Le Pitch

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Le Pitch - Cinéma
Émission du mercredi 23 mai 2018

diffusé le mer. 23.05.18 à 0h03
émissions culturelles | 7min | tous publics

GUEULE D’ANGE de Vanessa Filho

 

Avec Marion Cotillard, Alban Lenoir et Ayline Aksoy-Etaix

 

 

Une jeune femme vit seule avec sa fille de huit ans. Une nuit, après une rencontre en boîte de nuit, la mère décide de partir, laissant son enfant livrée à elle-même...

 

La réalisatrice revient sur le point de départ du film : « C’était le besoin impérieux de raconter la dépendance, le manque d’amour et le sentiment d’insécurité. Je voulais raconter et filmer la solitude d’Elli, son absence de repères et sa rencontre avec l’alcool, bien trop tôt dans sa vie. C’est un film qui parle d’amour, et de tous les sentiments qui le font absent, l’affectent, et qui rendent mon héroïne dépendante. Mais c’est aussi un film sur la renaissance. Parce que malgré l’épreuve qu’Elli traverse, qui la met en insécurité, elle fait preuve de résistance, elle témoigne d’une capacité, d’un effort de résilience. Ce qui me touche le plus chez Elli, c’est sa faculté à faire cohabiter avec sa douleur un désir immense de vie. Et ce qui me bouleverse chez Marlène, c’est son impuissance, sa fragilité, son manque de repères, et d’espoir. C’est un être humain envahi par sa souffrance, chaotique, qui ne trouve pas sa place dans ce monde et qui ne s’aime pas assez pour être capable d’accueillir le bonheur et d’aimer au mieux sa fille. Il y avait donc la nécessité de rendre ces émotions sensibles. C’est avant tout une fiction, mais ce sont des sentiments qui me sont très personnels : j’ai longtemps eu à me battre contre une peur irrationnelle de l’abandon. C’est un film d’apprentissage, un film initiatique, et un film qui parle du destin, parce qu’Elli n’a que huit ans mais elle va s’affranchir, renoncer à la personne qu’elle aime le plus au monde, sa mère, reconstruire ses propres repères, agir sur son propre destin, provoquer sa chance en choisissant Julio. »

 

Marion Cotillard explique pourquoi elle s’est intéressée à tourner dans un premier film : « J’étais dans une période où je ne voulais ni lire de scénario, ni travailler. Mais mon agent m’a appelée pour me dire qu’il fallait absolument que je lise ce projet parce que c’était sublimement écrit, simple, fort et que c’était tout simplement l’un des plus beaux scénarios qu’il ait lus ces dernières années : j’ai été tentée et j’ai effectivement trouvé ça magnifique. J’ai donc demandé à rencontrer Vanessa, un petit ange poétique totalement habité par son sujet, avec dans les yeux le besoin vital de faire du cinéma. C’est exactement ce que je recherche chez un réalisateur. »

Marion parle du travail de Vanessa Filho : « Vanessa est quelqu’un d’habité. Par son histoire, par ses personnages. Elle sait exactement qui ils sont et elle se révèle donc un merveilleux guide. Vanessa dégage à la fois de la douceur, de la force et une grande détermination. Quand je l’ai vue diriger Ayline, c’était hypnotique. Il y avait entre elles deux une forme d’intensité et d’intimité qu’on retrouve chez un entraîneur et son boxeur, les yeux dans les yeux juste avant de repartir sur le ring. La violence en moins la douceur en plus. Vanessa créait une bulle sur le plateau où il n’y avait plus qu’elles deux et à travers la manière dont elle lui parlait, elle entrait dans sa tête et dans son corps, et elle diffusait ses consignes. C’était impressionnant. En plus d’avoir un univers très fort et un formidable sens de la narration et de la réalisation, c’est une directrice d’acteurs hors pair. »

 

La cinéaste revient sur sa rencontre avec Marion Cotillard : « Marion est une immense actrice que j’admire depuis toujours. Très honnêtement, je n’aurais jamais osé espérer qu’elle lise même le projet. C’est grâce à Laurent Grégoire, mon agent et le sien avant tout, qui le lui a transmis. Et j’ai eu la chance qu’elle ait souhaité me rencontrer suite à cette lecture. Ma première rencontre avec elle m’a bouleversée. Le temps s’est suspendu. Elle m’a parlé de Marlène avec tant d’amour et de compréhension à l’égard du personnage, avec une empathie si profonde, que j’en ai été saisie : il y a chez elle une intelligence émotionnelle, une humanité, une puissance et un instinct très rares. C’est une femme qui va à la vérité, à l’essentiel, face à laquelle on ne peut pas tricher. »

