Émission du mercredi 20 juin 2018 - Le Pitch

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Le Pitch - Cinéma
Émission du mercredi 20 juin 2018

diffusé le mer. 20.06.18 à 0h10
émissions culturelles | 5min | tous publics

BÉCASSINE ! de Bruno Podalydès

 

Avec Émeline Bayart, Karin Viard, Josiane Balasko et Denis Podalydès

 


 

Le film est une adaptation de la bande-dessinée de Caumery et Émile-Joseph-Porphyre Pinchon.

 

Bécassine naît dans une modeste ferme bretonne, un jour où des bécasses survolent le village. Devenue adulte, sa naïveté d’enfant reste intacte. Elle rêve de rejoindre Paris mais sa rencontre avec Loulotte, petit bébé adopté par la marquise de Grand-Air va bouleverser sa vie. Elle en devient la nourrice et une grande complicité s’installe entre elles. Un souffle joyeux règne dans le château. Mais pour combien de temps ?
Les dettes s’accumulent et l’arrivée d’un marionnettiste grec peu fiable ne va rien arranger.
Mais c’est sans compter sur Bécassine qui va prouver une nouvelle fois qu’elle est la femme de la situation.

 

Bruno Podalydès a choisi non pas d'adapter un volume particulier de la bande-dessinée mais d'extraire parmi la trentaine d'albums qui existent des images, des scénettes et de retenir quelques personnages récurrents comme l’oncle Corentin, la Marquise de Grand-Air et Hilarion et le majordome, tous réunis autour du couple Bécassine-Loulotte qui est le point d'ancrage de l'intrigue.

 

C'est la comédienne Emeline Bayart qui a été choisie pour incarner Bécassine. Bruno Podalydès avait déjà eu l'occasion de la diriger au cinéma mais aussi au théâtre : « Je connaissais son potentiel (...). C’est une actrice très expressive, très généreuse. Emeline possède à la fois une forme de candeur et une force terrienne qui me touchent. J’ai immédiatement pensé à elle au moment de me lancer dans l’écriture ».

À la lecture du scénario, la comédienne a tout de suite été enchantée : « Il était magique. En le lisant, j’ai retrouvé toutes mes sensations de petite fille élevée à la campagne. Le chant du coq, le mugissement des vaches, l’odeur de l’herbe fraîchement coupée, les bruits de la nature… Mes cinq sens étaient exacerbés. Sous sa plume, Bécassine, que je trouvais déjà très poétique, le devenait encore davantage. Bruno a pris le nectar des albums et y a mis sa pâte ; il y avait beaucoup de lui dans son texte. »

 

Comme toujours, le réalisateur s’entoure de ses acteurs fidèles. Karin Viard est la seule nouvelle venue. Il explique : «  Je guettais depuis longtemps l’occasion de travailler avec elle. Karin avait à la fois le classicisme et le côté déjanté que je souhaitais pour la marquise. Dans les albums, la marquise est effectivement une grosse dame assez imposante qui fige l’ordre immuable des choses. Karin la rend plus vive, plus fantaisiste, plus extravagante, plus gentiment fêlée. J’aime l’idée que la marquise accepte l’érosion de l’argent. Et Karin a une précision dans la comédie qui m’a scotché. Elle est incroyable : la façon dont elle parle à ce petit chien et dont elle caresse sans cesse le ventre est irrésistible. Autant il m’est précieux de retrouver mes comédiens habituels, autant j’ai du plaisir à en inviter de nouveaux : ils permettent d’introduire une énergie et une forme de porosité nouvelle que je trouve intéressantes. ».

Pour l’actrice, travailler avec Bruno Podalydès était une réelle envie : « J’espérais que ce jour arriverait. J’aime ses films, tellement singuliers, dans lesquels tout passe par le filtre de la drôlerie et de l’originalité - de la bizarrerie aussi parfois. J’aime ce type d’artistes qui creusent toujours le même sillon sans cesser pour autant de se renouveler. Bruno ressemble à ses oeuvres : singulier, lui aussi, avec un regard particulier sur les gens, les situations et sur ce qui se dit. Il est amoureux des autres et j’adore ça. »

 

