Le Pitch Cinéma - screenshot du 30 octobre

disponible +30 jours

Le Pitch - Cinéma
Émission du mercredi 31 octobre 2018

diffusé le mer. 31.10.18 à 0h19
émissions culturelles | 2min | tous publics

EN LIBERTÉ ! de Pierre Salvadori

 

Avec Adèle Haenel, Pio Marmai et Audrey Tautou

 

 

Yvonne jeune inspectrice de police, découvre que son mari, le capitaine Santi, héros local tombé au combat, n’était pas le flic courageux et intègre qu’elle croyait mais un véritable ripou. Déterminée à réparer les torts commis par ce dernier, elle va croiser le chemin d’Antoine injustement incarcéré par Santi pendant huit longues années. Une rencontre inattendue et folle qui va dynamiter leurs vies à tous les deux.

 

Prix SACD à la Quinzaine des réalisateurs à Cannes

 

Pierre Salvadori avait depuis longtemps en tête un personnage d’innocent, à la Hitchcock, qui décide, à sa sortie de prison, de commettre le délit pour lequel il a été condamné à tort. Le metteur en scène pensait à un film de genre, un polar, et avait commencé à écrire, mais s'est rapidement rendu compte que le sujet était trop mince. Il se rappelle : « J’allais vers un film d’intrigue, une histoire de braquage... Une conversation avec ma mère m’a incidemment remis en piste. ‘Tu sais - m’a-t-elle dit - ce sont les mères qui font les pères. Je vous ai toujours raconté un père un peu plus glorieux, un peu plus gentil, un peu plus fort, un peu plus tout qu’il n’était peut-être ... ‘. Cette phrase m’a poursuivi. Est née l’idée de mélanger les deux sujets : l’innocent qui sort de prison et cette femme qui essaie de dire à son fils que son père était un ripou à travers les histoires qu’elle lui raconte le soir pour l’endormir. »

 

Avec « En liberté ! », Pierre Salvadori s'est autorisé de longues séquences de poésie car comme il le dit « J’aime ça, tout simplement. J’ai le sentiment que la comédie autorise cela. Je me suis souvent permis d’introduire des dialogues écrits, un peu enlevés dans mes films. Mais je n’assumais pas totalement leur dimension littéraire. J’essayais toujours de contrebalancer cela avec un ton un peu parlé. Cette fois, j’ai décidé de l’endosser. En écrivant le scénario, je disais à mon producteur : ‘Si je pouvais, j’écrirais tout le film en vers’. »

 

Pierre Salvadori a choisi Adèle Haenel pour incarner Yvonne. « J’ai adoré travaillé avec Adèle. C’est quelqu’un qui va spontanément vers les auteurs et qui se bat pour le film, qui lui insuffle beaucoup d’énergie. Une combattante ! Elle ne se contente pas de jouer un rôle, elle intègre la forme du film, elle l’épouse. Cela n’a pas toujours été évident pour elle : elle a dû apprendre en faisant... Je lui avais demandé de regarder Julia Roberts dans ‘Erin Brockovich’ qui vraiment à un corps burlesque. Adèle est très intelligente. Dix jours après le début du tournage, elle avait tout compris. La sincérité nécessaire dans des situations improbables, l’abandon, l’accentuation et la technique que cela demande - je pouvais tout lui demander. »

 

Le réalisateur retrouve Audrey Tautou avec qui il avait tourné déjà deux fois ainsi que Pio Marmaï qu’il avait déjà dirigé précédemment « Sur le tournage, j’avais pressenti qu’il pouvait devenir une sorte d’alter ego, de collaborateur régulier. Il est entier, précis et inspirant. Il a une immense technique et énormément de présence. Il comprend mon travail, l’apprécie et c’est réciproque. J’ai l’impression que l’on peut, l’un et l’autre, s’apporter beaucoup, compter l’un sur l’autre et j’aime cette idée d’alliance. »

 

Pierre Salvadori est assez fidèle par rapport à son équipe de production : décoration, costumes, montage. C’est sa 5ème collaboration avec Benoit Graffin, le co-scénariste : « C’est vraiment un collaborateur important. On théorise beaucoup au début parce que cela nous aide à écrire ; on cherche des idées, on a de petites intuitions et puis les choses arrivent ».

