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Choix du nom : elles ont décidé d’en changer !

La loi sur le choix du nom entrera en vigueur en juillet prochain. Certaines attendent déjà cette date avec impatience : elles nous racontent.

Se libérer d’un nom 

Le 24 février dernier, l’Assemblée nationale a voté une loi permettant au parent n’ayant pas transmis son nom de famille à son enfant (dans 8 cas sur 10, la mère) de l’adjoindre, sans l’autorisation de l’autre parent. La loi permet aussi à chaque majeur qui le souhaite de choisir son nom, une fois dans sa vie. Une libération pour de nombreuses personnes, comme Elisa :

« Je me batdepuis des années pour ne plus porter le nom de famille de mon pèreque je ne fréquente plus depuis presque 17 ans. J'aimerais pouvoir prendre celui de ma maman et pouvoir en conséquence le donner aussi à mes deux fillesen plus de celui de leur papa. » 

La loi va également permettre aux victimes de violences qui portent le nom de leur bourreau de s’en libérer, comme témoigne Loraliz :

« Grâce au vote de cette loi je vais enfin pouvoir prendre le nom de famille de ma maman et sortir définitivement mon père de ma vie. Ayant été victime d'inceste de sa part lors de mon enfanceje n'ai plus de contact avec lui depuis le jugementSon nom est la seule chose qui me rattache à lui malgré moi. Je n'aurais enfin plus à traîner ce nom comme un fardeau, et je pourrais l'effacer de ma nouvelle histoire qui commence maintenant avec ma fille. »

Pour d’autres, ajouter le nom qui ne leur a pas été transmis permet simplement de rééquilibrer les choses. Angéline explique qu’elle sera « dès le 1er juillet à la mairie » de sa commune pour ajouter le nom de sa mère à celui de son père, reçu par défaut:

« C'est un besoin que j'ai toujours eumes parents ne se sont pas mariés et j'ai eu l'impression depuis toujours de n’appartenir qu'à une famille, d'avoir délaissé inconsciemment la famille de ma maman alors qu'ils font parti intégrante ma personnalitétout comme la famille de mon papa. »

L’égalité pour les mères 

Bien que depuis 2002, la loi permette de donner à l’enfant le nom du père, de la mère, ou les 2, dans les faits, les mentalités peinent à évoluer : en 2014, 83% des enfants portaient encore l’unique nom paternel. Cela peut créer des situations complexes dans le quotidien du parent qui n’a pas transmis son nom. Marie, maman de Pauline, 2 ans, raconte :

« Régulièrement, dans différentes situations, on me demande si je suis la maman, qui je suis pour elle. Dernièrement, j'ai dû accompagner ma fille aux urgences, on m'a demandé qui j'étais pour elleon m'a demandé de présenter le livret de famille ainsi que ma pièce d'identité. C'est extrêmement blessant d'être maman et de devoir le justifier. »

Marie ajoutera donc son nom au nom -paternel- de sa fille. Une décision que son conjoint « comprend, sans forcément être pour » précise la jeune maman.

Le cas des familles monoparentales 

D’après une enquête de l’Insee, le nombre de familles monoparentales, c’est-à-dire les familles où les enfants résident avec un seul parent, s’établit à 2 millions en 2020. Dans 82% des cas, c’est la mère qui élève seule un ou plusieurs enfants. Pour ces mères, lorsqu’elles n’ont pas transmis leurs noms, l’ajout peut devenir essentiel, tant pour des questions pratiques que symboliques. Amandine, mère de 2 enfants et séparée de leur père, explique :

« J'ai toujours voulu transmettre mon nom à mes enfants. Quand je suis tombée enceinte la première fois, j'en ai parlé à mon conjoint, qui n'était pas du tout d'accord, car il voulait que son nom de famille perdure et soit donc le seul transmis.Je me suis persuadée que c'était le mieux… Pour la deuxième grossesse, ayant déjà fait le choix une première fois, je ne pouvais plus faire changer les choses. Nous nous sommes séparés lors de cette seconde grossesse. J'avais entendu dire qu'un projet de loi était en cours et je me suis jurée de rajouter mon nom une fois cette loi votée. Je suis tellement apaisée de savoir que je vais aussi pouvoir transmettre mon nom, ma famille... C'est enfin un droit pour les femme de transmettre leur nom au même titre que le père... Il était temps ! »

Emmanuelle, mère de Juliette, 3 ans, et séparée de son papa, va également ajouter son nom à celui de sa fille. Elle pense aussi à l'importance que sa fille et son éventuelle future fratrie aient un nom en commun :

« Juliette porte le nom de son papa. Jusque là cela me paraissait normal, nous ne nous étions pas plus posés de question lors de la naissance. Mais lorsque il m'a quittée, je me suis rendue à l'évidence qu'il faudrait que je prouve être sa maman pour tout et n'importe quoi. Mais ce qui m'a le plus interrogée, c'est que le jour où mon ex aura des enfants, ils porteront le même nom que ma fille. Alors que si j'ai des enfants de mon côté, cela ne sera pas le cas. C'est inconcevable pour moi ! Je veux une égalité, et  il est important de mettre le nom de la maman au même titre que celui du papa. Je compte entamer les démarches dès que cela sera possible. »