Le pitch cinéma du 3/10

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Le Pitch - Cinéma
Émission du mercredi 3 octobre 2018

diffusé le mer. 03.10.18 à 0h46
émissions culturelles | 2min | tous publics

16 LEVERS DE SOLEIL de Pierre-Emmanuel Le Goff

 

Avec Thomas Pesquet

 

 

Le 17 novembre 2016, Thomas Pesquet s'envole pour sa première mission spatiale. À 450 kilomètres de la Terre, durant ces six mois où le monde semble basculer dans l’inconnu, un dialogue se tisse entre l'astronaute et l’œuvre visionnaire de Saint-Exupéry qu’il a emportée dans la station spatiale.

 

Le réalisateur Pierre-Emmanuel Le Goff revient sur la genèse du projet : « Quand nous avons appris que Thomas Pesquet partait pour la Station spatiale internationale, nous lui avons montré ‘Gravité Zéro’, un docu­mentaire qui portait sur la mission spatiale de l’astronaute allemand Alexander Gerst. Après l’avoir visionné, Thomas Pesquet a souhaité, non seulement nous accompagner dans notre démarche, mais aussi s’impliquer beaucoup dans le tournage, car il considère que la communication et la vulgari­sation font partie intégrante de sa mission. »

Thomas Pesquet rajoute : « J’ai accepté de participer à cette aventure cinématographique car j’avais envie de raconter cette mission. Je l’avais déjà fait sur les réseaux sociaux au quotidien, mais ce n’était pas encore suffisant : je trouvais im­portant de raconter la vraie histoire avec un début, un milieu et une fin. »

 

Le dispositif technique a été pensé en amont du tournage – le réalisateur explique : « Thomas disposait d’une shooting list : il devait, par ordre de priorité, essayer de tourner un certain nombre de plans. Tout lui avait été précisé : le type de plan, d’optique, de caméra, de mouvement, etc. Cependant il s’est, bien évidemment, produit des situations imprévues au cours desquelles Thomas a dû prendre l’initiative de tourner certaines images, démontrant ainsi qu’il avait aussi un regard de cinéaste. Il y avait plusieurs types de caméra à bord : des caméras de surveillance, plusieurs types de caméras mobiles au format HD et des RED avec capteurs grand format (6K). Il y avait aussi une GoPro 4K spéciale­ment préparée pour la sortie extravéhiculaire qui demandait une préparation particulière pour résister à des températures extrêmes (de – 100 à + 150 degrés Celsius). Jamais des caméras d’une telle qualité n’avaient été utilisées que ce soit dans la station spatiale ou pour filmer des sorties extravéhiculaires. Du coup, nous avions un nombre incalculable d’heures de rushs. Le montage a duré sept mois. »

 

Thomas Pesquet revient sur les difficultés du tournage : « On a commencé à travailler avant le décollage, pendant l’entraînement, qui est une phase importante de la vie d’un astronaute et que le public voit rarement. Une fois là-haut, j’avais donc une idée précise, en terme d’images et de narration, de ce que je voulais faire. Mais c’est seulement à la Station spatiale que je me suis rendu compte à quel point il est dif­ficile de rendre justice à un spectacle aussi fantastique : la Terre vu de l’espace ! Ce fut compliqué car la station spatiale tourne à 28 000 km/h ! Et ce d’autant plus qu’il fal­lait jouer avec la lumière car l’intérieur était très sombre alors que la terre était très lumineuse. Mais j’ai affronté de bon cœur toutes ces difficultés car cela me tenait vraiment à cœur de partager mon expérience avec les gens. En effet, je me souviens que, petit, j’étais frustré de voir des astronautes partir dans l’espace, puis de les voir quelques semaines après atterrir sans savoir ce qu’il s’était passé en­tretemps : j’étais avide d’informations, cela me faisait rêver. Avec ce documentaire, on montre tout : comment se passe une journée type, les choses exceptionnelles, les soucis que l’on peut rencontrer, etc, avant, pendant et après la mission. D’une certaine manière, ce do­cumentaire, c’était une manière d’emmener tout le monde avec moi. »

 

