Emission du mercredi 2 mai 2018 - Le Pïtch

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Le Pitch - Cinéma
Émission du mercredi 2 mai 2018

diffusé le mer. 02.05.18 à 0h14
émissions culturelles | 6min | tous publics

COMME DES ROIS de Xabi Molia

 

Avec Kad Merad, Kacey Mottet Klein et Sylvie Testud

 

 

Joseph ne parvient pas à joindre les deux bouts. Sa petite entreprise d’escroquerie au porte-à-porte, dans laquelle il a embarqué son fils Micka, est sous pression depuis que le propriétaire de l’appartement où vit toute sa famille a choisi la manière forte pour récupérer les loyers en retard. Joseph a plus que jamais besoin de son fils, mais Micka rêve en secret d’une autre vie. Loin des arnaques, loin de son père...

 

Xabi Molia a eu l'idée du pitch du film à la suite d'une petite péripétie qui lui est arrivée lorsqu'il se trouvait un jour à la gare Montparnasse. Un inconnu lui avait raconté une histoire invraisemblable pour le pousser à lui donner de l'argent. Le metteur en scène accepta de lui remettre un billet de 20 euros et repensa ensuite aux ressources que cet homme avait dû déployer pour arriver à ses fins... Il se rappelle : « Et puis j’ai imaginé son retour chez lui, le soir, sa discussion avec sa femme sur leurs journées de travail respectives… C’est comme ça qu’a surgi la figure d’un artisan de l’arnaque, qui aime le travail bien fait, qui a le goût du métier, une petite routine. De fil en aiguille, je me suis dit que l’artisan devait penser à la transmission de son savoir-faire. Dans un monde qui change, en plus, un monde où les gens n’ouvrent plus trop leur porte, un monde où les pigeons se trouvent plus facilement sur Internet… De là part tout le scénario : l’histoire de Joseph, un arnaqueur qui a son âge d’or derrière lui, et de Micka, son jeune fils qui rêve de devenir acteur... »

 

Pour ce film, Xabi Molia a souhaité maintenir en permanence une forme de légèreté, d’humour, sans perdre de vue la dureté des conditions sociales. « En France, on a tendance à s’enfermer dans un registre grave dès qu’on traite d’une question sociale. C’est très différent du cinéma britannique par exemple, où parler des classes populaires, de la précarité ne préjuge pas d’un traitement particulier » explique le réalisateur.

 

C'est la prestation de Kad Merad dans la série politique « Baron Noir » qui a poussé Xabi Molia a choisir l'acteur. « Il a lu le scénario et accepté le rôle en 24 heures. Il y avait aussi cette circonstance heureuse : Kad a lui-même, dans sa jeunesse, fait de la vente au porte-à-porte, et il sait que ça flirte très souvent avec l’arnaque. Il a grandi en banlieue mais pas dans des quartiers difficiles, plutôt dans ces zones pavillonnaires que j’ai voulu explorer dans le film, cette France périphérique où on s’ennuie un peu », raconte le metteur en scène.

 

Pour le personnage de Micka, le fils de Joseph que joue Kad Merad, Xabi Molia recherchait un jeune acteur « Ce qui m’intéresse, c’est l’âge mutant entre l’enfance et le monde adulte, l’entre-deux où l’on commence à rêver d’une autre vie mais sans oser l’affirmer haut et fort. Il y a, en même temps qu’une sensibilité à fleur de peau, quelque chose de très brut chez Kacey, et parfois d’impossible à contenir, mais c’est cette dualité qui m’intéressait pour le rôle. Je voulais un jeune acteur qui déborde, qui résiste, comme le personnage qu’il joue », précise le cinéaste.

 

Le cinéaste résume son film : « Tout l’enjeu de cette histoire, c’est la libération d’un fils face à un père aimant mais toxique. 'Comme des rois', c’est l’histoire d’un regard, le regard d’un père sur son fils, qui doit changer pour que le fils puisse commencer à vivre enfin. Et pour que leur relation, peut-être, se construise autrement. »

 

 

MILF de Axelle Laffont

 

Avec Axelle Laffont, Virginie Ledoyen et Marie-Josée Croze

 

 

Ce film fait l’objet d’un avertissement : « Certaines scènes et certaines expressions sont susceptibles de choquer un  jeune public ».

