Émission du mercredi 13 juin 2018 - Le Pitch

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Le Pitch - Cinéma
Émission du mercredi 13 juin 2018

diffusé le mer. 13.06.18 à 0h09
émissions culturelles | 6min | tous publics

LE CERCLE LITTÉRAIRE DE GUERNESEY de Mike Newell

 

Avec Lily James, Michiel Huisman, Matthew Goode et Tom Courtenay

 


 

Londres, 1946. Juliet Ashton, une jeune écrivaine en manque d’inspiration reçoit une lettre d’un mystérieux membre du Club de littérature de Guernesey créé durant l’occupation. Curieuse d’en savoir plus, Juliet décide de se rendre sur l’île et rencontre alors les excentriques membres du Cercle littéraire des amateurs d'épluchures de patates dont Dawsey, le charmant et intriguant fermier à l’origine de la lettre. Leurs confidences, son attachement à l’île et à ses habitants ou encore son affection pour Dawsey changeront à jamais le cours de sa vie.

 

« Le Cercle littéraire de Guernesey » est un film adapté du roman épistolaire « Le Cercle littéraire des amateurs d’épluchures de patates » écrit par Mary Ann Shaffer et Annie Barrows et paru en 2008 aux États-Unis.

 

Mary Ann Shaffer est tombée sous le charme de Guernesey lorsqu’elle a visité l’île. Plusieurs années plus tard, encouragée par son propre club de lecture à écrire un livre, elle a naturellement repensé à Guernesey. Sa nièce, Annie Barrows, déclare : « Comme la plupart des Américains, Mary Ann ignorait que les îles Anglo-Normandes avaient été occupées par les Allemands pendant la guerre, et elle s’est passionnée pour l’Histoire de l’Occupation et de ceux qui l’ont subie. Elle a ainsi passé les vingt années suivantes de sa vie à faire des recherches sur le sujet ». En 2006, le manuscrit de Mary Ann Shaffer a été accepté pour publication. Malheureusement, elle est tombée gravement malade avant que le livre soit terminé. Elle a alors demandé de l'aide à Annie Barrows, qui raconte : « Mary Ann m’a appelée pour me demander si je voulais bien terminer le livre pour elle puisque j’écris moi aussi. Je suis alors tombée sous le charme de son manuscrit. C’était comme l’écouter parler, et il n’y avait rien de plus intéressant que d’écouter Mary Ann parler ! »

 

Le titre anglais du film, qui reprend celui du roman original, « The Guernsey Literary And Potato Peel Pie Society » est un des plus longs de l’histoire du cinéma, et c’est précisément ce qui a plu au réalisateur Mike Newell. Celui-ci explique : « Le titre du film prend tout son sens à mesure que l’on découvre l’histoire, et cela m’a beaucoup amusé qu’il soit cité pas moins de trois fois au cours des deux premières minutes du film ! C’est un titre très étonnant qui nous entraîne dans une aventure qui ne l'est pas moins. »

 

Mike Newell a choisi de confier le rôle de Juliet à l’actrice Lily James après l’avoir vue sur scène dans le rôle d’une autre Juliette, celle de « Roméo et Juliette » de William Shakespeare. Il se souvient : « Lily était éblouissante dans cette pièce. Elle a une technique de jeu remarquable et est capable d’exprimer toute la gamme des émotions avec beaucoup de subtilité. Une qualité indispensable, car si 'Le Cercle littéraire de Guernesey' est une romance, il raconte aussi une histoire complexe. »

L’actrice a immédiatement été séduite par le personnage de Juliet Ashton et confie avoir été émue aux larmes à la lecture du scénario. « Je suis très rarement bouleversée à ce point lorsque je lis un script, mais les personnages étaient si vivants que je me suis attachée à eux sans même m’en rendre compte. Et puis j’ai été touchée par le caractère profondément émouvant de l’histoire. »

 