Dans le film, le réalisateur a choisi de citer certains passages de l’œuvre de Saint-Exupéry : « Nous avons appris pendant le tournage qu’il avait choisi de partir avec les œuvres de Saint-Exupéry. J’ai alors relu toute l’œuvre de Saint-Exupéry et choisi les extraits pendant que Thomas voyageait dans l’espace : des extraits qui entraient en résonnance avec son itinéraire spirituel. Certaines citations ont été retirées au montage pour ne pas surdéterminer le voyage de Thomas et pour rester fidèle à ce qu’il a vécu là-haut et qu’il m’a raconté lors des nombreuses conversations que nous avons eues après son retour sur terre. C’est moi qui, dans le film, dit les textes car je tenais à créer un lien invisible entre moi et Thomas, entre le réalisateur et son personnage. D’autant que j’ai confié à Thomas, protégé dans une chaussette de ma fille, une statuette du petit prince qui m’accompagne depuis des années. Ainsi, symboliquement, une part de moi-même et de ma fille est partie dans l’espace. Ainsi un élément physique a servi de trait d’union entre Saint-Exupéry, mon existence sur terre et la vie de Thomas dans l’espace. »

 

Thomas Pesquet revient sur son voyage dans l’espace et le bilan écologique : « Ce qui m’a le plus marqué pendant ce voyage, c’est à quel point il y a beaucoup de vide autour de la Terre, beaucoup de mort, et qu’il faut entretenir la vie qu’il y a sur notre planète. Là-haut on se rend compte, et cela de façon très intense, à quel point les habitants de la Terre sont identiques et partagent les mêmes problèmes. Notre planète est très fragile, isolée : c’est un petit radeau de survie lancé dans l’univers. Vu d’en-bas, on a l’impression que les choses sont permanentes mais ce n’est pas le cas. La Terre va peut-être nous survivre, à nous et à une autre génération mais maintenant je sais profondément qu’il n’y a rien de perma­nent et qu’il faut en prendre soin. D’autant que les phénomènes de changements climatiques se passent à une échelle globale qui, en grande partie, nous dépasse. On ne peut vrai­ment les mesurer que depuis l’espace. Sur les cinquante variables climatiques essentielles (humidité des sols, salinité et température des eaux, concentration de gaz à effet de serre, couche d’ozone…) 26 ne sont observables que depuis l’espace. De là –haut, j’ai constaté, par exemple, à quel point les rivières et les mers étaient polluées et combien on avait coupé dans la forêt amazonienne. J’ai vu aussi à quel point les glaciers sud-américains sont plus petits qu’il y a quelques années. En fin de compte, ce fut un voyage en quête de sens. J’espère que je suis revenu meilleur et que cela servira au plus grand nombre. »

 

La musique est très présente dans le documentaire comme l’explique le cinéaste : « Je voulais une musique qui fasse ressentir le voyage de façon émo­tionnelle et sensitive plus qu’intellectuelle. Mon ambition était, non pas que les spectateurs apprennent quelque chose sur la mission spatiale, mais qu’ils aient le senti­ment d’avoir fait le voyage. Pour recréer de la pesanteur dans un milieu en apesanteur et faire ressentir la pression du néant autour de la station spatiale, j’ai tâché à ce que les plans parlent d’eux-mêmes, à faire sentir la durée, à utiliser des plans qui ne soient pas forcément là pour démontrer quelque chose. Je n’ai pas ajouté de commentaire (il ne s’agit pas d’un documentaire scientifique) afin qu’on puisse s’immerger dans le moment. Je ne voulais pas indiquer au specta­teur quelle émotion il devait ressentir mais faire en sorte qu’il puisse se mettre au diapason des sentiments de Thomas (…) Je cherchais un artiste interprète saxophoniste, l’instrument de Thomas Pesquet que j’espérais qu’il emmène dans l’espace. J’appréciais le travail de Guillaume Perret sur les textures et les bruits d’objet, un travail qui confère quelque chose de très cinématographique à sa musique. Avant le montage, je lui ai indiqué des lignes directrices pour qu’il travaille l’univers sonore. Puis on a travaillé séquence par séquence, en se focalisant sur les émotions à transmettre. Je tenais à ce que Guillaume intègre, dans la bande originale, les sons réels de la station spatiale ainsi que les échanges radio avec la Terre. En effet, je souhaitais d’abord créer une impression hyper­réaliste - faire entendre le vacarme assourdissant des machines, des souffleries, des ventilateurs, des ordinateurs - puis peu à peu, faire en sorte que ces sons deviennent musique, comme la respiration de la station spatiale, tantôt oppressante, comme un Moloch, tantôt apaisante, comme un cocon. Je rêvais que Thomas emmène avec lui son saxophone mais malheureusement ce n’était pas possible. Finalement, il l’a reçu le jour de son anniversaire. Ce fut un moment clé de l’écriture du film. D’abord, l’emploi du saxophone devenait parfaitement justifié narrativement. Ensuite, cela me permettait de mettre en scène la première séquence que j’avais écrite : Thomas jouant du saxophone en apesanteur dans la coupole, avec la Terre tournant en arrière-plan. Le jour où j’ai appris que le saxophone était dans la station spatiale, j’ai demandé à Guillaume de composer en urgence un morceau très planant et de l’envoyer à Thomas. Quelques semaines plus tard, je découvrais le plan dont j’avais rêvé… »