 

Trois amies d’enfance partent dans le sud pour vider la maison d’une d’elles, pour la vendre. Pendant ces quelques jours, elles deviennent la cible de trois jeunes garçons, pour qui trois femmes seules, approchant la quarantaine, sont bien plus séduisantes que les filles de leur âge. Des relations sentimentales, sexuelles ou sensuelles se créent avec ces trois garçons, pouvant presque être leurs fils ! Cécile, Sonia et Elise découvrent qu’elles sont des MILF.

 

En 2012, le scénariste et ami d'Axelle Laffont, Jérôme L’Hotsky, lui a demandé son avis sur un scénario qu'il a écrit et dont les personnages principaux étaient des hommes. La cinéaste lui a alors suggéré de transposer l’histoire en une épopée féminine. « Aujourd’hui les jeunes garçons assument totalement le fait de fantasmer et draguer des femmes plus âgées qu’eux, et je me suis dit qu’il y avait un vrai sujet à traiter », confie-t-elle. « MILF » est le premier long-métrage d’Axelle Laffont. Dès le départ, le titre MILF s'est imposé, puisque sa force est qu’en un mot il résume parfaitement le sujet du film. Aujourd'hui beaucoup utilisé, il signifie en anglais « Mother I'd Like to Fuck » (« Mère que j'aimerais baiser » en français) et renvoie avant tout à un style pornographique centré sur des femmes qui ont entre 35 et 65 ans. S'il existe depuis le milieu des années 1990 dans la pornographie, c'est via le cinéma que le mot MILF a été popularisé, grâce au film « American Pie ». Axelle Laffont précise : « Tout le monde n’en connait pas encore la définition mais ça permet justement de bien expliquer la distinction entre Cougars et Milf. Les Cougars sont en chasse alors que les Milf ça leur tombent dessus sans qu’elles ne l’aient même vu venir. Elles sont malgré elles le fantasme de ces jeunes garçons, qui les voient souvent comme des femmes fortes, avec de l’expérience, parfois plus douce que les filles de leurs générations et surtout à priori pas obsédé à l’idée de procréer puisqu’elles sont à priori déjà maman. »

 

Axelle Laffont tenait à ce que son film soit charnel, sensuel, que les baisers soient de vrais baisers et que les acteurs n’aient pas de problème avec la nudité. La cinéaste explique : « J’avais envie de liberté, liberté des vacances, de l’été, des envies et des corps. Le choix de la lumière et des décors a évidemment participé à aller dans ce sens. J’avais envie de redorer l’image des femmes de 40 ans et +, pas encore assez mise en valeur à notre époque selon moi. »

 

Marie-Josée Croze parle de son personnage, celui de Sonia : « C’est sans doute la plus romantique des trois filles. Étant amoureuse d’un homme marié, elle se raconte des histoires et vit un peu à côté de la réalité. Sonia est parfois de mauvaise foi, pas très courageuse et plutôt suiveuse. ». Virginie Ledoyen s’exprime sur Cécile : « C’est une chrysalide, une femme en devenir. La vente de sa maison symbolise un chapitre de sa vie qu’elle doit refermer. Au début du film, on la découvre plus réservée, plus sérieuse et plus anxieuse que ses copines. Elle a même un côté rabat-joie plutôt comique. Mais au fur et à mesure, elle va se débarrasser d’une torpeur, s’illuminer et ce ne sera plus la même à la fin. »

 

Pour Axelle Laffont, « MILF » est avant tout une comédie sociale et sentimentale, qui oscille entre humour et émotion. La réalisatrice tenait à montrer que si les femmes de cet âge-là ont une force évidente, elles sont aussi d’un autre côté plus fragiles et vulnérables : « C’est aussi un film féministe car il parle en sous-texte de la liberté et libération de la femme, assumée et revendiquée. Quand Elise, mon personnage dit que ça fait longtemps que ça ne choque plus personne de voir un homme mûr avec une jeune fille, il serait temps que cela soit pareil pour les femmes. Au générique du film, je remercie ainsi Mrs Robinson, le couple Macron et tous les hommes qui continuent d’aimer les femmes de 40 et plus. »

 

 

BONUS

 

 

DAPHNÉ de Peter Mackie Burns

 

Avec Emily Beecham, Tom Vaughan-Lawlor et Nathaniel Martello-White

 

 

La vie de Daphné est un véritable tourbillon. Aux folles journées dans le restaurant londonien où elle travaille succèdent des nuits enivrées dans des bras inconnus. Elle est spirituelle, aime faire la fête mais sous sa personnalité à l’humour acerbe, Daphné n’est pas heureuse. Lorsqu’elle assiste à un violent braquage sa carapace commence à se briser…

 

Prix de la Meilleure Actrice pour Emily Beecham au Festival du film d’Edimbourg

Premier long-métrage de Peter Mackie Burns

 

Le film s’inspire du court métrage « Happy Birthday to Me » que Peter Mackie Burns avait réalisé, en collaborant déjà avec Nico Mensinga au scénario et Emily Beecham dans le rôle principal.