En amont du tournage, la comédienne Emeline Bayart et la costumière Dorothée Guiraud ont décidé de donner une silhouette « rembourrée » à Bécassine. Ainsi, l'actrice portait un faux derrière et une robe très étoffée. Elle a également travaillé sa démarche : « Lui et moi nous sommes tout de suite accordés sur son apparence. Dès les essayages costumes, avec Dorothée Guiraud, la costumière, nous avons trouvé intéressant qu’elle ait un faux-cul et une robe très étoffée. Bécassine devait être 'rembourrée'. Restait à trouver ses attitudes. J’avais beaucoup observé les dessins de Pinchon : cette palette extraordinaire d’attitudes qu’il lui prête… C’est une femme qui travaille, elle est massive mais aussi élancée, ce qui peut sembler contradictoire. On la voit toujours en action – elle vole parfois – et n’est jamais avachie ; il fallait à la fois lui injecter de l’outrance pour garder le côté BD tout en préservant son authenticité. 'Je la vois le buste en avant avec la démarche chaloupée des gens de la campagne', ai-je proposé à Bruno. 'Vas-y', m’a- t-il répondu. Nous sommes sortis de l’atelier et il est allé me filmer dans une petite allée arborée en me demandant de faire des allers-retours. 'C’est ça ! C’est exactement ça !' Il était content. Je jouais au Festival d'Avignon en juillet dernier juste avant le tournage et je m'entraînais à marcher comme Bécassine toutes les fois que j’étais seule. Bruno m’offrait un beau cadeau, j’avais à coeur de le lui rendre. »

 

 

SANS UN BRUIT de John Krasinski

 

Avec Emily Blunt et John Krasinski

 

 

Ce film est interdit en salles aux moins de 12 ans

 

Une famille tente de survivre sous la menace de mystérieuses créatures qui attaquent au moindre bruit. S’ils vous entendent, il est déjà trop tard.

 

Pour le film, John Krasinski porte trois casquettes : réalisateur, scénariste et acteur.

 

Quand John Krasinski s’est penché pour la première fois sur le scénario de « Sans un bruit », écrit par le duo formé par Bryan Woods et Scott Beck, le synopsis terrifiant a tout particulièrement résonné en lui. En effet, la femme de John Krasinski, Emily Blunt, venait tout juste de donner naissance à leur seconde fille, et les nuits du jeune père étaient déjà rythmées par la quiétude mêlée d’anxiété que connaît tout jeune parent. Plongé dans cette atmosphère, il a été transporté par l’histoire terriblement angoissante de cette famille qui cherche à tout prix à se mettre à l’abri. Mais il a aussi été captivé par leur besoin vital de lien social, dans un monde où le moindre cri, le moindre pas un peu trop lourd, pourrait entraîner leur perte. L’histoire illustre les peurs les plus violentes de tout parent… mais en les démultipliant.

 

À savoir que le scénario original de Bryan Woods et Scott Beck ne contenait qu'une seule ligne de dialogue. John Krasinski a alors décidé de le retravailler.

 

John Krasinski et Emily Blunt, mariés à la ville, se donnent pour la première fois la réplique au cinéma. L'actrice est tombée peu à peu amoureuse du scénario lors de sa lecture et a tenu à jouer Evelyn : « C’est étonnant, mais juste avant d’avoir lu le scénario, j’ai suggéré à John le nom d’une amie que je pensais parfaite pour le rôle d’Evelyn. Mais alors que j’avançais dans ma lecture, je me disais ‘bon, en fait, oublie ce que j’ai dit, il faut absolument que je joue ce rôle’ ». De son côté, son conjoint ne pouvait rêver meilleure partenaire de jeu : « Emily était constamment dans mes pensées, évidemment. Mais je me suis toujours dit que si elle voulait interpréter Evelyn, il fallait que ça se fasse naturellement. Du coup, je ne lui ai jamais proposé de jouer le rôle, même si j’espérais en secret qu’elle y pense d’elle-même. »

John Krasinski avoue avoir été emballé par la réaction de sa femme, mais également un peu angoissé à l’idée de travailler pour la première fois avec elle sur un film. « On allait vivre ensemble, à l’écran, toutes nos peurs les plus profondes de parents, et ça paraissait quand même assez délirant », reconnaît-il. Pourtant, bien que cette expérience ait été « particulièrement intense », d’après John Krasinski, les deux acteurs ont eu une révélation. « Travailler avec ma femme a sans doute été la meilleure expérience professionnelle de toute ma carrière. D’habitude, on compartimente vraiment nos carrières respectives, tout en étant très fans l’un de l’autre. On a chacun notre façon de faire, et je n’étais pas sûr qu’elles soient complémentaires, mais ça a été ma meilleure expérience. Emily est une actrice incroyable, très sensible, et c’était merveilleux pour moi de travailler aux côtés d’une personne que j’admire autant » raconte John Krasinski.

