Le pitch cinéma du 26/09

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Le Pitch - Cinéma
Émission du mercredi 26 septembre 2018

diffusé le mer. 26.09.18 à 0h55
émissions culturelles | 2min | tous publics

UN PEUPLE ET SON ROI de Pierre Schoeller

 

Avec Gaspard Ulliel, Adèle Haenel, Olivier Gourmet et Laurent Lafitte

 

 

En 1789, un peuple est entré en révolution. Écoutons-le. Il a des choses à nous dire. Un peuple et son roi croise les destins d’hommes et de femmes du peuple, et de figures historiques. Leur lieu de rencontre est la toute jeune Assemblée nationale. Au cœur de l’histoire, il y a le sort du Roi et le surgissement de la République…

 

La question politique et le débat social étaient déjà au coeur des deux précédents longs métrages de Pierre Schoeller. Cette fois, le cinéaste plonge dans le passé avec « Un Peuple et son roi ». Une immersion dans les trois premières années de la Révolution française. « Après ‘L’Exercice de l’Etat’, j’avais le désir de creuser le sillon du politique, et de m’en échapper. La continuité a pris la forme d’un retour aux sources. Un récit des origines. D’où vient ce gène français de liberté ? D’égalité ? De République… Quelle est cette révolution de 1789 qui n’en finit pas de nous hanter ? Cette histoire peut-elle se résumer à une dizaine de dates emblématiques ?… Tout me semblait m’amener à 1789. Par ailleurs, ce désir du film historique m’a entraîné en terrain inconnu. Costumes, décors, lumière, effets spéciaux, dramatisation des foules… Autant de questions nouvelles pour moi de mise en scène. Au final, ce périple dans le passé s’est révélé une vraie cure de jouvence », souligne le réalisateur.

 

Le film démarre en 1789 et s’achève en 1793 avec l’exécution du Roi. Pierre Schoeller revient sur cette envie de mettre en scène les premières années de la Révolution. « Ce qui m'a frappé, c'est l’enthousiasme, le courage de ces femmes et de ces hommes. Une manière unique de s’inventer une citoyenneté, des valeurs aussi fortes que l’égalité, la souveraineté, l’insoumission que des siècles et des siècles de pouvoir leur avaient refusées. En 89, c’est tout un peuple qui se met à s’imaginer une autre existence, toute une nation qui bâtit une nouvelle société. C’est cette énergie créatrice qui m’a nourri et soutenu pendant les longues années pour mener à bien ce projet. Littéralement, elle a porté tous ceux qui ont participé au film. »

 

Comme pour chaque film, il y au commencement un scénario… Tout l’enjeu de l’écriture fut de détacher le scénario du sujet plus général de la Révolution française. « On n’aborde pas un projet pareil sans beaucoup lire. Et annoter les ouvrages. Par chance, nombre d’historiens ont répondu présents. Les principaux ont été Arlette Farge, Sophie Wahnich, Guillaume Mazeau et Timothy Tackett. Ils m’ont encouragé, ils m’ont guidé dans cette aventure avec bienveillance et disponibilité. J’ai lu et relu les débats de l’Assemblée concernant des journées qui m’intéressaient pour le récit. C’est une mine. Un continent de paroles, de chansons, de dessins, de caricatures. Le film, les dialogues, les décors, les plans, les personnages, tout vient de là. Une foule de détails. La myopie du Roi. Le perruquier de Robespierre. La fourrure au cou de Marat. Je n’ai rien inventé. Je me suis laissé sagement envahir. Pendant trois années d’écriture, j’ai vécu dans un monde parallèle. Pour moi, la mise en scène doit toujours partir de choses très concrètes, très simples. Des faits et toujours des faits. Que faisaient les patriotes de Paris le soir du 14 juillet ?… Robespierre lisait-il ses discours, ou bien s’autorisait-il une part d’improvisation ?… Qui s’opposait aux droits de l’homme ? Comment la Reine a-t-elle vécu l’abandon de Versailles ?… Comment des femmes par centaines ont-elles trouvé l’énergie de marcher quatre heures durant sous la pluie froide d’octobre ?...», confie Pierre Schoeller.