 

En revanche, nouveau dans l’équipe : le chef opérateur Julien Poupard : « Oui, j’avais beaucoup aimé sa lumière belle mais jamais apprêtée et surtout ces couleurs – très vives et contrastées, sur ‘ Divines’, ‘Les Ogres’ ou sur ‘Party Girl’. Cela faisait très longtemps que j’avais envie d’un film coloré. Et j’ai adoré cette collaboration. Il m’a amené son énergie, son merveilleux sens du cadre et de la couleur. J’ai essayé de lui amener mon amour de l’ellipse, de la mise en scène. »

 

 

SILVIO ET LES AUTRES de Paolo Sorrentino

 

Avec Toni Servillo, Elena Sofia Ricci et Riccardo Scamarcio

 

 

Ce film fait l’objet de l’avertissement suivant : « Certaines scènes sont susceptibles de heurter la sensibilité du public. »

 

Il a habité nos imaginaires par la puissance de son empire médiatique, son ascension fulgurante et sa capacité à survivre aux revers politiques et aux déboires judiciaires. Il a incarné pendant vingt ans le laboratoire de l’Europe et le triomphe absolu du modèle libéral après la chute du communisme. Entre déclin et intimité impossible, Silvio Berlusconi incarne une époque qui se cherche, désespérée d’être vide.

 

Toni Servillo retrouve Paolo Sorrentino pour la 5ème fois de sa carrière après le premier film du réalisateur « L'uomo in più » (2001), « Les Conséquences de l'amour » (2003), « Il Divo » (2008), auréolé du Prix du Jury à Cannes et « La Grande Bellezza », Oscar du meilleur film étranger.

 

Après avoir incarné le politicien Giulio Andreotti dans « Il Divo », Toni Servillo se métamorphose à nouveau pour se glisser dans la peau d'une grande figure de la politique italienne, Silvio Berlusconi, dans « Silvio et les autres »« Ces deux personnages ont demandé une préparation intense et une transformation physique. Ce sont des personnalités complètements différentes. Ils représentent deux époques de l'histoire de la politique italienne qui ne sont pas si éloignées en termes de temps, mais qui sont tout de même extrêmement différentes. Andreotti représente un monde qui a totalement disparu. Il y avait un gouffre énorme entre les hautes instances politiques et la société italienne. C'était un homme qui représentait tout l'aspect mystérieux, secret, de la politique transalpine. Il avait une culture du secret chevillé au corps, on ne savait absolument rien de sa vie privée. À l'inverse, Berlusconi a orchestré la médiatisation spectaculaire de sa vie. Il faisait ça à des fins électorales. Il utilisait la scène politique comme s'il était une star de cinéma. Il le faisait pour s'immiscer plus facilement dans l'inconscient des Italiens et parvenir à les toucher au plus profond d'eux-mêmes et obtenir leur consentement », analyse le comédien.

 

Quand on demande à Toni Servillo pourquoi Berlusconi a exercé une telle fascination pour les Italiens, ce dernier répond : « Je pense qu'il a su faire ressortir chez les Italiens ce fantasme d'une ‘super-italianité’. Il a apporté à la politique une sorte de priapisme dont les Italiens ont toujours eu une grande indulgence. Il occupait également la scène politique avec une extrême efficacité. Les médias italiens, quotidiennement, excessivement, ont aussi façonné une certaine idée de Berlusconi pour le public. C'était une image qui correspondait parfaitement à celle que Silvio se faisait de lui-même. »

 

 

 

BONUS

 

 

SEULE LA VIE… de Dan Fogelman

 

Avec Oscar Isaac, Olivia Wilde, Annette Bening et Antonio Banderas

 

 

Amoureux depuis l'université, Will et Abby, deux jeunes New-yorkais, se marient. Alors qu'ils s'apprêtent à devenir parents, leur trajectoire se mêle à d'autres destins. Ceux de Dylan, jeune femme perturbée qui tente d'apaiser sa souffrance, d'Irwin, qui élève sa petite-fille dans un monde dangereux, de M. Saccione, riche propriétaire terrien espagnol, et de son intendant Javier, entouré de sa femme Isabelle et de leur fils Rodrigo.

