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Le Pitch - Cinéma
Le Pitch Cinéma du 27 septembre 2017

diffusé le mer. 27.09.17 à 0h10
émissions culturelles | 5min | tous publics

DEMAIN ET TOUS LES AUTRES JOURS de Noémie Lvovsky

 

Avec Luce Rodriguez, Noémie Lvovsky et Mathieu Amalric

 

 

 

 

 

Mathilde a 9 ans. Ses parents sont séparés. Elle vit seule avec sa mère, une personne fragile à la frontière de la folie. C'est l'histoire d'un amour unique entre une fille et sa mère que le film nous raconte.

 

Noémie Lvovsky nourrit depuis longtemps l'idée de faire un film sur l'enfance. Si, pour la réalisatrice, l'adolescence a été le temps des grandes amitiés, du groupe et des 400 coups, l'enfance a été au contraire solitaire, inquiète, inquiétante et dangereuse. Elle développe : « Comme un conte peut être inquiétant et dangereux. Florence (Seyvos : co-scénariste du film) et moi avions envie de raconter ce monde de l’enfance, si proche pour nous du monde terrifiant et merveilleux des contes. Et puis, je crois que je porte en moi depuis toujours une histoire d’amour fou entre une fille et sa mère. Florence et moi avons tissé au scénario ces deux histoires : une histoire d’enfance et cette histoire d’amour. »

 

Il y a un personnage singulier dans le film : une chouette. La scénariste explique : « Florence et moi avions l’intuition qu’il fallait un animal dans la vie de Mathilde. Pour échapper à sa solitude, au couple isolé qu’elle forme avec sa mère. L’idée nous est venue que cet animal serait son ami, son guide et qu’il devait se mettre à parler. Il allait de soi qu’il aurait une voix d’homme. Pas une voix de père, mais la voix jeune de Micha Lescot, une voix de frère, de compagnon. L’idée de l’oiseau qui parle vient aussi de mes lectures des pièces de Musset et de mon observation de la vie elle-même : je crois qu’un amour a toujours besoin d’un tiers. Ce tiers manque à Mathilde et sa mère. Sans lui, leur amour est trop fusionnel et dangereux, dévorant. J’imagine qu’elles le sentent et que c’est pour cela que la mère offre l’oiseau en cadeau à sa fille. Il devient le témoin de cet amour dingue entre elles. »

 

La jeune comédienne Luce Rodriguez avait de multiples répliques à jouer seule. La réalisatrice explique : « Micha Lescot, qui joue la voix de l’oiseau, était toujours présent sur le plateau. Il était caché à quelques mètres de là où l’on tournait. Il se tenait avec un micro derrière un écran-retour, et il donnait la réplique à Luce dans une oreillette. En fait, il ne donnait pas seulement la réplique, il guidait Luce parfois, lui chuchotait des indications à l’oreille, et il lui arrivait d’improviser en fonction de ce que faisait notre imprévisible chouette. J’essayais, à chaque fois que c’était possible, de filmer Luce et l’oiseau dans le même plan. »

 

Le tournage de Demain et tous les autres jours a été arrêté deux fois et la deuxième fois, un arrêt définitif a été prononcé du fait des problèmes de santé de Luce Rodriguez, l'actrice principale. A ce moment, la moitié du film avait été tournée dans le désordre. Noémie Lvovsky se souvient : « Annette Dutertre, la monteuse, et moi avons tenté de construire un nouveau récit à partir des rushes dont nous disposions. Les producteurs, Jean-Louis Livi et Sidonie Dumas, ont visionné un montage d’un peu plus d’une heure. Ils ont eu le désir et le courage d’aller au bout du projet. Ils ont cru que ce film devait voir le jour, malgré la perte de son actrice principale. Ils nous ont proposé de réécrire quelques scènes. Florence, Annette et moi, avec l’aide de Jean-Louis, avons alors réécrit quelques pages. Pour une autre actrice. La petite fille a grandi. Anaïs Demoustier est arrivée. J’ai découvert au montage, avec joie et surprise, que ces difficultés, ces bouleversements, avaient amené le film à son os. Je réalise à chaque film à quel point il a son mouvement propre. Un mouvement qu’il faut à la fois savoir suivre avec souplesse en étant comme un bouchon sur l’eau, tout en restant d’une ténacité sans faille. Un film est comme un organisme vivant. Il vit grâce à ceux qui le fabriquent, mais aussi indépendamment d’eux. Ce film-là est d’autant plus vivant qu’on l’a cru mort, comme s’il avait fait un coma de plusieurs mois et qu’il s’était réveillé, nouveau. »