 

 

NOS BATAILLES de Guillaume Senez

 

Avec Romain Duris, Laetitia Dosch et Laure Calamy

 

 

Olivier se démène au sein de son entreprise pour combattre les injustices. Mais du jour au lendemain, quand Laura, sa femme, quitte le domicile, il lui faut concilier éducation des enfants, vie de famille et activité professionnelle. Face à ses nouvelles responsabilités, il bataille pour trouver un nouvel équilibre, car Laura ne revient pas.

 

Le réalisateur Guillaume Senez a puisé dans son expérience personnelle pour élaborer le projet de « Nos batailles » : « Quand je préparais mon premier long-métrage ‘Keeper’, je me suis séparé de la mère de mes enfants. J’ai appris, comme Olivier (Romain Duris) dans le film, à vivre seul avec eux, à les regarder, à les entendre et à les comprendre. Ce fût une période fondatrice pour moi, en tant qu’homme mais aussi en tant que cinéaste. Je me suis demandé comment les choses se seraient passées si j’avais été complètement seul, veuf, ou abandonné. La réponse est simple : je n’aurais pas réussi à trouver une stabilité entre ma vie professionnelle et familiale. Je connais pas mal de couples dont les fins de mois sont difficiles, chacun travaille mais leur situation reste précaire, fragile, à l’image d’un château de cartes : si on retire un élément, tout s’effondre. Il fallait que j’écrive là-dessus, sur cette harmonie si difficile à préserver, d’un point de vue à la fois financier mais surtout émotionnel. ‘Nos batailles’ raconte la disparition d’une mère et les efforts d’un père pour empêcher la dislocation de son foyer. Un père qui devra batailler pour trouver un équilibre entre ses engagements professionnel et familial. »

 

Le metteur en scène a une méthode infaillible pour obtenir le naturel souhaité devant la caméra, il ne donne pas les dialogues à ses comédiens, ces derniers doivent les improviser selon la situation de la scène : « Romain Duris n’avait jamais travaillé comme ça auparavant. Ce défi l’excitait beaucoup. Avant le tournage, on a beaucoup discuté du personnage. Au moment du tournage, tous les dialogues sont minutieusement écrits, mais je ne les donne pas aux comédiens. On va les chercher ensemble. C’est cela qui donne au film cette texture particulière, les moments où les personnages cherchent un peu leurs mots, où les dialogues peuvent se chevaucher, tous ces petits accidents, ces choses de la vie de tous les jours qu’on a tendance à perdre au cinéma. Une telle méthode finit par donner une immense liberté aux comédiens même si elle entraîne aussi certaines contraintes pour les techniciens. Mais je connais mon équipe depuis longtemps, ce sont de véritables partenaires. Tout le monde joue le jeu, on cherche ensemble, et c’est ça qui m’intéresse sur un plateau : travailler, et que chacun donne de sa personne pour arriver au meilleur film possible. Romain a parfaitement joué le jeu, il s’est totalement investi avec beaucoup de générosité. Pareil avec Laetitia Dosch, Laure Calamy et Lucie Debay, ce sont des comédiennes très généreuses, elles sont dans l’écoute de leurs partenaires de jeu, et ça c’est précieux. »

 

Les enfants de « Nos batailles », Basil Grunberger (Elliot) et Lena Girard Voss (Rose) sont d’excellents acteurs. Parmi plus d’une centaine d’enfants ces deux-là ont très vite émergé. « Lena nous a semblé tout de suite incroyable, avec beaucoup de créativité. Quant à Basile, qui n’avait jamais rien tourné, il était confondant de naturel. On s’est vus énormément, pas forcément pour travailler, mais pour aller au parc, manger une glace, avec Lucie Debay (qui joue Laura, la mère) pour qu’ils se familiarisent. Le dispositif est léger, une caméra à l’épaule qui suit l’action sans jamais la précéder, ce qui laisse un maximum de liberté de jeu aux comédiens », explique Guillaume Senez.