 

Dès 2016, le scénario de « Seule la vie… » s’est retrouvé sur la fameuse « Black list d’Hollywood » qui recense les meilleurs scenarios en quête de producteur. Dan Fogelman reconnait qu’il a pensé a deux personnes particulièrement chères à son cœur en l’écrivant : sa femme et sa mère : « Au départ, j’étais étonné de voir à quel point certaines scènes me bouleversaient. Finalement, je me suis rendu compte que je faisais ce film pour ma mère qui est décédée il y a dix ans. Nous étions très proches. Et peu de temps après, j’ai rencontré ma femme que j’aime de la même manière que Will aime Abby dans le film. J’ai pris conscience que, depuis le début, j’avais écrit ce film pour les deux grands amours de ma vie. »

 

Le réalisateur s'exprime sur ce qui l'a séduit dans ce projet : « Le film aborde plusieurs sujets. Il parle de la vie et du fait qu’elle est imprévisible, chaotique, et ponctuée d’amours et de tragédies. Il parle des gens, il explore les moments heureux, et malheureux, les moments de tristesse et de joie, et cette chose magnifique et étrange dans laquelle nous sommes tous engagés – la vie, tout simplement ! On ne peut pratiquement pas résumer l’histoire – et c’est justement l’un des éléments de ce projet qui m’a emballé ».

 

Tandis que l’on passe de New York à l’Espagne, puis qu’on revient aux Etats-Unis, Fogelman tisse habilement les différentes intrigues entre elles. « Ce film aborde des moments de grande tragédie, de deuil, d’amour… Il me fait penser à un roman épique où l’on s’attache à des personnages d’une génération à l’autre. » indique le réalisateur.

 

Entre ses nombreux protagonistes et ses fausses pistes, le film déjoue les attentes du spectateur. Dans sa mise en scène, Fogelman s’est amusé à ménager des surprises et des moments totalement inattendus.  « De temps en temps, le spectateur sera déstabilisé en prenant conscience qu’il s’agit de telle intrigue et pas d’une autre – et c’est voulu. Je souhaiterais que les gens regardent le film d’un œil nouveau – et que, grâce à la construction, ils soient constamment sur le qui-vive. »

 

Il fallait avant tout trouver l’acteur correspondant au personnage de Will dont la relation amoureuse tragique est le point de départ du film. « Il nous fallait quelqu’un qui soit à la fois jeune et sage, drôle, charmant et profondément meurtri. Autrement dit, un acteur vraiment à part. » indique le producteur Marty Bowen. Dan Fogelman savait exactement qui il voulait : Oscar Isaac. « À mes yeux, Oscar est non seulement l’acteur emblématique de sa génération mais il est aussi le type le plus drôle et le plus charmant qu’on puisse rencontrer. Il plaît aux femmes. Il plaît aux hommes. C’est un grand comédien et une star. » Isaac était intrigué par ce qu’il appelle la nature subversive de la dramaturgie et par la densité des personnages. « J’ai été stupéfait par l’originalité et la dimension révolutionnaire de l’écriture. Chaque personnage est un protagoniste à part entière dont le parcours mérite d’être exploré. J’ai constamment été surpris. Ce film évoque la subjectivité avec laquelle on raconte sa propre vie. Quand on essaie de raconter l’histoire de quelqu’un, ce récit s’accompagne d’un passé et d’un vécu importants, et chaque décision de cette personne a une incidence sur son entourage. » affirme-t-il.

 

Olivia Wilde, qui campe Abby était enchantée de travailler sous la direction de Fogelman, « Il a un formidable sens de la communication, ce qui en fait un grand réalisateur. Grâce à Dan, le plateau était un terreau fertile pour nous tous. Ce qui m’a surtout impressionnée, c’est l’atmosphère particulière qu’il a su créer sur le tournage, en faisant en sorte qu’elle semble naturelle. Dan Fogelman a su faire un film qui évoque précisément la manière dont la vie nous surprend, nous choque, nous enthousiasme et nous anéantit. Le film nous incite à réfléchir au fait que chacun d’entre nous n’est que la pièce d’un puzzle. Je trouve que c’est à la fois optimiste et romantique, et j’espère que cela poussera les spectateurs à méditer sur leur regard sur eux-mêmes et sur le monde. »

 

Le film s’attache ensuite a Dylan – prenommé ainsi en hommage a Bob Dylan, chanteur préféré de sa mère, fille de Will et Abby, désormais âgée de 21 ans. Interprétée par Olivia Cooke, Dylan est en quête d’identité à travers le groupe de musique punk avec lequel elle se produit. ≪ Olivia Cooke est en train de s’imposer comme la meilleure comédienne de sa génération, indique Mary Bowen. Elle n’a débuté qu’il y a quelques années, mais son jeu est extraordinaire.