 

Le scénario précis, mêle d’innombrables personnages. Le réalisateur explique : « L’enjeu était de construire des destins, de les croiser avec les moments décisifs de la Révolution. J’ai inventé une petite communauté humaine, au fond d’une ruelle près de la Bastille. Ces personnages principaux sont : Basile, l’indigent, le sans nom (Gaspard Ulliel), qui devient une référence pour les sans-culottes, Françoise (Adèle Haenel) et Margot (Izïa Higelin), deux jeunes lavandières liées à la vie à la mort, un maître verrier et sa femme, L’Oncle (Olivier Gourmet) et Solange (Noémie Lvosvky). Et beaucoup d’autres… Je me devais de rester fidèle au titre : esquisser la diversité d’un peuple. Tous ces personnages, par le cours tumultueux de la Révolution, vont se confronter aux protagonistes de 1789, aux grandes figures historiques. Bien sûr leur Roi, Louis XVI (Laurent Lafitte). Le jeune et maladroit député Robespierre (Louis Garrel) qui n’est pas encore l’Incorruptible de la Terreur. Le sulfureux et ami du peuple Marat (Denis Lavant). Saint-Just (Niels Schneider), la Reine (Maëlia Gentil). J’ai éprouvé aussi beaucoup de plaisir à raconter d’autres figures historiques plus méconnues du grand public : Barnave (Pierre-François Garel), Reine Audu (Céline Sallette), Varlet (Thibault Lacroix)… »

 

Laurent Lafitte donne une image assez inédite du Roi Louis XVI. « Le Roi c’est l’autre figure du titre. Je voulais un Louis XVI qui sorte un peu de la figure convenue du monarque victime, dépassé par les événements, bref un Louis XVI sacrificiel et finalement dégagé de ses responsabilités… Cette vision arrange peut-être les nostalgiques et les défenseurs d’une révolution douce, mais malheureusement elle ne résiste pas à l’examen des faits. Louis XVI était polyglotte, c’était un esprit curieux, rationnel, précis, lucide. La question avec lui, c’est sa foi inébranlable qu’il est le dépositaire du bonheur de son peuple. Tant qu’il avalise les réformes vertigineuses de 89 (et souvent sous la pression et le rapport de force), il est adulé. Son aura est très forte. Mais la Révolution prend un cours imprévu. La monarchie constitutionnelle est mal engagée, aussi du fait du double jeu de Louis XVI qui complote avec les cours étrangères… Et après la séquence politique de la fuite à Varennes, le lien est vraiment abîmé, rompu avec le peuple. Louis XVI ne se remettra jamais de cette trahison. À partir de là, le Roi a un destin profondément tragique. Vous comprenez bien qu’il fallait un comédien d’exception. Laurent Lafitte a été un allié plus que précieux », relate Pierre Schoeller.

 

Pierre Schoeller a travaillé une nouvelle fois avec son chef-opérateur fétiche, Julien Hirsch, qui a signé la lumière de tous les films du réalisateur : « Là, le défi était simple : no electricity ! Parlons des nuits : flambeaux, torches, bougies, lanternes, lueur de la cheminée ou lueur du four du verrier, lustres de la salle du Manège. Les sources sont dans le champ, et très souvent manipulées par les acteurs et figurants. Cela donne cette lumière si singulière, une lumière vivante comme les flammes, animée. Elle n’arrête pas de vibrer, de bouger sur les visages et les décors. Une lumière réactive comme un animal rebelle. Elle peut être très douce et d’autres fois très tonique. Parlons des jours. Je les ai voulus lumineux comme un été. Solaires. » explique le cinéaste.

 

C’est Philippe Schoeller, le frère de Pierre Schoeller, qui a composé la musique du film. « C’est une musique originale pour orchestre qui épouse des événements précis avec, pour chacun, une résonance et une intensité particulières. Une musique ouverte qui évoque le monde en train de changer, avec des plages plus romanesques et plus classiques sur la fin. Je suis très heureux de cette nouvelle collaboration. Philippe a su trouver une amplitude musicale qui donne une autre dimension aux images. Très tôt dans le projet m’est venu le désir d’intégrer ces chansons a capella dans le film. Elles ont toutes été enregistrées sur le plateau, sans post-synchro. Les airs sont d’époque, les paroles aussi. Certaines sont improvisées d’après des sources révolutionnaires et populaires. Les chansons faisaient alors partie de la culture politique populaire. De même que la caricature, le théâtre. Dans le bouillonnement révolutionnaire, les chants ont eu la vie belle. Cela semblait évident de leur donner toute leur place dans la partition du film » analyse le cinéaste.