 

Il n’y a pas de musique qui accompagne le film, sauf une scène où les personnages dansent sur « le Paradis blanc » de Michel Berger... « Je cherchais une chanson qui évoque quelque chose à la fois nostalgique et populaire, qui amène une émotion que tout le monde peut partager. Je trouvais que cette chanson en avait le potentiel. ‘Nos batailles’ est un film où les gens ont du mal à se dire les choses, n’arrivent pas à se parler. Et je voulais qu’il y ait un moment dans l’histoire où il n’y aurait rien à dire, parce que parfois, c’est tout simplement danser avec quelqu'un qui nous fait du bien. La musique nous emmène ailleurs et ça nous apaise. Cette scène est importante dans le film parce que c’est le moment où on peut se passer de mots. Je ne voulais pas d’autre musique ni d’accompagnement. J’adore la musique de film mais je n’en ai pas envie pour les miens. Je suis mal à l’aise avec l’idée d’ajouter de la musique sur une scène, comme si elle ne se suffisait pas à elle-même. Il faut donc que la musique soit diégétique, justifiée dans la scène par le scénario : parce que les personnages écoutent un morceau, ou l’entendent », confie le réalisateur.

 

 

** BONUS **

 

 

FRÈRES ENNEMIS de David Oelhoffen

 

Avec Matthias Schoenaerts et Reda Kateb

 

 

Ce film fait l’objet de l’avertissement suivant : « Certaines scènes particulièrement violentes sont susceptibles de choquer un jeune public ».

 

Manuel et Driss ont grandi comme deux frères inséparables dans la même cité. Mais aujourd’hui tout les oppose. Manuel est à la tête d’un trafic de drogue, alors que Driss est devenu flic. Quand celui-ci est promu aux Stups, son retour bouleverse les équilibres et met Manuel en danger.

 

 

David Oelhoffen revient sur la genèse du projet : « J’ai une amie avocate qui avait parmi ses clients des trafiquants de drogue assez importants. J’ai pensé qu’il serait intéressant de les rencontrer. D’essayer de comprendre comment concrètement s’organisait leur vie. La plupart ont accepté de me parler. Il est apparu que le décalage avec l’idée qu'on se fait habituellement de la vie criminelle était énorme. Beaucoup d’attente, beaucoup de peur et peu de romantisme. Ça m’a donné envie de voir cette même réalité en face, chez les policiers. Le projet était né. La co-écriture de ‘L’affaire SK1’, un film sur Guy Georges le premier serial killer répertorié en France, réalisé par Frédéric Tellier m'a été proposée à ce moment-là. Elle m’a permis d’approfondir ma connaissance de l’institution. De comprendre la réalité du métier. Et de nouer des contacts inattendus. J’avais donc une documentation assez unique des deux côtés de la barrière du trafic de drogue et j’ai commencé à bâtir une histoire sur ce thème. »

 

Le cinéaste a cherché à filmer la banlieue telle qu'il la ressent et loin des fantasmes, tout comme la vie policière et criminelle. Il ne voulait par ailleurs pas reproduire des choses qu'il avait vues dans d'autres films. Il explique : « C'est un cadre qu'on s'est fixé dès le départ avec Marc du Pontavice, le producteur du film. Pas plus que moi, il n'a de goût particulier pour le polar. La seule façon de faire exister notre film dans ce genre désormais difficile à financer au cinéma, était de veiller constamment à sa singularité. A l'écriture, avec l'aide de Jeanne Aptekman, qui a co-scénarisé le film, nous avons ensuite essayé d’apporter à ces personnages, qu’ils soient simples banlieusards, trafiquants de drogue ou policiers, les mêmes nuances et la même complexité que dans n'importe quel drame. Les conflits intimes, politiques, familiaux se cristallisent sans doute d’une façon différente dans les quartiers favorisés ou dans les cités, mais ils ont partout la même richesse. J’essaie dans chacun de mes films de ne pas les simplifier. »

 