 

Lorsque Anaïs Demoustier est arrivée en plein milieu du tournage, elle a souhaité s’imprégner du personnage de Mathilde. La réalisatrice se souvient : « Elle a regardé plusieurs fois le premier montage du film, elle a bu Luce/Mathilde comme un buvard, elle l’a absorbée. Je ne sais pas comment elle a fait pour s’imprégner aussi fortement de sa personnalité, de son énergie. Anaïs m’épate, elle m’impressionne, elle me charme. Elle est merveilleuse. »

 

UN BEAU SOLEIL INTÉRIEUR de Claire Denis

 

Avec Juliette Binoche, Xavier Beauvois, Nicolas Duvauchelle et Gérard Depardieu

 

 

 

 

 

Isabelle, divorcée, un enfant, cherche un amour. Enfin un vrai amour.

 

Claire Denis a puisé son inspiration de départ dans « Fragments d’un discours amoureux » de Roland Barthes. En effet, c'est le mot « Agony », présent dans Fragments, qui a donné envie à la réalisatrice de mettre en scène « Un beau soleil intérieur ». Elle a ensuite développé le scénario avec la romancière Christine Angot : « Agony évoque pour moi une façon très chic et un peu snob de dire que l’on a dépassé les misères de l’amour : l’attente insoluble, l’idéal déçu. On peut commencer à s’approprier ce mot à partir du moment où l’on est devenu plus pragmatique dans ses rapports amoureux et où on peut se permettre une ironie sur son passé, son parcours. Et ce mot d’Agony nous a tout de suite mises, Christine et moi, dans une sorte d’enchantement, de fantaisie. C’est en quelque sorte le thème de nos propres « agonies amoureuses » qui a déclenché l’écriture. »

 

La comédienne Juliette Binoche s'est très vite imposée dans l'esprit de Claire Denis et Christine Angot au cours du processus d'écriture : « Il fallait un corps féminin crémeux, voluptueux, désirable. Une femme belle de visage et de chair, chez laquelle il n’y a pas de défaite annoncée, pour laquelle, dans les combats amoureux, la victoire est possible, sans laisser penser pour autant que c’est gagné d’avance. J’avais une vision précise du personnage d’Isabelle. Je voyais une femme brune, très femme, avec des cuissardes, parce que c’est son désir. On voit les cuisses entre la mini-jupe et le haut de ses bottes. Pour ses cheveux : au carré, coupés comme ceux des femmes un peu guerrières de Mystic, ces pochoirs monochromes que l’on voyait dans les rues dans les années 80. J’avais aussi en mémoire les figures de Crepax : des femmes brunes avec des cheveux courts et une forte aura sexuelle. Une femme sans tabou, ni pute ni nympho », explique la cinéaste.

 

Claire Denis a pu s'offrir les services de Gérard Depardieu pour incarner un personnage de voyant qui apparaît à la fin du film. La cinéaste évoque son travail avec le mythique comédien : « Nous avons tourné la scène du face à face avec Juliette Binoche en un jour et cela a donné lieu à la journée de tournage la plus intense que j’aie jamais connu : 16 minutes de film en un seul jour, cela ne m’était jamais arrivé. Nous avons fait deux prises avec Juliette et trois avec Gérard, c’est tout. Il y avait là quelque chose d’un exploit que je n’avais vraiment pas réalisé sur le coup mais que Gérard m’a fait remarquer ensuite. Cette scène est devenue ce bloc que je ne peux absolument pas couper. Ce n’était pas mon but de relever un défi, mais j’ai bien fait d’aller dans cette direction parce que je suis convaincue que si on avait passé huit jours sur cette scène, on aurait perdu quelque chose et on aurait même beaucoup perdu : la splendeur de Gérard aurait été hachée menu. L’effet que produit Gérard sur un plateau n’est pratiquement pas explicable et je pense qu’il a cela en lui depuis toujours », analyse la réalisatrice.