 

Lors de la réécriture du scénario, John Krasinski a établi une liste des sons de la vie quotidienne auxquels nous ne faisons plus attention. Il s'est par ailleurs amusé à inventer toute sorte de stratagème visant à étouffer le plus possible les sons. Il avoue : « Je me suis mis à tout écouter, du cliquetis des couverts sur les assiettes jusqu’à la façon dont les chaussures tombent sur le sol lorsqu’on les enlève. C’est même devenu une sorte de jeu à la maison : ma femme [Emily Blunt] et moi, on essayait d’être silencieux et si jamais l’un d’entre nous faisait le moindre bruit, il fallait qu’on se tourne l’un vers l’autre le plus silencieusement possible et lui dise ‘t’es mort’. Finalement, ça a été une très bonne préparation. »

 

À l'instar du personnage qu'elle interprète, l'actrice Millicent Simmonds, révélée par « Le Musée des merveilles », est sourde. Elle s'est immédiatement identifiée à son personnage : « J’adore les films d’horreur ; celui-ci était assez effrayant, mais à mesure que je lisais le scénario, je me sentais également très proche de Regan. En tant que jeune fille sourde, elle se sent rejetée, pas à sa place ou pas vraiment sûre de la meilleure façon d’aider sa famille. Et elle dépend vraiment de son appareil auditif, dont elle a vraiment besoin pour communiquer. (...) Je passais mon temps à me comparer aux entendants et à me demander pourquoi j’étais née sourde. Je pouvais donc vraiment comprendre les émotions de Regan, et je m’en suis servie pour façonner ce personnage. »

 

L’une des plus grandes satisfactions de la jeuneactrice a sans doute été d’avoir l’opportunité d’apprendre au contact d’Emily Blunt. « Emily m’a beaucoup impressionnée. Notamment quand je l’aivue s’inspirer de sa propre expérience de mère. Elle a fait d’Evelyn une femme qui souhaite malgré tout offrir à ses enfants la possibilité d’une vie heureuse, et leur donnertout ce dont ils ont besoin. Et c’est cette énergie qu’ellenous a transmise, à Noah et moi. Elle savait exactementcomment s’y prendre avec nous et tout s’est déroulé très naturellement » rapporte-t-elle. Emily Blunt admire également beaucoup la jeuneactrice : « Ça a été incroyable de voir Millie s’épanouirsur ce tournage. Au début, elle était un peu timide, mais très vite son jeu était à couper le souffle ».

 

 

BONUS

 

 

UNE PRIÈRE AVANT L'AUBE de Jean-Stéphane Sauvaire

 

Avec Joe Cole, Vithaya Pansringarm et Panya Yimmumphai

 

 

 

Ce film est interdit en salles aux moins de 16 ans

 

L’histoire vraie de Billy Moore, jeune boxeur anglais incarcéré dans une prison en Thaïlande pour détention de drogue. Dans cet enfer, il est rapidement confronté à la violence des gangs et n’a plus que deux choix : mourir ou survivre. Lorsque l’administration pénitentiaire l'autorise à participer à des tournois de Muay-Thai, Billy donne tout ce qui lui reste.

 

Ce qui a séduit Jean-Stéphane Sauvaire dans le scénario d'« Une prière avant l'aube » réside dans le fait qu'il s'agisse d'une histoire vraie. C’est au départ la productrice Rita Dagher qui lui a parlé de ce projet et lui a proposé ce scénario. Le metteur en scène a ensuite lu le livre retranscrivant le parcours de Billy Moore« A Prayer Before Dawn : A Nightmare in Thailand », puis l'a rencontré à Liverpool. « C’est quelqu’un d’extrêmement sensible, à fleur de peau, malgré l’extrême violence qui semble l’habiter », précise Sauvaire.