Ils reviennent sur la genèse du projet du long métrage : « On voulait faire un film sur un personnage complexe qui refuse de se laisser enfermer dans les rôles qu’on attribue le plus souvent aux femmes : épouse, petite amie, partenaire de vie, mère, fille obéissante à ses parents. On souhaitait aussi que le personnage ait de l’humour et s’en serve constamment comme une arme psychologique. Ce qui nous a séduits, c’était de tenter d’imaginer un personnage singulier, à la fois drôle, complexe, souvent difficile à vivre, vulnérable, un peu égoïste et auquel on s’identifie. ‘Daphné’ s’inspire en grande partie d’une bonne amie qui, malheureusement, est décédée. On s’est servi de son sens de l’humour et de sa tendance à choquer les autres. C’est aussi pour ça que j’aime ce personnage : je reconnais mon amie en elle. Et bien entendu, avec mon coscénariste, nous avons aussi projeté nos propres centres d’intérêt sur le personnage » explique le réalisateur.

 

Peter Mackie Burns et Nico Mensinga ont une méthode de travail assez inhabituelle. Le cinéaste explique « En effet, c’est moi qui développe les personnages tandis qu’il se charge de la structure du scénario. J’ai imaginé toute une trajectoire pour la protagoniste, ce qui m’a pris environ deux ans. J’ai écrit tout ce qui concerne Daphné, depuis ses lectures à l’université, avant qu’elle n’abandonne ses études, jusqu’à son boulot dans le restaurant. Et j’ai demandé à Emily de travailler elle-même dans un restaurant, d’écouter la musique qu’écoute le personnage, de lire les livres qu’elle lit, et de s’imprégner de son parcours. Comme Emily est une formidable comédienne, elle s’est parfaitement approprié ce matériau ». Le style visuel du film a bénéficié du même travail de développement, au service du personnage et de son environnement. Collaborant avec la chef-décoratrice Miren Maranon et Sam Best, compositeur, Burns a mis au point une représentation vivante du Londres d’aujourd’hui. « On s’est dit que si on voulait rendre ce personnage aussi authentique que possible, il fallait aussi que les décors soient authentiques. Le film a été tourné dans l’appartement de mon copain et la boutique où Daphné se rend est à 150 mètres de là. Tout est vu à travers le regard de la protagoniste – les lieux, les vêtements, la musique. Ce sont les affaires qu’elle pourrait acheter ou les chansons qu’elle pourrait écouter. On a tout acheté sur le marché qui se trouve en bas de chez elle, y compris les disques d’occasion » ajoute le metteur en scène.

 

« Daphné » brosse le portrait intime d’une femme réalisé et écrit par deux hommes. Peter Mackie Burns s’en défend : « Je fais des films sur des sujets qui m’intéressent. À ce jour, la plupart de mes films parlent de personnages féminins ou, tout du moins, de dilemmes que je trouve fascinants. Je ne sais pas pourquoi je les trouve aussi passionnants». Nico Mensinga ajoute : « Honnêtement, je peux dire que je n’y ai pas vu de problème quand j’ai commencé à écrire. À mon avis, c’est en raison de l’origine du scénario – il a en effet été écrit en réaction directe au jeu d’Emily Beecham. J’ai essayé de faire de mon mieux en me mettant à la place du personnage. J’ai beaucoup visionné le court métrage pendant que j’écrivais le scénario du long. Et j’essayais de me dire : ‘Qu’est-ce que le personnage imaginé par Emily et Peter dirait dans telle ou telle situation ? Qu’est-ce qu’elle ferait si tel événement lui arrivait ?’ La liste des scénaristes écrivant un rôle avec une actrice en tête est longue et c’est exactement ce qui s’est passé dans notre cas. Par ailleurs, deux femmes se sont largement investies dans la fabrication du film : Emily Beecham, bien sûr, mais aussi notre productrice Valentina Brazzini. Du coup, je n’ai jamais été dans la situation d’un scénariste homme écrivant sur une femme solitaire. Au contraire, le scénario est le fruit d’un travail d’équipe entre plusieurs personnes tâchant de raconter l’histoire d’une femme. »