 

D’ailleurs c'est Gérard Depardieu qui a involontairement donné au film son titre lors de sa journée de tournage sur le plateau d'Un beau soleil intérieur : « Pendant longtemps, avec Christine Angot nous n’en avions pas. Juste un titre de travail entre elle et moi : « Des lunettes noires ». Il me plaisait mais je trouvais qu’il ne convenait pas idéalement au film. C’est en tournant cette fameuse scène avec Depardieu que ça s’est imposé, lorsqu’il plante ses doux yeux brillants dans ceux de Juliette et lui dit : « Open... Restez open... Repérez le grand chemin de votre vie et vous retrouverez un beau soleil intérieur ». Je trouve qu’il prononce cette phrase du dialogue d’une façon surnaturelle. Il est le seul acteur à pouvoir dire un truc aussi énorme de cette manière-là et il fallait que Gérard Depardieu dise ainsi cette réplique pour que je l’entende vraiment comme le titre. Nous sommes donc passés des lunettes noires et de leur ombre protectrice, au beau soleil intérieur, la lumière ardente de l’âme », révèle la cinéaste.

 

 

BONUS

 

 

STUPID THINGS de Amman Abbasi

Avec Devin Blackmon, Kordell "KD" Johnson et Lachion Buckingham

 

 

 

 

 

 

 

C'est l'été. Dayveon a 13 ans, et un grand frère mort trop tôt. Dans la chaleur étouffante de sa petite ville de l'Arkansas, sur son vélo, il traine sa mélancolie. Lorsqu'il intègre le gang local, les Blood, c'est à la fois la violence de ce monde et de nouveaux liens d'amitié qui font irruption dans sa vie...

 

« Stupid Things » est le premier long-métrage d’Amman Abbasi qui l’a écrit, réalisé, monté, produit et en a composé la musique. A un peu plus de 20 ans, Abbasi était déjà un musicien reconnu, avait ouvert un restaurant, et mis un bon pied dans l’industrie du cinéma en travaillant avec David Gordon GreenJames Schamus et Lisa Muskat. En 2016, Filmmaker Magazine l’avait classé parmi les 25 nouveaux visages du cinéma indépendant.

 

Toutes ces expériences, Amman Abbasi les a bien sûr utilisées pour « Stupid things ». Mais les racines du film sont bien plus profondes. A l'âge de neuf ans, Amman Abbasi a déménagé à Little Rock, la capitale de Arkansas, peu de temps après la sortie en 1994 du controversé documentaire de HBO, « Gang War : Bangin’in little rock » qui dressait un portrait particulièrement inquiétant de la ville. Quelques années plus tard, au lycée, le futur metteur en scène a rencontré les frères Brent et Craig Renaud, tous deux réalisateurs de documentaires primés et a travaillé avec eux sur un projet de film sur les gangs de Chicago. C’est à ce moment qu’Abbasi, qui avait de plus en plus envie de parler de l’appartenance à un gang d’un point de vue personnel, a conçu « Stupid things ». « C’est à Chicago, quand je parlais avec des gamins, que j’ai commencé à assembler des petites bouts d’histoire qui me permettraient de raconter une histoire de gang plus nuancée, ne tournant pas seulement autour des crimes. Je voulais me concentrer sur la notion d’appartenance, l’amitié et les différentes sortes de personnes qui composent un gang. »

 

Mais c’est le frère du producteur Lachion Buckingham qui a véritablement inspiré le film. En 2011, le frère de Buckingham s’est fait tiré dessus deux fois dans la nuque et une fois dans la tête, le laissant tétraplégique. « Il était en voiture avec un ami. Le type qu’ils allaient voir est monté à l’arrière et a tiré sur mon frère… J’étais enfermé quand c’est arrivé. » Buckingham était en effet en camp de redressement depuis un mois quand son frère s’est fait tirer dessus. À 17 ans, il y a passé neuf semaines après avoir été « au mauvais endroit au mauvais moment, à traîner dans le quartier, à traîner avec les mêmes mecs... ceux avec lesquels mon frère s’est fait tirer dessus. » La charge retenue contre lui était une infraction à la loi sur les stupéfiants (« Ils en ont trouvé par terre quand ils nous ont arrêté mon ami et moi ») et le juge avait dit à Buckingham que s’il purgeait sa peine et « se comportait bien », les charges seraient abandonnées. Mais quand il a à nouveau comparu devant la cour, « ils ont essayé de m’enfermer entre 10 à 40 ans. » Buckingham raconte que les autorités ont attendu qu’il ait 18 ans pour l’accuser de trafic de drogue, mais la police n’est jamais venue à l’audience. « Voilà pourquoi je suis là, c’est une bénédiction. » Pendant qu’il était en centre de redressement, Buckingham ne savait pas qu’on avait tiré sur son frère et qu’il était paralysé. « Ma mère attendait que je sorte pour me le dire. J’imagine que c’était pour que je reste fort et que je fasse ce que j’avais à faire pour sortir. » Quand un gardien lui a dit ce qui était arrivé, sur le coup, il ne l’a pas cru. Quelques années plus tard, alors qu’il travaillait dans un hôtel, Steve Nawojczyk lui a présenté Abbasi. C’était « une bénédiction » de travailler avec Abbasi sur le film. « Parce que j’ai mené cette vie, j’en ai beaucoup vu, dit-il. Personne ne veut vivre comme ça toute sa vie. Il faut vivre autre chose. »