L’acteur néerlandais Michiel Huisman a quant à lui été choisi pour interpréter Dawsey, le fermier guernesiais qui contacte Juliet après avoir trouvé son nom dans un livre. La productrice Paula Mazur se souvient : « Michiel et moi nous sommes rencontrés à Los Angeles, où je vis. J’étais prête à tout pour qu’il prenne part au film car à mes yeux, il était l’incarnation de Dawsey. C’est un acteur incroyablement expressif et profondément authentique. En plus, soyons honnêtes : il est loin d’être désagréable à regarder ! »

 

Le tournage du « Cercle littéraire de Guernesey » a débuté en mars 2017 au Royaume-Uni et a duré huit semaines. Puisque l’histoire se déroule à Guernesey dans les années 1940, la production tenait à tourner le plus possible sur l’île. Le succès du roman a d’ailleurs permis de promouvoir le tourisme local, attirant des visiteurs venus admirer les décors dans lesquels évoluent les personnages. Malheureusement, l’entreprise s’est révélée irréaliste sur le plan logistique. La productrice Paula Mazur explique : « En amont du tournage, nous avons effectué d’importants repérages sur l’île avec l’aide de l’office du tourisme ‘Visit Guernsey’ et des services en charge du marketing et du tourisme des États de Guernesey afin de trouver des lieux de tournage qui répondent à nos besoins. S’agissant d’un film d’époque, nous avions un cahier des charges très précis à respecter pour recréer le Guernesey des années 1940 pendant et après l’Occupation. Nous avons réalisé des prises de vues des emblématiques tours militaires qui sont indissociables de l’île, mais malgré les efforts déployés par tous les intervenants, nous avons décidé qu’il était logistiquement irréaliste d’essayer de redonner à l’île son apparence d’antan pour y tourner la totalité du film. »
Mike Newell ajoute : « Nous avons pris des photos de l’île que nous avons intégrées au film. Les habitants ont été très généreux et très serviables, mais si nous avions décidé de tourner le film à Guernesey, il aurait fallu faire venir tout le matériel sur place par bateau depuis la Grande-Bretagne : caméras, éclairage… tout. »

 

Pour plus d’authenticité, la chef costumière Charlotte Walter a confié la réalisation de pièces de vêtements tricotées à la main d’après des modèles d’époque à des membres de son groupe local du British Women’s Institute. « Je leur fournissais la laine et un patron d’époque original et elles me confectionnaient en retour un magnifique pull pour enfant, un bonnet ou un gilet qui semblaient tout droit sortis des années 1940. Elles ont également tricoté des chaussettes, des gants et des cagoules. Ces petits détails sont fascinants à créer et confèrent un réalisme instantané aux personnages. »

 

 

HÉRÉDITÉ de Ari Aster

 

Avec Toni Collette, Gabriel Byrne, Alex Wolff et Milly Shapiro

 

 

Ce film fait l’objet d’une interdiction en salles aux moins de 12 ans

 

Lorsque Ellen, matriarche de la famille Graham, décède, sa famille découvre des secrets de plus en plus terrifiants sur sa lignée. Une hérédité sinistre à laquelle il semble impossible d’échapper.

 

Après plusieurs courts métrages autour de rituels et de traumatismes domestiques, Ari Aster signe ici son premier long métrage pour raconter l'histoire terrifiante d'une famille américaine en lutte contre des forces obscures qui tentent de la vampiriser.

 

Le projet a été mûri pendant plusieurs années avant que ne démarre le tournage au printemps 2017. Par conséquent, Aster a eu le temps d'élaborer des trajectoires biographiques à chacun de ses personnages en amont de l'écriture du scénario. Il a également indiqué ses intentions de mise en scène dans un document de 75 pages bien avant le bouclage du financement ou les repérages. Aster était tellement déterminé à concrétiser ce projet qu'il a contacté de potentiels collaborateurs plusieurs années avant d'obtenir le feu vert de la production. Il a ainsi sollicité Colin Stetson, saxophoniste et compositeur réputé (il a notamment travaillé avec Arcade Fire, Bon Iver et Tom Waits), deux ans avant le début du tournage pour qu'il s'attelle à la bande-originale. Il a travaillé avec d'autres chefs de poste pendant des mois, voire des années, avant le début du tournage pour constituer un réseau de collaborateurs lui permettant de mettre en œuvre sa vision du projet. Alors même qu'il n'était en aucun cas assuré de pouvoir réaliser son film – et qu'il était encore débutant –, il a su convaincre de nombreux artistes de tout premier plan de s'engager dans ce projet très en amont.