Le réalisateur retrouve Reda Kateb et lui confie le rôle du flic Driss : « C’était une évidence. J’ai écrit en l’imaginant dans le personnage de Driss. Son parcours m’a inspiré. J’ai eu envie de mettre en exergue la tension qui habite quelqu’un qui désire être vu pour ses qualités, mais qu’on renvoie toujours à ses origines. Si Reda a réussi à construire sa liberté, des milliers d’autres jeunes gens n’y arrivent pas. Cette tension entre l’acceptation de l’étiquette et le désir de s’en affranchir, c’est ce que vit le personnage de Driss. La seule manière de monter dans la hiérarchie policière c’est d’accepter cette étiquette-là et d’accepter la promotion à la brigade des stups, parce que c’est le seul endroit où son parcours est valorisé. Il connaît la banlieue, les trafiquants de drogue. C’est parfois ce qu’on est obligé de faire en tant que comédien. Il a une puissance d’incarnation incroyable. Mais il ne se contente pas de son charisme physique. Il est sensible, intelligent, ouvert. Pour jouer, il fait sans arrêt des allers-retours entre l’intelligence et l’intuition. Je m’appuie souvent sur ses intuitions pour essayer de trouver ce qui serait plus juste. Il en fallait pour incarner ce policier en rupture de ban qui revient dans la cité et débute une enquête sur lui-même. »

 

Face à lui, il y a Matthias Schoenaerts : « J’ai eu beaucoup de chance, parce que c’est un duo d’acteurs extraordinaire. Pour moi, les personnages sont presque des jumeaux. Je les vois comme les deux faces d’une même pièce. Matthias a un charisme physique inouï. Il dégage une force incroyable. Il est très impressionnant physiquement, mais n’a absolument pas peur de se montrer fragile. Manuel, le personnage qu’il incarne est parfaitement adapté à cette vie violente, en impose beaucoup et en même temps, son identité est construite sur des failles qu’on découvre progressivement. On comprend qu’il a grandi seul. Il a trouvé comme refuge un clan marocain dans lequel il est parfaitement intégré, tout en étant complètement à part. Ses doutes, sa naïveté même, se révèlent à nous. Matthias apporte une assurance physique, une animalité, et une personnalité hyper sensible. »

 

Matthias revient sur sa collaboration avec Reda Kateb : « J’ai adoré. Reda est un super comédien, impliqué, qui fait souvent des choix latéraux et pas évidents dans le jeu. C’est très fin ce qu’il propose. En même temps, il est très brut, presque viscéral. ». Quant à Reda Kateb, il ne tarit pas d’éloges vis-à-vis de son partenaire : « Matthias a été un formidable camarade et partenaire de jeu sur ce film. Nous ne nous connaissions pas avant le tournage. J’ai toujours trouvé qu'il était un acteur remarquable et j’ai suivi son parcours toutes ces années. Je suis impressionné par sa rapidité à se glisser dans un rôle et par la présence intense qu’il dégage. Lorsque David m’a dit qu’il lui proposait le rôle de Manuel, j’étais encore plus emballé par le projet. Il est très généreux sur un plateau et travaille avant tout pour le film et non pour son propre blason. Je pense que nous avons des points communs dans notre rapport au plateau. On aime préparer un rôle, poser le cadre et les traits des personnages. Et après, on aime être pris par une forme de transe, laisser les scènes se dérouler de manière toujours différente à chaque prise pour qu’il se passe quelque chose dans le moment. On s’est retrouvé là-dedans, et on s’est bien amusé. »

 

Avec « Frères ennemis », David Oelhoffen collabore une fois de plus avec le directeur de la photographie Guillaume Desfontaines. Les deux hommes ont opté pour filmer caméra à l’épaule. Le réalisateur raconte : « Guillaume s’est débrouillé pour tourner avec la mini Alexa en mettant des objectifs Leica qui étaient utilisés pour la première fois au cinéma. Du coup, grâce à cela, on avait une caméra ultra performante et toute petite. On a pu filmer sous des voitures, dans des endroits très exigus. À première vue, l’image peut paraître brute, mais elle est tout sauf naturaliste. Le cadre est stylisé, et tente de toujours mettre en valeur les comédiens. »

 

Au niveau de la bande-originale, David Oelhoffen cherchait quelque chose qui accompagne l’état émotionnel des personnages et non l'action. Il explique : « Avec Anne-Sophie Bion, la monteuse, on a monté le film de façon à ce que le récit fonctionne sans musique. J’avais envie d’un son moderne, électro, 2018. Mon ami et superviseur musical du film, Eric Karnbauer, m’a fait plusieurs propositions. Dès le départ, quand j’ai rencontré Gabriel Legeleux, dont le nom d’artiste est ‘Superpoze’, on s’est entendus sur la fonction de la musique dans ce film. J’aime son son mélodique. Il est allé très rapidement vers ce qui me convenait. Il a composé une musique beaucoup plus dark, plus tourmentée que ce qu’il fait d’habitude. »