 

Billy Moore était très impliqué avec l'équipe dans l’écriture du scénario. « Avec Johnny Hirschbein, le scénariste, on l’appelait souvent lors de l’écriture, pour lui demander comment il avait réagi face à telle ou telle situation. Ce regard était passionnant car il accentuait la part d’authenticité que je souhaitais et me permettait de m’éloigner du pur film de genre. Son expérience permettait avant tout de raconter comment un homme se retrouve seul, étranger, dans une prison thaïlandaise, dans un environnement extrême dont il ne maîtrise ni les codes, ni les règles, ni même le langage et comment la boxe va lui permettre d’évoluer, de changer », confie Jean-Stéphane Sauvaire.

 

Avant le tournage, Jean-Stéphane Sauvaire a présenté Billy Moore à Joe Cole qui l'incarne à l'écran. Ce dernier a également rencontré sa famille et ses amis. Cole, qui avait des bases en boxe anglaise mais pas en boxe thaï, s'est ensuite rendu en Thaïlande pour s'entraîner dans différents camps de boxe en compagnie du spécialiste en la matière David Ismalone.

Le tournage d'« Une prière avant l'aube » a duré 30 jours et chaque jour ou presque, le comédien avait une séquence de combat à assurer. Le réalisateur se souvient : « Ce qui au départ était impressionnant pour lui, c’était aussi de se retrouver seul face à des acteurs thaïlandais non professionnels qui ne trichaient pas, et étaient là pour raconter leur expérience, leur passé, presque comme quelque chose de thérapeutique ; du coup, cette altérité et cette interaction remettaient en question son propre jeu. Joe devait s’adapter et se mettre à nu lui aussi. Un acteur peut avoir tendance à se cacher derrière son personnage. Ici, il a dû donner une part de lui-même. Même dans son rapport au corps. Les autres acteurs avaient leurs corps de prisonniers, prêts, tatoués ou de boxeurs, entrainés au combat ; lui a dû s’en préparer un afin d’entrer dans son personnage de boxeur. Il a dû travailler pendant plusieurs mois sur son corps pour en faire une armure, pour se protéger car il savait dès son premier jour de tournage dans la prison que ce qu’il allait avoir à affronter serait dur et physique. »

 

Joe Cole est le seul acteur professionnel du film si l'on enlève Vithaya Pansringarm, qui joue le directeur de la prison. Tous les autres comédiens thaïlandais sont non seulement non professionnels mais surtout ils sont d’anciens prisonniers et champions de boxe, la plupart incarcérés pour meurtre ou drogue, ayant purgé des peines de 10 à 20 ans (certains ont été libérés juste avant le tournage). Jean-Stéphane Sauvaire confie : « Je me suis d’ailleurs beaucoup nourri de leur expérience pour réécrire le scénario. Ils étaient les garants de l’authenticité du film. J’ai fait le casting pendant plus d’un an à Bangkok pendant lequel on se voyait régulièrement, ce qui a permis de créer une confiance mutuelle. Interviewer les vrais protagonistes, m’imprégner de leurs récits de vies, de leurs souvenirs, comprendre leurs parcours. Et puis photographier leurs visages, leurs cicatrices, leurs tatouages, entendre leurs voix. »

 

Le réalisateur a choisi de ne jamais quitter le point de vue de Billy Moore. Il s’explique : « L’immersion m’intéresse au cinéma. En tant que spectateur d’abord, et en tant que réalisateur. Vivre un film comme une expérience. J’ai imaginé dès le départ un film à la première personne. Que l’on épouse le point de vue de Billy Moore, que l’on découvre cette prison par le prisme de son regard, qu’on ressente à travers lui ce que cela fait de se retrouver sur un ring, les sensations qu’on peut ressentir en étant sous drogue, ce que signifie être seul comme lui dans un univers au départ hostile. Toute la première partie du film, où les informations nous parviennent de façon brutale, essaye de recréer le chaos mental de Billy, exacerbé par la consommation de stupéfiants. Ça m’intéressait de traduire visuellement l’idée des démons intérieurs de Billy, de vivre le film à son rythme. En plus de l’image et du son qui aident à cet état mental et qui permettent de comprendre ce que le personnage comprend ou pas, la dimension documentaire, consistant à travailler avec des acteurs non professionnels, me semblait favoriser ce désir d’immersion totale. Je voulais que d’une certaine façon le ‘spectateur’ devienne ‘acteur’. Ne pas juste regarder le film avec une certaine distance, comme un simple divertissement, mais d’essayer de se sentir à la place du boxeur, du prisonnier, de vivre son addiction, de façon viscérale et organique. C’est cette réalité que j’ai cherché à faire partager et éprouver au spectateur de façon intime. »