 

Le casting de la petite fille Elli a duré plusieurs mois car la réalisatrice avait une image très personnelle du personnage : « Quand Ayline est apparue, j’ai eu la sensation de reconnaître Elli. Sauf qu’elle a imprimé une marque toute particulière au personnage, quelque chose en plus : une force, une indépendance, une liberté qui venaient d’elle. Cette petite ‘gueule d’ange’, que tout le monde appelait sur le tournage, ‘un miracle’, était une évidence. Elle a incarné le rôle avec sensibilité et une intelligence d’une remarquable précocité. Elle n’avait même pas 8 ans au moment du tournage et elle a su traduire et accueillir les émotions d’Elli. C’est une petite fille très loin du personnage dans la vie – elle est entourée et aimée, joyeuse, et pleine d’humour – mais elle a été d’une générosité rarissime, courageuse, et capable d’une empathie réelle à l’égard d’Elli. »

 

La réalisatrice a choisi d’adopter le point de vue de la petite fille. Elle s’en explique : « Le point de vue dominant du film, c’est d’abord celui de l’enfant, Elli, dont le regard change progressivement. Ce regard et les émotions qui le déterminent ont défini mon premier axe de réalisation. Mon approche était 'intime', organique, s’accordant donc le plus souvent au regard enfantin, à la fois léger et grave, de plus en plus grave, d’Elli. Il s’agissait de montrer son monde, à hauteur de ses yeux, ou de ses sentiments. Elle trouve sa mère jolie et plus heureuse quand elle boit, ne fait pas le lien avec les lendemains difficiles et les conséquences de l’alcool dans sa vie. Elli est alors fascinée par sa mère, comme elle l’est aussi par l’univers qui l’inspire et qu’à sa manière Marlène incarne, en miroir : un monde factice de paillettes naïves, l’univers vide de la télé-réalité dans lequel les candidats se battent et se débattent, jusqu’à se blesser, pour répondre à des émotions fabriquées qu’ils vivent pourtant du seul fait qu’ils se convainquent de les vivre, dépourvus de repères ou de références. Un univers aux couleurs flashy, glittering, sublimé par le talent de Nicolas Migot, mon chef décorateur, des couleurs en un sens décalées, contrastant alors avec l’image et l’environnement que l’on pourrait associer à la thématique du film. »

 

Vanessa Filho a souhaité filmer le personnage de Marlène avec un doux regard sans jugement : « Au-delà du regard qu’Elli porte sur sa mère, je voulais que le spectateur voie, sache, comprenne que Marlène fait comme elle peut, ressente la profondeur de sa détresse, la dépression dans laquelle elle s’enfonce. Ses actes ne sont ni intentionnels, ni prémédités contre et à l’égard d’Elli. Son comportement traduit son manque de repères. Lorsque la caméra n’adopte pas directement le point de vue d’Elli, quand Marlène est filmée indépendamment, la séquence apporte aussi au spectateur un éclairage sur Elli elle-même, sur sa situation, sur sa solitude, sur ce qui se joue malgré elle et détermine son avenir, son destin, sur les enjeux du film, et introduit également la possibilité d’un parallélisme entre les deux personnages, mère et fille. Ce mimétisme s’opère progressivement tout au long du film. »

 

 

SOLO A STAR WARS STORY de Ron Howard

 

Avec Alden Ehrenreich, Woody Harrelson, Emilia Clarke et Donald Glover

 

 

Embarquez à bord du Faucon Millenium et partez à l’aventure en compagnie du plus célèbre vaurien de la galaxie. Au cours de périlleuses aventures dans les bas-fonds d’un monde criminel, Han Solo va faire la connaissance de son imposant futur copilote Chewbacca et croiser la route du charmant escroc Lando Calrissian… Ce voyage initiatique révèlera la personnalité d’un des héros les plus marquants de la saga Star Wars.

 

« Solo : A Star Wars Story » est le troisième film de la saga initiée par George Lucas à avoir les honneurs du Festival de Cannes après « L'Attaque des clones » en 2002 et « La Revanche des Sith » en 2005. Les trois longs métrages ont été projetés hors compétition.

 

La production de « Solo : A Star Wars Story » ne s'est pas faite sans difficultés : Phil Lord et Christopher Miller ont quitté le navire en plein milieu du tournage pour, officiellement, « divergences créatives ». Ils ont été remplacés par Ron Howard qui aurait retourné plus de 80 % du film.