 

L'idée de départ d'« Hérédité » provient d'une série de terribles épreuves subies par la famille du réalisateur pendant trois ans, au point qu'il s'est demandé s'ils n'étaient pas maudits. Ari Aster souhaitait se nourrir de cette expérience mais sans aborder frontalement la souffrance endurée par ses proches et lui-même. C'est ainsi qu'il a choisi de raconter cette histoire par le biais du film de genre : « J'ai imaginé une famille littéralement victime d'une malédiction, ce qui m'a permis de sublimer les émotions traversées par mes proches dans un film d'horreur. Autant dire que le genre possède une grande force cathartique. Et quand on veut réaliser un film rappelant à quel point la vie est injuste, l'horreur s'y prête à merveille. C'est une forme d'espace perverti où les injustices de l'existence sont mises en exergue et deviennent même jubilatoires. »

 

La première comédienne engagée pour le film a été Toni Collette interprétant le rôle central d'Annie Graham. Peu de temps après, Ann Dowd se voit confier le rôle de Joan, aussi volubile qu'intéressée par le monde des esprits. Le réalisateur et sa directrice de casting ont organisé des auditions à New York pour les rôles plus jeunes comme Peter et Charlie Graham. Alex Wolff a passé une audition pour le personnage de Peter et a été rapidement engagé grâce à son enthousiasme et à sa motivation pour le rôle. À 14 ans, Milly Shapiro a conquis toute l'équipe de casting grâce à son sang-froid et à son énergie communicative. Enfin, Gabriel Byrne a été retenu pour le rôle de Steven Graham. « Comme j'ai vu 'Miller’s crossing' des milliers de fois quand j'avais 15 ans, c'était dément de pouvoir travailler avec Gabriel. Je ne sais pas si les gens sont au courant, mais Gabriel est un pur cinéphile. Entre deux prises, on parlait de Michael Powell et Pressburger et de cinéma polonais », s'enflamme le cinéaste.

 

À mesure que progresse l'intrigue et qu'elle bascule dans l'horreur et le surnaturel, le titre du film acquiert une résonance de plus en plus terrifiante. « Ce film parle d'héritage et du fait qu'on ne choisit ni sa famille, ni son hérédité. Il parle aussi du sentiment affreux d'être prisonnier d'une situation qu'on ne maîtrise nullement. Il n'y a rien de plus insupportable à mes yeux que d'être totalement impuissant. Le fait que les Graham n'aient aucun pouvoir est un élément essentiel du film et, au bout du compte, on ressort de la projection avec un sentiment de désespoir et de futilité » explique Aster.

 

L'équipe du film s'est aperçue qu'il coûterait moins cher de construire les décors de la maison des Graham que de s'installer dans une véritable demeure. Ainsi, tout l'intérieur a été érigé aux Park City Studios, des pièces principales et des couloirs de la propriété jusqu'à la cabane dans l'arbre de Charlie. Cela a permis au réalisateur d'avoir suffisamment d'espace pour accueillir une Dolly (support de caméra sur roues ou rails) : « On voulait pouvoir contrôler totalement notre dispositif de prises de vue, plutôt que d'être limité par les contraintes inhérentes à des décors naturels. Dans beaucoup de scènes, les pièces sont censées avoir l'allure de maquettes, et inversement, et on ne pouvait obtenir un tel résultat qu'en disposant de murs et de plafonds amovibles ». Une fois la construction du décor achevée, Steve Newburn, superviseur effets visuels a construit des versions miniatures de la maison, de ses nombreuses pièces et de ses couloirs, ainsi que de sa décoration complexe et singulière (tapis, papiers peints, bibelots).