 

Jean-Stéphane Sauvaire a tourné quasiment tout le film en plans-séquences même si, au montage, il a découpé à l’intérieur de ces plans. Le cinéaste tenait à travailler sur les scènes en temps réel, trouver une homogénéité de rythme entre l’acteur et la caméra, pour que Joe Cole soit dans une immersion permanente. Le réalisateur se rappelle : « Comme on tournait en HD, et principalement à l’épaule, on pouvait aller jusqu’à des prises de dix minutes et laisser aux acteurs une vraie liberté. Pour qu’ils puissent se laisser aller, puissent 'vivre' ou 'subir' les situations plus que les 'jouer'. Il était aussi important dès le départ pour moi de tourner tous les combats de boxe et les bagarres, de façon réaliste. Plutôt que de découper, j’ai eu envie de chorégraphier ces combats pour les filmer dans la longueur. Le combat qui survient au milieu du film a été tourné entièrement en plan-séquence, proche de Billy, cherchant à être dans son corps, sa tête et partager son adrénaline, sa peur. Comme quelque chose de physique et de mental. »

 

Jean-Stéphane Sauvaire ne voulait pas reconstruire une fausse prison dans un hangar mais a préféré tourner dans l'une des plus vieilles prisons de Thaïlande, près de Bangkok, dont tous les prisonniers venaient d’être transférés dans une prison moderne. Le metteur en scène se rappelle : « Quand je suis arrivé pour la visiter, il y avait quelque chose de fantomatique et de pourtant si réel, tout était vide, il ne restait au sol que les vêtements des prisonniers, des lettres de leur famille jetées par terre, des cuillères transformées en couteau, des photos de magazines collées aux murs... À voir, c’était très impressionnant, comme si on avait demandé à tous les prisonniers de quitter leur cellule, qu’on les avait libérés le temps de notre visite. Puis, comme le tournage d'"Une prière avant l'aube" a dû être reporté, quand je suis revenu dans cette prison un an après, elle avait été saccagée, le métal récupéré, des plantes avaient poussé un peu partout ; du coup, l’équipe déco a dû reconstituer le lieu comme il était au départ, faisant même travailler des vrais détenus la journée pour débroussailler. L’univers carcéral est dans l’imaginaire collectif un lieu sombre, lugubre or nous nous sommes retrouvés à tourner dans une prison à ciel ouvert, avec une statue de Bouddha dans la cour et de grandes cellules en bois. Cette variété de lieux a permis de représenter l’évolution du personnage, de son arrivée dans le secteur des nouveaux venus à la cellule des boxeurs, en passant par celle des samouraïs. »

 

 

HOW TO TALK TO GIRLS AT PARTIES de John Cameron Mitchell

 

Avec Elle Fanning, Ruth Wilson, Alex Sharp, Matt Lucas et Nicole Kidman

 

 

Le film est une adaptation du roman graphique de Neil Gaiman.

 

1977 : trois jeunes anglais croisent dans une soirée des créatures aussi sublimes qu’étranges... En pleine émergence punk, ils découvriront l’amour, cette planète inconnue et tenteront
de résoudre ce mystère : comment parler aux filles en soirée…

 

John Cameron Mitchell explique ce qui l'a séduit dans l'oeuvre de Neil Gaiman : « En général, j’aime créer mon univers moi-même mais dans ce projet, il y avait quelque chose de spécial. Le film s’inspire de la jeunesse punk de Neil Gaiman à Croydon et, par certains côtés, on a peut-être davantage besoin d’esprit punk maintenant que dans les années 70, à cause de cette impression de noirceur, de dureté, d’accablement qui règne en chacun d’entre nous à l’heure actuelle (…) C’est aussi une vraie histoire d’amour entre un punk et une extraterrestre, c’est un mélange de cultures et de sous-cultures. Les extraterrestres et les punks sont deux tribus en marge, dans le monde gris et normal du Croydon des années 70. »

 