 

 

LA PROPHÉTIE DE L'HORLOGE de Eli Roth

 

Avec Jack Black, Cate Blanchett et Owen Vaccaro

 

 

Cette aventure magique raconte le récit frissonnant de Lewis, 10 ans, lorsqu’il part vivre chez son oncle dans une vieille demeure dont les murs résonnent d’un mystérieux tic-tac. Mais lorsque Lewis réveille les morts accidentellement dans cette ville, en apparence tranquille, c’est tout un monde secret de mages et de sorcières qui vient la secouer.

 

- « La Prophétie de l'horloge » est un conte fantastique tiré du roman gothique du même nom publié en 1973 par l'auteur américain John Bellairs. 

 

Le réalisateur Eli Roth explique les raisons pour lesquelles il a accepté de faire le film : « J’avais tellement envie que les jeunes d’aujourd’hui puissent retrouver l’atmosphère de films qui m’ont fait rêver quand j’étais petit, comme ‘E.T.’, ‘Les gremlins’ ou ‘Retour vers le futur !’ Je veux vraiment que ce soit un film plein d’humour et d’énergie, mais aussi qui fasse peur !!! Cela faisait longtemps que je voulais faire un film pour les ados, quelque chose de fantastique dans l’esprit d’Halloween. Et puis j’ai un lien très spécial avec ce livre, car il se trouve que je collectionne aussi les dessins d’Edward Gorey ».

 

Pour la production, une tête brûlée dans le style d’Eli Roth semblait garante du souffle de jeunesse et d’irrespect dont le film pouvait avoir besoin. Mais c’est surtout l’univers du réalisateur ainsi que ses références cinématographiques qui ont fait la différence. Depuis toujours, il est passionné par ce que l’humanité peut receler de pire et de meilleur, et surtout de la manière dont elle se comporte dans l’adversité... Et le réalisateur d’acquiescer : « Cette histoire raconte des choses terribles et interroge principalement votre capacité à surmonter des tragédies. Et puis je me suis toujours un peu identifié à Lewis… même si je ne suis pas orphelin, je me suis toujours senti exclu, étranger à mon entourage. Et Steven Spielberg m’a donné un conseil en or : ‘n’en fais pas des caisses avec les décors, laisse la place à l’imaginaire des spectateurs, laisse les faire une partie du travail avant qu’ils se l’approprient.’ C’est exactement ce que j’ai voulu faire. »

 

Les producteurs reviennent sur le casting à commencer par Jonathan Barnavelt l’oncle du jeune héros interprété par Jack Black : « Jack Black possède à la fois le charisme, la drôlerie et surtout la générosité que nécessitait un tel rôle. Le comédien, qui se considère toujours comme un grand enfant, a tout de suite été emballé à l’idée d’interpréter le personnage de ce roman qu’il avait lui-même adoré à l’époque. »

 

La comédienne Cate Blanchett qui interprète la sorcière Florence Zimmerman « possède l’aura et le magnétisme d’un tel personnage. Ce rôle était une occasion parfaite selon elle, en tant que parent, « de prendre les jeunes par la main et de partager un moment fort en émotion. »

 

Quant à Owen Vaccaro - Lewis Barnavelt : « Owen, malgré son jeune âge, n’est pas un débutant. Il possède une éthique de travail très rigoureuse pour quelqu’un de son âge tout en ayant un bon sens de l’humour et un à-propos déconcertant. Quand il est entré dans la pièce il y a eu comme une évidence, et le réalisateur a su immédiatement qu’il avait trouvé son Lewis. »

 