 

 

BONUS

 

 

DÉSOBÉISSANCE de Sebastián Lelio

 

Avec Rachel Weisz, Rachel McAdams et Alessandro Nivola

 

 

 

Une jeune femme juive-orthodoxe, retourne chez elle après la mort de son père. Mais sa réapparition provoque quelques tensions au sein de la communauté lorsqu'elle avoue à sa meilleure amie les sentiments qu'elle éprouve à son égard...

 

« Désobéissance » est adapté du roman « La Désobéissance » écrit par la romancière et conceptrice de jeux vidéo britannique Naomi Alderman.

 

Pour ce film, Rachel Weisz a la double casquette de productrice et de comédienne. Le metteur en scène Sebastián Lelio explique : « Si j’ai accepté de participer à ce projet, c’est en grande partie parce que Rachel Weisz y était associée. Je l’admire depuis toujours, et c’était très séduisant de l’imaginer en Ronit avec son esprit rebelle. On a écrit le scénario en pensant à elle dans le rôle de Ronit, si bien que toutes les qualités que j’admire chez elle depuis longtemps pouvaient se manifester librement. »

La comédienne-productrice s’est intéressée au projet pour plusieurs raisons : « Ce qui m’a vraiment captivée dans le roman, c’est le thème de la transgression transposé dans un monde contemporain où il n’existe presque plus aucun tabou. Le terme de 'désobéissance' n’a guère de sens aujourd’hui, à moins de situer l’intrigue dans une communauté comme celle des Juifs orthodoxes du nord de Londres. Si on tombe sur une histoire de transgression se déroulant dans une société très rigide et ultraconservatrice, je pense qu’on peut obtenir à l’arrivée un formidable drame universel dans lequel chacun d’entre nous peut se reconnaître. »

 

Rachel McAdams qui incarne Esti revient sur les raisons qui l’ont poussé à accepter le rôle : « Je suis vraiment tombée amoureuse du script en le lisant. L’écriture était magnifique et singulière, et je ne pouvais tout simplement pas laisser passer la perspective de tourner avec Rachel Weisz. Ce qui m’a plu, c’est la force de cette histoire, à la fois épurée et complexe. Elle comporte plusieurs niveaux de lecture, tout en respectant l’intelligence du spectateur, mais sans le bombarder d’informations. C’est très rare que dans un film mettant en scène trois protagonistes, chacun ait sa propre trajectoire et que les trois forment une très belle famille quand ils sont réunis. » 

Le réalisateur ajoute : « J’ai suivi mon intuition qui consistait à penser que la rencontre entre Rachel Weisz et Rachel McAdams allait être magnifique et donner lieu à des moments de grâce. D’une certaine façon, Ronit et Esti sont, à mes yeux, les deux facettes de la même personne. L’une a réussi à s’enfuir et à accéder à la liberté, tandis que l’autre est restée sur place et a accepté les dogmes de la religion. Mais les deux en ont payé le prix fort. »

Alessandro Nivola qui interprète Dovid revient sur la direction d’acteurs du réalisateur : « Je me suis senti totalement libre, malgré les contraintes liées à l’univers où évolue mon personnage. Dès qu’on s’est rencontrés et qu’on a parlé de sa méthode de travail, j’ai compris que le jeu de l’acteur était primordial pour lui. »

 

Comme le chilien Sebastián Lelio vient d’un milieu culturel très éloigné de celui du film, le metteur en scène a dû se documenter sur cette société et cette religion juive-orthodoxe comme un anthropologue. « En tant qu’étranger, il avait un point de vue sur cet univers très différent de celui qu’aurait eu un réalisateur anglais », confie Rachel Weisz.

Rachel McAdams a elle aussi dû se documenter sur le judaïsme orthodoxe. La comédienne a ainsi fréquenté la communauté orthodoxe de Los Angeles, en participant à des repas de shabbat et en se rendant à des supermarchés cacher. Mais c’est surtout grâce à l’aide de quelques conseillers ayant invité chez eux certains membres de l'équipe qu'elle a pu mieux comprendre cet univers. « On sent qu’on a la responsabilité de camper ces personnages avec justesse, mais ce qui m’a soulagée, c’est que chaque famille juive orthodoxe obéit aux dogmes de sa propre manière. Esti et Dovid forment un couple assez moderne : à certains égards, ils sont plutôt progressistes dans la mesure où ils se considèrent à égalité, ce qui n’a rien d’orthodoxe ! », raconte-t-elle.

