, non seulement pour l’égalité des sexes mais aussi pour les institutions démocratiques qui protègent les droits de tous les citoyens. Pas étonnant qu’elle soit une icône de la génération Y. Rencontrer RBG en chair et en os est une expérience intense. Sa voix est douce, mais son vocabulaire est si limpide et choisi avec soin, qu’on se rapproche d’elle, fascinées. »

 

C’est Zabou Britman qui prête sa voix dans le documentaire.  Elle explique les raisons pour lesquelles elle a accepté le projet : « C’est une icône, parvenue à changer le cadre légal américain dès son accession, tout en s’imposant dans la pop culture. Elle est l’image d’une réussite intellectuelle et professionnelle au plus haut degré, comme cela peut arriver en Amérique, dans ces plus forts contrastes. Être l’ambassadrice d’un documentaire aussi beau inspirant, réalisé avec une grande délicatesse sur une femme aussi merveilleuse, c’est assez rare pour ne pas passer à côté d’un tel cadeau. Qui n’aurait pas eu envie d’y contribuer ? Et c’est un réel plaisir de la faire découvrir à tout le monde et en France. »

 

Pour Breitman, il est clair que la société a besoin d’icônes, d’héroïnes pour faire évoluer les mentalités discriminatoires : « Pour moi, ce documentaire est surtout très stimulant. Il fait du bien. On se sent meilleur après la vision de ce film, en suivant cette femme bienveillante, forte, les gens comme elle, peu nombreux, sont capables de vous inspirer de vous rendre fort et capables à votre tour d’accomplir quelque chose d’utile, d’humain. C’est la raison pour laquelle les jeunes l’aiment tant aux États-Unis. On voit en elle sa jeunesse et ses convictions, intouchées, intouchables. Elle est guidée par une pensée de fond, plus droite, plus honnête et plus fondamentale qu’une politique à court terme, qu’une posture ou qu’un selfie. C’est une marathonienne du droit, une figure immortelle, une résistante, une héroïne : 'Wonder Woman' comme l’appellent les jeunes américains. »

 

Le film laisse une place importante à son mari, Marty, un homme qui n’a pas eu peur d’épouser une femme d’esprit, carriériste et à la volonté inaltérable : « Je trouve cela bouleversant que son mari ait participé au désir de justice hors norme de sa femme. Qu’il ait même considéré qu’elle avait un destin peut-être plus fort que le sien. Et comme RBG le répète, les hommes sont là aussi. C’est le même principe que pour toute forme de, on n’a pas besoin d’être noir, ou gay, pour s’engager aux côtés des minorités discriminées. On n’est pas obligé d’être une femme pour manifester pour les droits de la femme. Marty est également un homme anti-conventionnel pour son époque, et même pour la nôtre, qui aimait l’esprit de cette femme autant que son apparence. L’amour complet. Leur histoire est une très grande histoire d’amour, forte, rare. C’est l’histoire de l’amour du combat, pour les avancées sociales, pour le respect. Ruth a trouvé sa juste place dans ce couple, grâce à cet homme. Il a tout simplement compris que cette femme avait plus de choses à dire, plus d’avancées à mettre en place que lui. C’est très net. Elle l’exprime elle-même, il n’avait pas besoin de se prouver quoi que ce soit car il était bien dans sa peau. Il n’avait pas de problème de place. C’est souvent l’inquiétude des hommes. Mais cet homme ne s’est pas senti fragile ni menacé. Sa réussite, est aussi leur réussite à tous deux. Leur place respective est parfaitement assumée : il est extraverti, drôle, sociable, elle est timide, réservée. C’est un couple exceptionnel. RBG demande que chacun ait une place d’égalité. Cela ne signifie pas que tout le monde est identique, mais plutôt que chacun ait la même chance et le même éventail des possibles. J’aime qu’elle pose naïvement la question : pourquoi tant inégalité de disparités sociales entre les femmes et les hommes ? »

 

Zabou Breitman revient sur ce qui l’a le plus touchée dans le documentaire : « Tout me touche à divers degrés. L’amour plein et serein de ce couple. Leur amour de l’humanité. La petite histoire est admirable, en résonnance avec la grande. Ce qui n’est pas toujours le cas. Dans le couple Simone Veil on pouvait entrevoir cet accord-là. C’est extraordinaire. L’avancée est aussi faite à deux, et c’est bouleversant. L’humanité, c’est ce qui ressort de ce documentaire. Et la chance que les américains aient pu être, et soient encore, défendus avec tant de passion et d’honnêteté par RBG. »

du même programme

à voir aussi

6j