 

 

LES ANGES PORTENT DU BLANC de Vivian Qu

 

Avec Wen Qi, Zhou Meijun et Ke Shi

 

 

Dans une modeste station balnéaire, deux collégiennes sont agressées par un homme d’âge mûr dans un motel. Mia, l’adolescente qui travaillait à la réception est la seule témoin. Elle ne dit rien par crainte de perdre son emploi. Par ailleurs, Wen, l’une des victimes, 12 ans, comprend que ses problèmes ne font que commencer…

 

L'idée des « Anges portent du blanc » provient d'une rencontre qu'a fait un jour la réalisatrice Vivian Qu lors de repérages : « j'ai vu une jeune fille, âgée de 8 ou 9 ans, jouer seule sur des marches adossées à une colline. La fille semblait heureuse de nous voir et s'est portée volontaire pour être notre modèle pendant que nous tournions des vidéos des alentours. Elle m'a dit que ses parents, travailleurs migrants d'une province lointaine, étaient encore au travail ; que sa maison était dans un sous-sol au bas de la colline ; qu'elle n'avait pas d'amis. Elle ne voulait pas nous voir partir et nous a demandé si nous serions de retour le lendemain. Est-ce que cette jeune fille va bien ? Je me le demande souvent.»

 

Avec ce film, la cinéaste s'interroge sur le conditionnement de la femme par la société : « Dans notre société, nous parlons peu des problèmes des femmes. (...) La plupart des femmes n’ont pas eu la chance de prendre un autre chemin que celui que la vie leur imposait. C’est très triste. Je voulais vraiment examiner la vie d’une femme, de la jeune adolescente à la femme mûre et réfléchir à comment nous sommes devenues ce que nous sommes. »

 

Pour les scènes difficiles impliquant des jeunes actrices, la réalisatrice a fait le choix dès l'écriture de n'intégrer que des situations que les comédiennes pourraient jouer : « La plus jeune avait 11 ans. Et puisqu’elle ne comprenait pas vraiment ce qui se passait, au lieu de la faire jouer quelque chose qu’elle ne comprenait pas, nous avons parler de ses relations, du fait qu’elle cherchait l’amour de ses parents, et elle a pu s’inspirer de ces expériences. Nous lui avons fait jouer des choses très simples. Nous n’avons donné à l’actrice qui joue Mia seulement la moitié du scénario. En tant que jeune femme forte, elle comprend ce que c’est que chercher tout le temps à gagner de l’argent. Je voulais qu’elle se concentre sur l’idée qu’elle n’avait pas le temps de s’apitoyer sur son sort, pas le temps de penser aux trois dernières années et au fait qu’elle voulait aller de l’avant. »

 

Pour la mise en scène, la cinéaste a décidé d’utiliser des couleurs vives pour contrecarrer le propos : « Le sujet que je traite est très lourd, donc je ne voulais pas faire de choix artificiels et appuyer le tout avec des couleurs sombres. Je ne voulais rien imposer aux spectateurs mais montrer la vie de tous les jours. En surface, et au début, une grande partie de la violence ne paraît pas si violente. Puis on se rend compte que ce qui est le plus violent peut ne pas sembler violent du tout. Je voulais évoquer ce sentiment de calme alors qu’en fait on vit des choses très violentes. Les jeunes filles voient de magnifiques couleurs sur la plage, mais elles vivent des choses difficiles. »

 

La réalisatrice explique le titre de son film : « Dans la ville côtière du sud où je voulais situer mon histoire, les plages étaient bondées tous les jours de jeunes mariés, posant avec extravagance pour leurs photos de mariage. C'est une coutume locale en vogue. Les mariées, vêtues d’une robe de mariée souvent sale et louée, semblaient heureuses. Elles étaient sûres que les tâches sur leurs robes pourraient être facilement enlevées par une retouche numérique et qu'elles auraient une robe immaculée sur la photo qu’elles conserveraient pour toujours. Depuis les temps anciens, nous associons la couleur blanche à la pureté. Dans la société actuelle où tout peut être banalisé, nous n'avons pas encore réexaminé le sens de la pureté. 'Les Anges portent du blanc' est donc une hypothèse, une interrogation sur les temps passés, présents et futurs. »

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