 

 

A STAR IS BORN de Bradley Cooper

 

Avec Lady Gaga et Bradley Cooper

 

 

Star de country un peu oubliée, Jackson Maine découvre Ally, une jeune chanteuse très prometteuse. Tandis qu'ils tombent follement amoureux l'un de l'autre, Jack propulse Ally sur le devant de la scène et fait d'elle une artiste adulée par le public. Bientôt éclipsé par le succès de la jeune femme, il vit de plus en plus de mal son propre déclin…

 

« A Star Is Born » est la quatrième relecture d' « Une étoile est née », histoire précédemment portée à l'écran par William A. Wellman et Jack Conway en 1937, George Cukor en 1954 et Frank Pierson en 1976.

 

Il s’agit du premier long métrage de Bradley Cooper en tant que réalisateur. Non content d'être devant et derrière la caméra, il produit et co-écrit non seulement le scénario mais aussi certaines des chansons interprétées dans le film par lui et Lady Gaga. Il a suivi des cours de guitare et de piano, ainsi que des leçons de chant avec le coach Roger Love : « Au début, j’étais essoufflé après le premier couplet. J’ai passé cinq jours par semaine, pendant six mois, à apprendre à chanter non pour moi-même mais pour me glisser dans la peau de Jackson ».
La productrice Lynette Howell Taylor revient sur le parcours de Cooper : « Bradley n’est pas ce qu’on pourrait appeler un réalisateur débutant lambda. Il s'agit d’un acteur qui gravite dans l’industrie du cinéma depuis des années, qui a une véritable notoriété, a appris des plus grands tout en peaufinant son talent de producteur. Il aime travailler en équipe, il a soif d’apprendre, il sait écouter. Du coup, lorsqu’il s’est décidé à endosser ce rôle, il était fin prêt. Cela ne m’a pas surpris qu’il se confronte à tel défi et qu’il décide de repousser ses limites avec un projet d’ampleur, à la fois spectaculaire, pertinent et actuel ».

 

Si Lady Gaga est déjà apparue dans plusieurs fictions, dans son propre rôle en tant que guest-star ou dans des rôles de compositions comme dans « American Horror Story », « A Star Is Born » est son premier grand rôle au cinéma. Elle était à la fois nerveuse et impatiente de participer à cette aventure : « Selon moi, quand quelqu’un renferme en lui un talent qui frémit depuis des années, prêt à le propulser vers une nouvelle forme d’art, et que cela se produit enfin, c’est une véritable explosion, un chef d’œuvre. Bradley était fait pour passer derrière la caméra, et j’ai eu une chance inouïe de jouer dans son premier film ».

 

Dès le début, Bradley Cooper et Lady Gaga se sont mis d’accord pour filmer toutes leurs performances en direct, sans avoir recours au playback. « Chanter, c’est faire preuve d’une incroyable honnêteté : impossible de cacher quoi que ce soit. Il m’a semblé que je pouvais réunir ces deux thèmes pour révéler le point de vue qui est le mien. Tout ce qui est chanté dans le film est en direct, rien n’a été préenregistré et je pense que c’est en cela qu’on a réussi à capter la sincérité de chaque interprétation » explique le réalisateur et acteur.

 

Les morceaux préenregistrés étaient seulement audibles par les artistes à travers de petites oreillettes, et les membres du groupe faisaient semblant de jouer pendant que Cooper et Lady Gaga chantaient en direct. Afin de coller au mieux à leurs prestations, le mixeur son Steve Morrow a fait en sorte d’agencer le son pour qu’on passe de façon imperceptible des coulisses au centre de la scène, à l'instar des musiciens, sans aucune rupture sonore : « Dans les films musicaux traditionnels, on a l’impression que lorsque la musique commence, on est dans un autre univers sonore, et c’est exactement ce que Bradley et Stefani voulaient éviter. Le public est de plus en plus exigeant et remarque davantage de choses. Pour moi, le pire est de ne pas pouvoir me plonger dans un film à cause d’un morceau joué en playback. Bradley ne voulait pas que les spectateurs se sentent exclus de cet univers, comme de simples témoins : il tenait à ce qu’ils se sentent partie intégrante de l’histoire ».

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