 

Fogelman était conscient qu’il prenait un risque considérable en passant soudain de New York à Séville et, surtout, de l’anglais à l’espagnol. Mais ce parti-pris faisait partie intégrante du projet. « Le message que j’ai cherché à transmettre, c’est qu’il s’agit d’une expérience hors du commun qu’on vit tous ensemble. Je me suis dit que c’était sans doute plus intéressant que ces personnages, qui vivent aussi l’amour et le deuil sur un autre continent, communiquent dans une langue différente. » précise-t-il.

 

Le cinéaste reconnait néanmoins que s’il est aujourd’hui certain d’avoir pris la bonne décision, le passage d’une langue à une autre l’a franchement tétanisé. « On est à un moment du film où le spectateur s’est vraiment attaché aux personnages anglophones, mais j’étais persuadé que lorsqu’on se retrouve en Espagne et qu’on passe à l’espagnol, on allait vivre un moment formidable. Antonio Banderas entame ce chapitre du film avec un long monologue en espagnol – et on demande donc au spectateur non seulement de changer de continent, mais aussi de langue dans les dialogues ».

Pour le réalisateur, il était capital que tous les acteurs de cette partie soient originaires d’Espagne, et il tenait tout particulièrement à travailler avec Antonio Banderas. C’est la construction atypique du scénario qui a séduit Banderas. « La vie est des plus surprenantes. À l’image de mon propre parcours. J’ai vécu dans deux univers, l’Espagne et puis les États-Unis où j’habite depuis 25 ans. Je vis à cheval entre ces deux mondes et c’est exactement ce qui se passe dans le film. » Fogelman semble encore impressionné par la présence de Banderas dans le film. « Ce n’est pas une immense star par hasard, relève le réalisateur. C’est le type le plus cool du monde. Quand il m’a demandé quelle tenue porter dans le film, je lui ai dit : ‘Antonio, je ne suis qu’un plouc du New Jersey. Je ne vais quand même pas dire à Antonio Banderas ce qu’il doit porter pour avoir l’air cool.’ Je l’ai engagé parce que j’ai senti, instinctivement, qu’en confiant le rôle à un type aussi puissant et charismatique, et en dévoilant sa part de fragilité, on obtiendrait des scènes saisissantes. »

 

Au cours de l'écriture du film, Dan Fogelman écoutait l'album « Time Out of Mind » de Bob Dylan et en particulier le morceau « Love Sick », qui ouvre le film. Écrit après le divorce du chanteur de sa deuxième épouse, ce double album, datant de 1997, parle d’amour et de deuil avec mélancolie.
Le réalisateur est ensuite tombé sur un essai consacré à la chanson « Make You Feel My Love », qui disait « qu’elle était trop romantique et trop joyeuse pour un album aussi triste et mélancolique. J’ai alors décidé de l’utiliser pour la fin du film et fait en sorte que Dylan soit donc le fil conducteur de l’ensemble ». Dan Fogelman craignait toutefois de ne pas obtenir les droits des chansons de Dylan. C'était sans compter sur Jeff Rosen, gérant des droits musicaux, qui a apprécié le scénario et en a fait part au chanteur et compositeur qui a à son tour donné son accord. « On a eu la chance de pouvoir utiliser sept chansons de Dylan et une bande-originale inspirée de sa musique tout au long du film », explique Fogelman.

 

 

 

TOUCH ME NOT de Adina Pintilie

 

Avec Laura Benson, Tomas Lemarquis, et Christian Bayerlein

 

 

Ce film fait l’objet d’une interdiction en salles aux moins de 16 ans

 

A la frontière entre réalité et fiction, « Touch me not » suit le parcours émotionnel de Laura, Tomas et Christian qui cherchent à apprivoiser leur intimité et leur sexualité. 
Si cette soif d’intimité (toucher et être touché, au sens propre comme au sens figuré) les attire autant qu’elle les effraie, leur désir de se libérer de vieux schémas est plus fort.
« Touch me not » s’attache à comprendre comment on peut atteindre l’intimité de manière totalement inattendue et comment aimer l’autre sans se perdre soi-même.