Si la luxueuse et mystérieuse maison qui abrite en son sein la fameuse horloge est un personnage à part entière du film, elle s’inscrit dans l’univers très particulier de sa ville, Zebedee. Située à 30 minutes d’Atlanta en Géorgie, la petite bourgade de Newman offrait l’ambiance idéale pour développer l’univers de John Bellairs, avec ses maisons du début du siècle. Eli Roth voulait que Zebedee soit à mi-chemin entre les villes européennes des années 1940 et la ville typique des années 1950 de « Retour vers le futur ».  Avec sa place et son horloge, Newman était idéale pour recréer l’atmosphère à la fois désuète, bon enfant et optimiste tout en technicolor si caractéristique de l’Amérique de l’après-guerre. Le chef décorateur John Hutman explique : « Le fait qu’Eli soit également acteur, producteur et scénariste lui confère une sensibilité et un instinct particulier quant à la création de l’ambiance générale d’un film, et il ne laisse aucun détail de côté. Pour ma part, la perspective de créer de toutes pièces une maison hantée était plus qu’excitante. Il était aussi important pour nous deux que les décors reflètent la personnalité des protagonistes. Et surtout qu’ils soient crédibles et impressionnants du point de vue d’un enfant de 10 ans. » Zebedee est une ville où le temps semble s’être arrêté, dans le style des sitcoms des années 50, avec une touche d’étrangeté, comme un air de musique légèrement désaccordé. La maison des Barnavelt est à la fois majestueuse et terrifiante mais aussi presque décrépite avec le besoin pressant d’un grand coup de peinture, ce qui lui donne un côté très humain et attachant. C’est aussi une maison qui semble avoir une vie à elle, car elle semble toujours en mouvement, révélant sans cesse de nouvelles facettes avec ses chambres secrètes et ses corridors dérobés. Eli Roth développe : « nous voulions qu’elle ressemble à un labyrinthe magique, avec ses lourdes tentures, ses murs recouverts de velours, éclairés par des candélabres. Cela devait être un univers surprenant et impressionnant surtout pour l’imaginaire d’un jeune orphelin. Il fallait vraiment pouvoir rendre palpable sa surprise et son étonnement face à ce changement radical d’atmosphère. Le tout en prenant bien soin de ne pas la rendre trop pesante ni présente pour garder le focus sur les personnages. Trop de décors tuent le décor, mais pour qu’il se fasse oublier il fallait qu’il soit parfait et invite les spectateurs à se laisser porter par l’histoire. »

 

Des poupées vomissantes aux automates, en passant par les facéties du siège inclinable ou les instruments qui n’ont besoin de personne pour jouer des partitions, « La prophétie de l’horloge » réserve bien des surprises et quelques sueurs froides à ses spectateurs. Louis Morin s’est chargé des effets spéciaux, afin de donner vie à tout ce qui d’habitude n’en possède pas. La plupart des automates proviennent de la collection de Steven Spielberg, et certaines d’entre elles sont de vraies antiquités, ce qui les rend d’autant plus abominables. Mais il n’y a pas que du côté des effets spéciaux ou des automates que la magie opérait sur le tournage. Jack Black a pris des cours avec un des magiciens les plus talentueux de sa génération, David Kwong afin d’acquérir la dextérité nécessaire aux nombreux tours de passe-passe que requiert cette activité. Pour Cate Blanchett, la scène de l’attaque des automates restera « quelque part au fond de moi, bien enfouie, je garde la terreur des clowns et des poupées, qui a été réveillée par la scène où des pantins normalement adorables s’animent pour vous foncer dessus ». Cette scène est par ailleurs inspirée d’un des numéros classiques de magie, mais l’équipe l’a détournée afin que tout ce qui semblait rassurant déraille de façon effrayante ! 

 

 

** BONUS **

 

 

LIBRE de Michel Toesca

 

 

La Roya, vallée du sud de la France frontalière avec l'Italie. Cédric Herrou, agriculteur, y cultive ses oliviers. Le jour où il croise la route des réfugiés, il décide, avec d’autres habitants de la vallée, de les accueillir. De leur offrir un refuge et de les aider à déposer leur demande d'asile. Mais en agissant ainsi, il est considéré hors la loi... Michel Toesca, ami de longue date de Cédric et habitant aussi de la Roya, l’a suivi durant trois ans. Témoin concerné et sensibilisé, caméra en main, il a participé et filmé au jour le jour cette résistance citoyenne. Ce film est l'histoire du combat de Cédric et de tant d’autres.