 

« Solo » a été l'un des premiers projets que George Lucas eut en tête quand il s'est penché sur des spin-off éventuels de la saga Star Wars. Lui et la productrice Kathleen Kennedy se sont immédiatement mis d'accord sur le fait que Lawrence Kasdan était le mieux placé pour écrire cette nouvelle aventure. Sa connaissance de l'univers Star Wars et sa compréhension de l'essence du personnage de Solo en faisaient le candidat idéal. D'autant plus que le scénariste avoue que le contrebandier est son personnage favori. Lawrence Kasdan a écrit le film en collaboration avec son fils, Jonathan, avec lequel il partage un amour des westerns et de Han Solo. Les deux hommes avaient une approche différente mais complémentaire, comme en témoigne Jonathan : « Je suis arrivé comme un fan qui pense que ces histoires sont gravées dans la roche tandis que Lawrence les a abordées comme des outils dramaturgiques. »

 

Les montagnes de Vandor ont été filmées dans le massif italien des Dolomites. Une équipe réduite s'est rendue sur place pour six jours de tournage et a séjourné dans le village de Misurina qui se situe à 1756 mètres au-dessus du niveau de la mer. Un convoi quotidien composé d'hélicoptères, de 4x4 et de guides montagnards conduisait l'équipe du film à travers les montagnes qui culminent à 2400 mètres et des températures comprises entre -15° et -20° !..

 

 

BONUS

 

 

BIENVENUE EN SICILE de Pierfrancesco Diliberto

 

Avec Pif, Miriam Leone, Andrea Di Stefano, Maurizio Bologna et Sergio Vespertino

 

 

New York, 1943. Arturo rêve d’épouser la belle Flora, déjà promise à un chef de la mafia new-yorkaise. La seule façon d’obtenir sa main est de la demander directement à son père, resté en Sicile. Arturo s’engage alors dans l’armée américaine. Il est loin d'imaginer que l'armée a scellé un pacte avec la mafia pour assurer le débarquement en Italie…

 

« Bienvenue en Sicile » est tiré d'un fait réel. Le 9 juillet 1943, les Alliés débarquent en Sicile dans le cadre de l’opération Husky qui avait pour ambition d’ouvrir un second front en Europe pendant la Seconde Guerre mondiale. Alors même que la Cosa Nostra (mafia sicilienne) avait cessé ses activités dans la région, l’opération Husky fut le premier pion sur l’échiquier des mafieux pour faire leur grand retour. En effet, les Alliés et la Mafia entrent en coalition pour assurer la réussite du débarquement en Sicile. De l’autre côté de l’Atlantique, les autorités américaines ont un indic de renom dans le milieu du crime organisé pour les guider sur les terres siciliennes. En échange d’une liste de noms d’informateurs sur place, Lucky Luciano réussit à réintégrer la Cosa Nostra à la tête de l’île. Pour « services rendus », il sera même relâché par les Etats-Unis et extradé en Italie. Le Capitaine W.E. Scotten, le vice-consul américain à Palerme, finit par se rendre compte de l’alliance entre les services américains et la Mafia. Il écrivit un mémorandum au gouvernement expliquant le « Problème de la Mafia en Sicile » qui s’intitula par la suite le Rapport Scotten.

 

Pierfrancesco Diliberto a décidé de raconter cette période dans « Bienvenue en Sicile », dans lequel le personnage de Philip Catelli a fortement été inspiré du Général W.E Scotten : « Une fois de plus, j’ai écrit le scénario avec Michele Astori et Marco Martani, dans l’idée de situer l’histoire dans la période de la résistance et, en particulier, un des moments de la Libération dont on n’a jamais assez parlé : le débarquement des forces alliées en Sicile en 1943 (un an avant celui de Normandie), qui marqua de façon indélébile notre pays en raison du pacte de collaboration et d’alliance étroite entre les Alliés et la Mafia, qui allait perdurer dans le temps. C’est un aspect de la libération peu exploité au cinéma. Le sujet était totalement inédit même si, en phase d’écriture, nous avons pensé que nous étions peut-être en train de réagir selon la façon dont nous voyons les choses aujourd’hui, avec un sentiment anti-mafia qui n’existait pas à cette époque. Mais ces doutes se sont évaporés lorsqu’au cours de nos recherches, nous avons découvert à Londres, un document orignal récemment rendu public qui nous a ôté toute préoccupation.Celle du fameux Rapport Scotten, du nom de l’officier qui en 1943 fut chargé d’écrire un rapport sur le thème : 'les problèmes de la Mafia en Sicile' » explique le cinéaste.