Pour les séquences animées qui représentent les fantasmes et rêves d'Enn, le superviseur des effets visuels John Bair s'est inspiré de nombreuses oeuvres psychédéliques et de science-fiction des années 70 : « Des couleurs primaires intenses, des vues troubles et bulbeuses, des formes symboliques et des corps, tout s’est intégré dans l’esthétique globale de l’animation. (...) Afin de renforcer l’idée que nous voyons ce que voit Enn, les animations sont toutes perçues à travers des objectifs de très grand angle. Il était essentiel de créer des environnements vastes et détaillés pour obtenir des compositions visuelles dynamiques. »

 

Pour le rôle de Zan, l’extraterrestre rebelle attirée par la vie des punks, c’est Elle Fanning qui a été choisie. Celle-ci était ravie car cela lui permettait d’exprimer sa créativité de plusieurs façons : « Le rôle impliquait beaucoup de chorégraphie parce que les extraterrestres dans le film ont une autre façon de se mouvoir mais il s’agissait aussi d’imaginer sa manière de réagir aux choses terriennes. Zan est fascinée par de tout petits détails, par chacune des petites veines sur le visage d’une personne. Le scénario est à la fois très drôle et très sérieux, profond, donc nous avons passé beaucoup de temps à discuter de la manière dont on devait équilibrer ces différents aspects. »

Pour le réalisateur, sa jeunesse a également été un atout, « Elle avait 17 ans quand on a fait ce film, le même âge que le personnage. Mais bien qu’elle soit si jeune, elle a quelque chose de lumineux qui vous fait du bien et vous donne envie de sourire plutôt que de rester simplement béat d’admiration. Même quand elle s’ennuie ou qu’elle est contrariée, elle est incroyablement positive ! C’est un vrai régal de l’observer - presque toutes les prises étaient fantastiques et légèrement différentes à chaque fois. »

 

Nicole Kidman incarne Boadicea, la propriétaire excentrique du pub punk local. « Ce rôle lui permet de montrer toute l’étendue de ce qu’elle est capable de jouer. Je ne l’ai jamais vue dans un rôle comme celui-là, dans lequel elle est méchante et sale – ses doigts sont toujours crasseux ! Parce qu’elle répétait une pièce de théâtre pendant qu’on répétait pour le film, elle voulait se mettre dans la peau du personnage le plus vite possible, alors elle m’a demandé d’interpréter le personnage comme si j’étais elle. Donc j’ai joué l’alcoolo, grossière, volcanique et elle m’en demandait encore. Je crois que c’est un personnage que j’aurais aimé jouer. Mais Nicole a apporté tellement d’audace et d’inventivité sur le plateau tous les jours qu’elle en a fait une femme vive, poignante et désopilante », relate le cinéaste.

 

Pour Elle Fanning, c’était extraordinaire de jouer face à Nicole Kidman. « Je rêve depuis toujours de jouer avec elle. Boadicea est très intimidante et j’ai eu le souffle coupé quand j’ai vu Nicole dans son costume ! Au début, j’étais nerveuse mais elle a été tellement adorable avec moi et extrêmement émouvante dans la scène où elle m’explique ce qu’est le punk. Je nous ai vraiment senties proches l’une de l’autre. Evidemment, comme c’est un scénario de John, la scène est vraiment pleine d’émotion mais elle se termine par une des blagues les plus drôles du film », déclare l’actrice.

 

Sandy Powell, la costumière a beaucoup aimé créer les costumes des punks ainsi que ceux des extraterrestres. « Je choisis toujours mes projets en fonction du réalisateur et du script. Ce scénario était tellement décalé ! Je connais John et j’ai su qu’il ne fallait pas rater ça. Je voulais vraiment que ce soit aussi brut et réel que possible car pour moi, c’est le seul moyen que cette histoire dingue fonctionne. Pour qu’on ait la moindre chance de croire que ces gens sont des extraterrestres, il faut que le monde dans lequel ils pénètrent paraisse réel. L’idée n’était pas de créer des punks comme nous les voyons aujourd’hui avec les cheveux multicolores et les énormes crêtes iroquoises – il s’agit des punks du tout début, quand les gamins découpaient leurs uniformes d’écoliers et qu’ils se débrouillaient avec ce qu’ils avaient. Ce n’était pas une mode, c’était un mouvement. Les extraterrestres devaient ressembler à une sous-culture, mais aussi à un groupe de jeunes sympas. Il fallait qu’il y ait quelque chose d’extraterrestre en eux, mais rien de trop bizarre ou étrange au point que tout le monde s’arrête pour les regarder. »

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