 


Mention Oeil d'Or au Festival de Cannes 2018

 

Cédric Herrou ami du cinéaste Michel Toesca depuis plusieurs années est venu vers lui pour lui soumettre l'idée de le suivre dans son combat. Le réalisateur se souvient : « J’avais commencé à tourner dès 2015, essentiellement en Italie. À cette époque, les migrants n’étaient pas encore montés dans la Roya. Ils étaient cantonnés à Vintimille, ville où je me rendais souvent, et où je les ai croisés pour la première fois. J’étais bien sûr au courant de ce qui se passait en Grèce, et à Lampedusa, mais il n’y avait alors aucune médiatisation de ce qui se passait dans cette partie de l’Italie. Cela m’a intrigué. Comme je me balade souvent avec ma caméra, que j’aime observer le monde, j’ai commencé à filmer ce qui se passait sur place. J’ai passé beaucoup de temps avec les migrants de Vintimille. J’ai réalisé beaucoup d’interviews. Je les ai suivis dans les tunnels, dans leurs pérégrinations. Puis j’ai tourné avec des associations italiennes. Il faut se rappeler qu’au début, personne ne savait vraiment ce qui était légal ou illégal. Du coup chacun agissait seul, de son côté. Comme je circulais beaucoup, j’ai commencé à faire le lien entre ces différentes initiatives. C’est à ce moment-là que Cédric m’a dit que lui aussi aidait et hébergeait des exilés. À cette époque, il n’était pas du tout médiatisé et j’ai commencé à le suivre. »

 

Michel Toesca n'a utilisé qu'une seule caméra pour tourner son documentaire : « Je n’avais pas le choix car je n’avais rien d’autre qu’une vieille caméra DV Cam qui filme dans un format qui n’existe plus depuis 15 ans. Et je n’avais pas d’argent pour en acheter une neuve. Et puis j’aime beaucoup ce format. Je trouve l’image douce, moins électrique que les formats HD. Ce qui est finalement aussi bien car grâce à cette légèreté, j’ai pu être là tout le temps, les gens apprennent à vous connaître et surtout à vous oublier. J’étais dans l’action. J’y participais activement comme filmeur et acteur au sein des actions. »

 

Le réalisateur aborde un sujet généralement traité par le biais de reportages. Selon lui, le cinéma permet de traiter le sujet différemment : « Le cinéma permet de filmer la vie. Nous ne sommes pas dans l’information. Ce n’est pas non plus un film militant, mais il est politique. Simplement parce que cette action est politique. C’est un acte de résistance. Nous sommes face à un état qui, dans ce domaine-là, est incompétent et violent. Le cinéma permet de comprendre l’action de personnes comme Cédric et d’autres. Des gens qui n’ont pas forcément une culture politique, mais qui, confrontés à une telle situation, ont d’un seul coup une démarche politique d’une puissance inouïe. Et puis le cinéma offre de la simplicité dans sa manière de regarder cette action. Il nous permet d’être dans la proximité et dans la vie de tous les jours. »

 

Pendant les deux premières années, Michel Toesca a tourné et monté tout seul, sans producteur. Et quand Jean-Marie Gigon, qui a finalement produit le film, est arrivé, le cinéaste lui a expliqué qu'il n'y arrivait plus, qu'il y avait trop de rushes. « Je ne voyais plus où j’allais. Nous avons donc choisi de faire appel à Catherine Libert qui est une cinéaste monteuse pour laquelle j’ai une grande admiration et en qui j’ai une totale confiance. Elle a été touchée par le sujet et a accepté de nous accompagner. Je lui ai tout confié, l’ours de 16 heures mais aussi les 200 heures de rushes. Catherine a mis beaucoup d’elle dans le film. Elle m’a même guidé durant la fin du tournage en m’incitant à capter telle image ou aller dans tel lieu. D’une certaine manière, j’étais sous son aile. Lorsque j’ai découvert sa proposition, j’ai été à la fois séduit et très soulagé. Il y avait de sa part un regard, un oeil. Elle était vraiment avec nous. Elle faisait partie de l’équipe. Le film durait à ce moment-là 5h 40 ! Et là s’est posée la question du film que nous voulions faire. Un film qui soit vu uniquement par les sympathisants de la cause ou au contraire qui soit vu par le plus de spectateurs possible ? S’est alors imposée une véritable notion de dramaturgie et de narration. Comme Cédric Herrou était la seule personne dans la vallée à n’avoir fait aucun break en trois ans, je me suis dit que la seule façon de continuer le film était de me recentrer sur lui pour raconter cette histoire. »