 

La priorité première de Amman Abbasi était de faire un film de fiction qui soit réaliste. Il a ainsi choisi de concevoir « Stupid Things » comme un documentaire et a mené des recherches pour comprendre le point de vue de ses sujets. Pour ce, le cinéaste s’est adressé à Steve Nawojczyk, un activiste local favorable à la réforme de la justice des mineurs qui l'a aidé à obtenir le droit d’entrer dans un centre de redressement pour jeunes en difficulté, dont nombre sont déjà affiliés à des gangs ou sur la voie de la prison. Sur place, Abbasi a organisé des ateliers autour de ses idées de scénario, a peaufiné certaines subtilités et a abandonné ce qu’il avait mal compris. « J’étais seul avec un groupe de gamins. Nos relations étaient excellentes. C’était plus pour mon inspiration personnelle que pour faire le casting. Steven, mon co-auteur, et moi avons étudié tout ce matériel de près et nous nous sommes demandés ce qui pouvait avoir sa place dans notre histoire », se rappelle le réalisateur.

 

Le développement des personnages s’est fait grâce à une collaboration forte entre Amman Abbasi et les acteurs. Certains font d’ailleurs partie des Blood ou sont liés au gang. Aucun d'entre eux n’avaient joué dans un film ou tout simplement joué la comédie auparavant. Le talent des acteurs et leur alchimie étaient également essentiels. « J’ai toujours rêvé de jouer dans un film », avoue Devin Blackmon qui joue Dayveon et qui, tout comme son personnage, avait 13 ans lors du tournage. « Je devais étudier le rôle tous les soirs. J’avais du mal à rentrer dedans, mais Amman m’a dit : « Reste toi-même et laisse le personnage venir à toi ». Alors je me suis calmé et j’ai commencé à me mettre dedans. » Ce sont des événements inattendus qui ont fait de « Stupid things » ce qu’il est. À l’époque des répétitions, Kordell « KD » Johnson, qui joue Brayden, le nouveau venu dans le gang, s’est fait tiré dans la jambe. Tout le monde a cru qu’il se retirerait du film, mais Abbasi dit que cet incident (qui a été inclus dans l’histoire de Brayden) l’a au contraire encore plus convaincu de jouer le personnage.

 

« Quand je suis allé lui rendre visite à l’hôpital, j’ai compris qu’il était convaincu de vouloir interpréter ce rôle et que ce serait un exutoire. Il était terrifié, ça l’avait terriblement ébranlé et avait bousculé ses certitudes. » dit Abbasi.

 

 

LE JEUNE KARL MARX de Raoul Peck

 

Avec August Diehl, Stefan Konarske et Vicky Krieps

 

 

 

 

 

1844. De toute part, dans une Europe en ébullition, les ouvriers, premières victimes de la “Révolution industrielle”, cherchent à s'organiser devant un “capital” effréné qui dévore tout sur son passage. Karl Marx, journaliste et jeune philosophe de 26 ans, victime de la censure d’une Allemagne répressive, s’exile à Paris avec sa femme Jenny où ils vont faire une rencontre décisive : Friedrich Engels, fils révolté d’un riche industriel Allemand. Intelligents, audacieux et téméraires, ces trois jeunes gens décident que “les philosophes n’ont fait qu’interpréter le monde, alors que le but est de le changer". Entre parties d'échecs endiablées, nuits d'ivresse et débats passionnés, ils rédigent fiévreusement ce qui deviendra la “bible” des révoltes ouvrières en Europe : “Le manifeste du Parti Communiste”, publié en 1848, une œuvre révolutionnaire sans précédent.