 

Ours d'Or et Prix du Meilleur premier film à la Berlinale 2018

 

La réalisatrice Adina Pintilie évoque son projet : « Quand j’avais vingt ans, je pensais tout savoir sur l’amour, sur ce que doit être une relation intime équilibrée, sur la manière dont fonctionne le désir. Aujourd’hui après vingt années d’expérience, souvent faites d’épreuves et de souffrances, toutes les idées que j’avais sur l’intimité ont perdu de leur sens et sont devenues de plus en plus complexes, voire même contradictoires. Reflet de ce parcours personnel, ‘Touch Me Not’ est une recherche artistique sur le désir humain et notre (in)capacité à toucher et à être touché, à être en contact avec l’autre’ ». Elle poursuit : « ‘Touch Me Not’ se veut un espace de réflexion et de transformation, où le spectateur est invité à approfondir sa connaissance de la nature humaine et à réévaluer son expérience et ses idées sur les relations intimes, en mettant l’accent sur l’échange, la curiosité envers la différence et notre capacité à nous placer dans la peau de l’Autre. Je crois que la compréhension de la nature humaine et notre capacité à percevoir l’autre comme une autre version possible de soi-même peut avoir un pouvoir de transformation essentiel, à la fois de notre moi intérieur et dans notre façon d’interagir avec les autres. » 

 

« Touch Me Not » mélange réalité et fiction et réunit des acteurs professionnels et non-professionnels. La réalisatrice revient en détail sur le processus mis en place dans son film : « Le projet a commencé par une réflexion sur mon propre parcours et mon envie de découvrir comment d’autres personnes abordent l’intimité. Après deux années de recherche, un merveilleux groupe de personnages, doués et courageux, s’est aventuré avec moi dans cette entreprise complexe d’exploration de soi. Nous avons utilisé des méthodes comme la constellation familiale, la réalité mise en scène, la reconstitution de rêves ou de fantasmes, les journaux intimes sur vidéo pour construire les personnages. Ils sont inspirés des émotions ressenties par les participants et visent à révéler des couches plus enfouies de la vérité des personnages. La fiction fonctionne comme un cadre pour travailler la réalité, tout en offrant un espace protecteur pour les personnes qui ont pris le risque de se révéler, de nous ouvrir leur âme dans ce processus. Je choisis une personne pour incarner un personnage, mais le personnage ne devient 'vrai' que lorsque je travaille autour de l’histoire personnelle de celui qui l’incarne. L’être humain à l’écran est nouveau, complexe, plein de contradictions, un mélange entre mes matériaux et sa propre biographie. Ce qui est à la fois fascinant et bouleversant dans ce processus, c’est la façon inattendue dont la réalité et la fiction se reflètent et s’informent, comment la frontière entre les deux devient plus floue, comment l’expérience cinématographique peut changer la réalité ou inversement, à la fois pour les personnages comme pour moi en tant que cinéaste. »

 

« Touch Me Not » déconstruit les canons habituels de la beauté en explorant des corps hors normes. La réalisatrice explique : « Le film propose un dialogue, une expérience qui, je l’espère, ouvre l’esprit sur la différence, des types de beauté différents, des corps différents, des types d’intimité différents. Christian, le protagoniste atteint d’atrophie musculaire, est pour moi un être humain superbe et un corps magnifique, totalement en dehors de la norme. En étant centré sur la question de l’intimité, ‘Touch Me Not’ est implicitement un film sur le corps, sur l’expérience subjective de son propre corps et sur la manière dont nous percevons le corps des autres. Christian a l’une des relations les plus harmonieuses avec son propre corps, même s’il est incapable de bouger ».

 

Le film a mis sept années à voir le jour. La réalisatrice revient sur ce parcours du combattant : « Après un superbe début à l’international en 2011 avec le Prix Arte décerné à Rotterdam, puis le Main Production Award du TorinoFilmLab, la subvention d’Europe Créative Média et la sélection à l’atelier de la Cinéfondation (Festival de Cannes) en 2012, le projet a été bloqué pendant deux années. Le Centre national du cinéma roumain n‘a en effet pas souhaité soutenir le film dans un premier temps, estimant le projet trop risqué de par son sujet et sa forme. Nous avons protesté auprès du Ministère de la Culture et obtenu des lettres de soutien de personnalités connues comme Michel Reihac, qui était à la tête de l’Unité Fiction d’Arte à l’époque ou le cinéaste Cristian Mungiu. Cela nous a aidé à débloquer la situation. Le Centre national du cinéma roumain nous a donc accordé une subvention en 2013, et a été suivi par le Fonds de soutien de l’Allemagne du Centre, le Centre national du cinéma bulgare, l’Eurométropole de Strasbourg, Eurimages, et enfin le Fonds du cinéma Tchèque. Puis une coproduction associant cinq pays d’Europe de l’Est et de l’Ouest - la Roumanie, la Bulgarie, la France, l’Allemagne et la République Tchèque – a été mise en place ». 
Au final, le film a nécessité quatre années de tournage et un long travail de montage avec plus de 250 heures de rushes.

 

du même programme

à voir aussi