 

Le réalisateur a fait appel au crowdfunding pour financer le film. Il explique : « Lorsque Jean-Marie Gigon a décidé d’accompagner le film, nous avons décidé de produire ce film par le biais de crowdfunding, mais aussi d’associations importantes comme Médecins du Monde ou Emmaüs qui nous ont soutenus. C’est un geste que je trouve très important car il garantit notre indépendance. Et permet au film d’être libre à la fois dans son essence et sa fabrication. »

 

 

DONBASS de Sergei Loznitsa

 

Avec Boris Kamorzin, Valeriu Andriutã et Tamara Yatsenko

 

 

Attention : ce film fait l’objet de l’avertissement suivant : « Certaines scènes sont susceptibles de heurter la sensibilité du jeune public ».

 

Prix de la mise en scène section Un Certain Regard à Cannes 2018

 

« Donbass » est constitué de 13 épisodes, chacun racontant une histoire qui se déroule entre 2014 et 2015 dans les territoires occupés. Même si ce film est une oeuvre de fiction, il est inspiré d’événements réels, aussi incroyables qu’ils puissent paraître. Sergei Loznitsa explique : « J’ai glané et choisi les histoires les plus frappantes et les anecdotes les plus éclairantes. Ces épisodes sont liés par différents personnages qui nous guident dans le récit d’une situation à l’autre. On passe progressivement d’une comédie absurde à une tragédie absurde. Les protagonistes sont des citoyens ordinaires. »

 

Le film de Sergei Loznitsa se déroule dans le Donbass, une région de l’est de l’Ukraine occupée par divers gangs. La guerre continue entre l’armée ukrainienne, soutenue par des volontaires, et les gangs séparatistes soutenus par les troupes russes. « C’est une guerre hybride qui se déroule en même temps qu’un conflit armé, accompagné de meurtres et de vols à une échelle massive et se traduisant par l’humiliation progressive des civils. Partout, il n’y a que peur, trahison, haine et violence. La société s’écroule et la mort et le silence morbide règnent. L’état de guerre a atteint son paroxysme », indique le metteur en scène.

 

L’une des principales raisons de cette guerre, qui a débuté en 2014 est la chute de l’URSS et l’échec du « projet d’avenir » soviétique. Un tel effondrement aurait pu être suivi par des réformes fondamentales et une complète réorganisation de la société ou par sa décadence régulière jusqu’à sa destruction. Dans ce cas particulier, la première possibilité après l’effondrement de l’URSS était une réforme progressive ayant pour but la création d’un modèle de développement à l’européenne (en mettant l’accent sur les droits individuels, la loi et le respect de la propriété privée) ; la seconde possibilité était le retour à une existence du type régime totalitaire soviétique. Sergei Loznitsa précise : « Ces deux possibilités sont totalement incompatibles ou plutôt, elles s’excluent mutuellement. Les Ukrainiens, dans leur écrasante majorité, ont choisi le modèle européen alors que la Russie s’est rapidement redirigée vers un modèle soviétique. Il faut garder en tête que le Donbass est une région industrielle qui s’est développée pendant la première moitié du XXème siècle en employant des travailleurs qui n’étaient pas payés : les prisonniers du goulag. Leurs descendants se sont installés dans la région et ont fondé une étrange communauté autour des usines et dans les baraques des camps. Ces dernières années, surtout sous l’ancien président Viktor Ianoukovytch qui était originaire du Donbass, la région s’est considérablement criminalisée. »

 

Sergei Loznitsa a voulu se centrer, via son film, sur le type d’êtres humains engendrés par une société dans laquelle l’agressivité, le déclin et la désagrégation sont les maîtres. Le cinéaste raconte : « Ce sont les gens, leur mentalité et les relations qu’ils entretiennent qui préparent le terrain des catastrophes historiques. La nature humaine se révèle lorsque la société s’écroule, quand les lois ne s’appliquent plus, quand le sol s’ouvre sous nos pieds, quand on ne peut plus s’appuyer sur les institutions mais seulement sur sa force spirituelle (qu’on en soit doté ou pas) pour résister au chaos. C’est dans ces moments (généralement pendant des périodes de grande instabilité dues aux guerres) que la notion d’humanité se définit pour les années à venir. »

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