 

 

3 JOURS À QUIBERON de Emily Atef

 

Avec Marie Bäumer, Birgit Minichmayr et Robert Gwisdek

 

 

1981. Pour une interview exceptionnelle et inédite sur l'ensemble de sa carrière, Romy Schneider accepte de passer quelques jours avec le photographe Robert Lebeck et le journaliste Michael Jürgs, du magazine allemand « Stern » pendant sa cure à Quiberon. Cette rencontre va se révéler éprouvante pour la comédienne qui se livre sur ses souffrances de mère et d'actrice, mais trouve aussi dans sa relation affectueuse avec Lebeck une forme d'espoir et d'apaisement.

 

Prix de la meilleure interprétation féminine au Festival 2 cinéma de Valenciennes

 

La réalisatrice Emily Atef revient sur la genèse du projet : « À l’origine, il y avait un producteur français, Denis Poncet, un ami de Marie Bäumer. Il savait bien qu’à cause de sa ressemblance étonnante avec elle, on lui proposait depuis toujours de jouer Romy Schneider, sans succès. Mais Denis, grâce à sa femme allemande qui connaissait le travail du photographe Robert Lebeck, est tombé sur la toute dernière interview donnée par Romy en allemand au magazine ‘Stern’. Ensuite, ils m’ont proposé le projet. La chose qui m’a tout de suite frappée, c’est que ces photos de Robert Lebeck, ce ne sont pas du tout les photos d’un mythe, d’une grande actrice impressionnante, mais les portraits sans filtre d’une femme à nu, sans maquillage, absolument pure dans sa détresse. Ça a fortement résonné avec mon cinéma. Tous mes films, d’une certaine façon, parlent de ça. Une femme, quel que soit son âge, qui traverse une crise existentielle, prise entre ses démons intérieurs et son envie de vivre. Ensuite, j’ai lu l’interview. Il faut savoir que Romy donnait très peu d’interviews aux journalistes allemands, ils n’avaient jamais pardonné à leur impératrice adorée d’être partie en France et la traitaient très durement. Là aussi, j’ai été saisie par la crudité, la vérité de l’interview. »

 

L’actrice Marie Bäumer raconte comment elle a travaillé sur le personnage : « Je ne voulais pas être dans l’imitation, il fallait que je sois libre dans mon jeu. Ma grande peur c’était de tomber dans le piège de l’imitation, de l’icône. Si on a la nostalgie de Romy Schneider, on peut voir ses films. Ils sont magnifiques, et ils sont là pour l’éternité. Moi, ce qui m’intéressait, c’était l’état de cette femme à cette époque-là. On la prend au milieu de sa vie : elle a quarante ans, personne ne sait que sa fin est proche. Elle est dans un état émotionnel très intense… Il se trouve que c’est une vedette mondiale mais ça ne vient qu’en deuxième position. J’ai travaillé avec un coach pour trouver son accent très doux de la bourgeoisie viennoise. Et j’ai regardé beaucoup d’interviews. Elle a souvent la respiration saccadée, un signe d’excitation. Elle fumait de façon presque masculine. J’ai imité ça, j’ai montré à Emily ces petites notations précises, comme des flashes. Mais pour le reste, j’ai essayé de m’immerger dans ses émotions. »

 