 

Pierfrancesco Diliberto et son équipe ont effectué un important travail de recherche historique, notamment autour du Rapport Scotten : « Ce rapport nous confirmait que la question de la Mafia était à l’ordre du jour pour les américains en guerre et qu’à cette même époque, le capitaine Scotten évoquait l’opportunité de combattre la Mafia pour l’avoir sous contrôle, ou celle de s’entendre et de s’allier à Cosa Nostra. Cette éventualité aurait causé des dommages inqualifiables, qui auraient eu de lourdes conséquences dans le futur. Une autre possibilité aurait été d’abandonner l’île à la Mafia et mettre fin à l’enclave. La lucidité de cette analyse dans laquelle les américains et les anglais étaient prêts à transiger avec Cosa Nostra nous a vraiment frappés. La base historique sur laquelle nous avons travaillé durant nos recherches a été le rapport d’une commission d’enquête américaine qui explique noir sur blanc comment s’est créée l’alliance entre les soldats américains et Cosa Nostra. Les soldats américains y admettent avoir explicitement demandé son soutien à Cosa Nostra, à l’occasion du débarquement. À tel point que dans de nombreux petits et grands villages de l’île, l’élection de syndicats mafieux fut pratique commune afin de garantir le contrôle du territoire », explique le cinéaste.

 

Selon les « sources » les plus communes, en 1943, les américains auraient demandé la permission à la Mafia de débarquer sur l’île. Mais en réalité, cette décision avait été prise dans les hautes sphères par Churchill et Roosevelt, ensemble, avec Staline. On trouve également des historiens qui épousent la thèse du moindre mal et font de la Sicile la première région d’Italie et d’Europe à avoir été libérée par les alliés. Si l’on se base sur les documents secrets de l’armée américaine, il est évident que la Mafia n’avait pas été considérée comme une organisation criminelle, mais comme un interlocuteur à part entière. « Ce que l’opinion publique ne sait pas, ou sait très peu, c’est que la Mafia de 1943, à partir de ce moment-là, revêt un rôle mondial qui lui permettra de prospérer puisqu’elle se positionne en tant que solution anticommuniste. Cosa Nostra a eu pour rôle de maintenir un équilibre et un ordre préétabli. En fait, les Alliés ont pu libérer le Nord grâce aux partisans et le Sud grâce à la Mafia. Nous montrons comment le chef mafieux Lucky Luciano a été relâché par les États-Unis et extradé en Italie ‘pour services rendus durant la Seconde Guerre mondiale’. Les américains ne connaissaient pas la Sicile et ils commencèrent à la connaître via la Mafia. Ces contacts représentèrent le début d’un pacte destiné à perdurer puisque la République italienne avala ce choix », analyse Pierfrancesco Diliberto.

 

L'équipe de « Bienvenue en Sicile » a posé ses caméras à Cinecittà World, un parc d’attractions à la sortie de Rome, notamment pour filmer plusieurs scènes censées se dérouler à New York. « Il a été en revanche plus compliqué de recréer les lieux et l’atmosphère sicilienne de l’époque parce que je ne voulais pas d’un endroit où d’autres films auraient été tournés auparavant. J’ai alors décidé de créer un petit village qui n’existait pas et j’ai choisi Erice, un village au-dessus de Trapani, à 700 mètres au-dessus de la mer. Les autres décors du film sont la Sacla dei Turchi, à Agrigento et Segesta, au nord-ouest de la Sicile, en face du Temple à propos duquel on raconte que le général Patton aurait dit : 'Comment se fait-il qu’il manque le toit ? C’est nous qui l’avons bombardé ?' », déclare Pierfrancesco Diliberto.

 

 

MANIFESTO de Julian Rosefeldt

 

Avec Cate Blanchett, Ralf Tempel et Andrew Upton

 

 

Manifesto rassemble aussi bien les manifestes futuriste, dadaïste et situationniste que les pensées d’artistes, d’architectes, de danseurs et de cinéastes tels que Sol LeWitt, Yvonne Rainer ou Jim Jarmusch. À travers 13 personnages dont une enseignante d’école primaire, une présentatrice de journal télévisé, une ouvrière, un clochard… Cate Blanchett scande ces manifestes composites pour mettre à l’épreuve le sens de ces textes historiques dans notre monde contemporain.