 

Le réalisateur Raoul Peck a voulu s'attaquer à un monument tel que Karl Marx suite à son implication sur son dernier film, « I am not your negro ». En effet, ces deux oeuvres coïncident avec un moment de réflexion et d’inquiètude chez le cinéaste : « Une inquiétude par rapport à ce que je ressentais du ‘Zeitgeist’ ambiant, en cette période de ‘fin de l’Histoire’ et de ‘fin des idéologies’. Une époque qui se manifeste également par une suspicion de toute science ou de philosophie et un rejet de tout ce qui est politique. Ce qui a existé jusque-là est censé être dépassé et on semble vouloir créer du nouveau à partir de rien. Ce qui, me semble-t’il, est utopique. Nous n’avons ni peuple de rechange, plus ‘pur’ plus ‘sain’ plus ‘avancé’ avec lequel tout serait plus simple. Il nous faut malheureusement partir du réel. Ma réponse en tant qu’artiste et citoyen engagé, c’est de revenir aux fondamentaux. Pour moi, ce sont d’abord Baldwin, que j’ai lu très tôt dans ma jeunesse, et Marx, que j’ai longuement étudié très jeune aussi », explique le metteur en scène.

 

C'est Pierrette Ominetti, d’Arte, qui a contacté Raoul Peck pour lui proposer de se pencher sur un film autour de Karl Marx selon une approche mixte mi-documentaire / mi-fictionnelle : « Je n’ai pas hésité une seconde. J’ai commencé à travailler mais ce n’était pas satisfaisant. Il m’est vite apparu que faire un film sur ce thème serait plus lourd, plus complexe, plus déterminant que je ne l’avais pensé au départ. Et que c’était aussi pour moi, à ma manière, une occasion de ‘changer le monde’ avec un film qui aille plus loin, tant dans la forme que dans le contenu ainsi que sur l’impact politique potentiel. Le projet prenant de l’envergure, j’ai décidé de le reprendre totalement à mon compte et de le développer moi-même au sein de ma société Velvet Film », confie le réalisateur.

 

Raoul Peck a voulu s'éloigner du biopic conventionnel comme Hollywood sait si bien nous servir en privilégiant une approche critique proche du documentaire : « Si je fais un biopic classique, je reproduis ce qu’Hollywood sait très bien faire et qui consiste à maintenir le spectateur dans sa bulle d’un monde maitrisé, heureux, parfois confronté à un méchant mais que l’on parvient toujours à vaincre à la fin. J’oppose à cela une approche ‘marxiste’ (et non dogmatique ! ) : quand on fait quelque chose qui est critique, on est obligé de critiquer les instruments dont on se sert et le processus lui-même. Je dois essayer d’atteindre ce public qui est habitué à une certaine vision du cinéma et à une vision de lui-même et de son histoire, en lui donnant suffisamment d’éléments pour qu’il me suive y compris là où il n’est jamais allé. C’est bien sûr un exercice complexe. Dans « Le jeune Karl Marx », j’ai une approche presque documentaire afin de faire ressentir le moment où les choses se passent, ressentir les hommes et les femmes, sentir les odeurs, la réalité humaine. Donc, il faut s’éloigner du dogmatisme et du politique stricto sensu. Ce n’est pas du cinéma militant ! En revanche, je fais un cinéma de citoyen engagé. »

 

Raoul Peck revient sur sa décision d'évoquer les jeunes années de Karl Marx, loin de l'imagerie populaire du vieux sage barbu connu de tous : « Je savais qu’il ne fallait pas essayer d’expliquer le grand Marx barbu, l’icône en statue de granit qui a servi de prétexte à des monstres pour commettre leurs crimes. C’est une bataille que je n’aurais jamais pu gagner avec un film, sauf si on me donnerait une vingtaine d’heures pour le faire. Car avant d’expliquer, je dois déconstruire des décennies de propagandes, d’inexactitudes, d’inventions pures, de contradictions, etc. sans compter les crimes et méfaits de la guerre froide et des autres confrontations idéologiques. Il y a des combats que l’on ne peut pas gagner dans un médium qui est maîtrisé de bout en bout par le capital, par une industrie plutôt conservatrice et tournée vers le ‘divertissement’. Alors j’ai choisi de parler du jeune Marx, dans cette période de sa vie où il est en train de se transformer de manière fondamentale. J’essaie de montrer quelles sont les étapes de cette transformation et ce qu’il en résulte. »

 

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