La cinéaste revient sur l’écriture du film : « J’ai rencontré plusieurs fois Robert Lebeck, avant sa mort en 2014. Il a été d’une aide précieuse. Sa femme et lui m’ont donné toutes les pellicules des photos prises à Quiberon. J’avais 600 photos que personne n’avait jamais vues, y compris des photos privées, des photos des autres personnages et des lieux bien sûr… Un matériau extraordinaire ! Michael Jürgs, le journaliste, s’est montré très disponible. Sa mémoire des événements était excellente. J’ai gardé certains passages de l’interview mais j’en ai aussi écrit d’autres. J’avais besoin de cette liberté- là par rapport aux événements réels pour atteindre la vérité du personnage. J’ai également rencontré l’amie de Romy Schneider qui était présente à Quiberon. Elle ne voulait pas que son personnage apparaisse dans le film, elle refusait d’être nommée. Or, je tenais énormément à avoir en contrepoint cette féminité, cette présence issue d’un autre monde que celui du show-business. Je ne voulais pas que le film se résume à ‘Romy et les hommes’, ou ‘Romy et la presse’. Alors j’ai demandé à cette femme si elle acceptait que j’invente complètement un personnage. Elle a dit oui et c’est devenu Hilde, une copine d’enfance avec qui Romy a une intimité profonde qui remonte à l’Autriche. J’ai écrit le rôle exprès pour Birgit Minichmayr, une actrice formidable (…) Je voulais raconter les quatre points de vue, montrer la perspective de chacun. Et aussi toucher les gens plus jeunes, qui peut-être ne connaissent pas encore Romy. Les problèmes de cette femme qui cherche à tout concilier, sa vie privée, son rôle de mère, son travail, tout ça c’est très moderne. C’est aussi un film sur l’éthique. Le journaliste est prêt à tout pour obtenir son interview mais au bout du compte, ces trois jours changent complètement sa vision des choses. Et il ne fera plus jamais son métier de la même façon. »

 

Emily Atef parle du tournage : « Lors du tournage, les choses vont se mettre en place naturellement, et jamais vraiment telles qu’elles étaient écrites au départ. Ce n’est pas de l’improvisation, mais une liberté qu’on se crée. Très tôt, j’ai su qu’il fallait faire le film en noir et blanc. Je ne pouvais imaginer les scènes que comme ça, à cause des photos de Lebeck qui m’ont longtemps accompagnée. Et c’est comme un pont pour la fiction, de se détacher des innombrables images de documentaires et de reportages sur Romy. Avec Thomas Kiennast (directeur de la photographie) nous avons cherché à traduire la sensualité qui se dégageait des photos de Lebeck. Très vite, nous avons su que c’est avec les mouvements de caméra, la durée des plans, tous ces détails qui nous ont nourris avant le tournage, que nous pourrions y arriver. Il était primordial pour moi d’arriver à traduire ce que j’appellerai un peu maladroitement ‘un humanisme sensuel’ de Romy… cette manière d’accueillir le monde et les gens qu’elle côtoie, qu’ils soient ses amis ou de parfaits inconnus, avec une générosité teintée de son charme et de sa sensualité (…) J’ai par ailleurs la chance de pouvoir tourner à l’ère du digital, où je peux laisser tourner la caméra sans exploser le budget du film… c’est précieux ! J’aime laisser durer les scènes, c’est souvent dans ces moments qu’on arrive à capter quelque chose d’autre, un imprévu magique qui va apporter une nouvelle lumière… On a tourné les extérieurs à Quiberon, sur les lieux réels : l’hôtel, les rochers… tout était là, c’était très inspirant. Pour les intérieurs, on était sur une île de la mer du Nord. On a eu du temps de préparation, de répétitions. »

 

L’actrice qui incarne Romy Schneider se souvient de ce qu’elle a ressenti pendant le tournage : « Jusqu’à deux mois avant le tournage, j’étais très confiante. Et puis tout à coup, j’ai ressenti un choc : quelle folie d’accepter ce rôle ! L’icône était vraiment là, dans ma tête. A partir de ce moment-là, ça a été beaucoup de souffrance. J’essayais de garder de la distance entre elle et moi pendant la préparation mais au tournage, ce n’était plus possible. Ça m’a déchirée, un état qui était bénéfique au film, mais c’était très dur. J’ai vu le brouillard de Quiberon, le brouillard du nord de l’Allemagne, et le brouillard dans mes yeux… »

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