 

Julian Rosefeldt est un artiste et vidéaste allemand. Depuis 2001, il enseigne également à l'Académie des Beaux-Arts de Munich. Son travail, largement exposé dans les musées et festivals du monde entier. Il a étudié plusieurs mouvements artistiques : le mouvement Dada, Fluxus, les Surréalistes et les Futuristes, mais de façon assez superficielle selon lui. Plus tard, au cours de recherches sur un autre projet, le futur réalisateur est tombé sur deux manifestes de la poète/poétesse et chorégraphe futuriste française Valentine de Saint-Point, ce qui a constitué un choc. « Deux ans auparavant à Berlin, Cate Blanchett m’avait été présentée par un ami commun au cours du vernissage d’une de mes expositions, et l’idée de travailler ensemble est venue assez naturellement », se rappelle-t-il.

 

En lisant ces manifestes, Julian Rosefeldt s'est rappelé d’autres textes d’artistes célèbres. Dans les mois qui ont suivis, le réalisateur a lu tous les manifestes qu'il a pu trouver, allant du théâtre à la danse, du cinéma à l’architecture. « Il est assez stimulant de constater que certaines idées reviennent sans cesse mais sous des formes différentes. Ces idées communes sont transmises avec une énergie débordante et un enthousiasme presque utopique. Ces manifestes ne sont pas simplement des textes qui auraient vocation à secouer et révolutionner l’art – et éventuellement le monde ; ils sont aussi les témoignages d’une quête d’identité, dévoilés au monde comme un cri et avec une certaine forme de précarité ».

 

Dans un premier temps, Julian Rosefeldt a lu ces manifestes comme l’expression d’une jeunesse rebelle, puis comme des objets littéraires et poétiques. Il a réalisé qu’ils n’étaient pas simplement des documents sur l’histoire de l’art, mais une matière très vivante, proche du théâtre. « J’ai donc commencé à imaginer ces textes sous forme de performances, libérés de la dimension poussiéreuse de l’histoire de l’art et réimplantés dans notre époque contemporaine. L’histoire de l’art qui s’inscrit dans la lignée de l’Histoire, nous permet d’apprendre apprenons de celle-ci. Les artistes, tout comme les écrivains, philosophes et scientifiques, sont ceux qui osent formuler leur pensée et leur vision de manière cohérente tout en s’inscrivant dans cette Histoire ».

 

L’idée principale de « Manifesto » n’était pas d’illustrer les principaux manifestes, mais plutôt de permettre à Cate Blanchett de les incarner. Elle est le manifeste pour Julian Rosefeldt, et il était très clair dès le départ qu’elle devrait jouer plusieurs personnages. « Finalement, Cate en joue 13 : une tradeuse, une mère conservatrice, une patronne, une oratrice funèbre, une punk, une chorégraphe, une enseignante, une ouvrière, une présentatrice TV, une reporter, une marionnettiste, une scientifique et une sans-abri." Comme nous n’avions que 11 jours de tournage avec elle, à Berlin et aux alentours, nous devions mettre en boîte environ douze minutes du film par jour. Un rythme de tournage assez similaire à celui d’une série TV un peu cheap ! »

 

L’un des défis les plus importants à surmonter pour Cate Blanchett a été la quantité très importante de textes. Ce à quoi s’ajoutaient la contrainte et l’exigence d’incarner plusieurs personnages, évoluant dans différents milieux avec autant d’accents différents. « Et, comme si ce n’était pas assez compliqué comme ça, il a parfois fallu qu’elle incarne deux rôles différents par jour. Impliquant un changement de costume, de maquillage etc. Par exemple, nous avons dû tourner la moitié de la scène de la sans-abri le même jour que celle de la présentatrice TV. Je ne parle même pas de ce que ça impliquait pour le chef décorateur et son équipe. Cate Blanchett m’a surpris sans cesse par sa vivacité, apportant chaque jour de nouvelles idées. Elle a un talent et une expérience incroyables, et j’aime à la décrire comme une artiste – scientifique. Chaque journée constituait un nouveau défi, on entrait dans un univers différent, et la façon dont les monologues façonnaient et transformaient chaque scène était très stimulante. Et le meilleur dans tout cela : en dépit d’une exigence, d’une concentration importantes et des nombreuses heures de travail quotidiennes, Cate a su garder son sens de l’humour très particulier, tout au long du tournage, et nous nous sommes beaucoup amusés ! », explique Julian Rosefeldt.

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