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Le Pitch - Cinéma
Emission du mercredi 21 février 2018

diffusé le mer. 21.02.18 à 0h10
émissions culturelles | 5min | tous publics

LA FORME DE L'EAU de Guillermo del Toro

 

Avec Sally Hawkins, Michael Shannon et Octavia Spencer

 

 

Modeste employée d’un laboratoire gouvernemental ultrasecret, Elisa mène une existence morne et solitaire, d’autant plus isolée qu’elle est muette. Sa vie bascule à jamais lorsqu’elle et sa collègue Zelda découvrent une expérience encore plus secrète que les autres…

 

Lion d’Or à la Mostra de Venise

Prix du Meilleur réalisateur pour Guillermo Del Toro et Prix de la Meilleure musique pour Alexandre Desplat aux Golden Globes

 

L'idée de « La Forme de l'eau » est née en 2011 d'une discussion entre Guillermo del Toro et Daniel Kraus, son partenaire d’écriture sur le livre pour la jeunesse « Trollhunters ». Ce dernier évoqua l'idée d’une femme de ménage travaillant dans un complexe gouvernemental qui devenait secrètement l’amie d’un homme amphibie détenu captif en tant que spécimen d’étude, et qui décidait de le libérer. Séduit par cette histoire, Del Toro décide d'en faire un film et commence l'écriture du scénario. En 2014, il finance sur ses propres fonds un groupe d’artistes et de sculpteurs qui réalisent des dessins et des maquettes d’argile qui l'accompagnent lors de sa présentation du projet au studio Fox Searchlight. Celui-ci donne son feu vert sans la moindre hésitation et quelques mois plus tard, Vanessa Taylor rejoint l'aventure en tant que co-scénariste.

 

Guillermo del Toro revient sur la signification du titre : « L’eau prend la forme de son contenant, mais malgré son apparente inertie, il s’agit de la force la plus puissante et la plus malléable de l’univers. N’est-ce pas également le cas de l’amour ? Car quelle que soit la forme que prend l’objet de notre flamme – homme, femme ou créature –, l’amour s’y adapte. »

 

Tous les rôles ont été écrits pour des acteurs précis. D’ailleurs, lorsqu’ils ont été approchés par Guillermo del Toro, tous les acteurs ont accepté de participer au film. Sally Hawkins confie : « ‘La forme de l’eau’ est un film très spécial et il était important pour moi d’y prendre part. C’est une histoire qui tiendra à jamais une place à part dans mon coeur. »

 

Michael Shannon déclare : « Ce qui m’a plu dans ce projet, c’est qu’il était porteur d’espoir. J’y ai vu la possibilité d’inspirer nos semblables à faire preuve de davantage d’empathie les uns pour les autres, ce qui nous manque cruellement à l’heure actuelle. C’est une histoire qui nous rappelle combien l’amour est important ; il exige parfois de se confronter à nos peurs ou de faire des sacrifices, mais cela en vaut la peine. »

 

Octavia Spencer confie qu’elle attendait avec impatience l’appel du cinéaste. Elle raconte : « Je l’avais rencontré avant de lire le scénario et j’avais l’impression de le connaître depuis toujours. En tant que réalisateur, c’est un véritable alchimiste car il parvient à conférer aux thèmes humains une aura mystique. »

Doug Jones conclut : « Avec ce film, Guillermo renoue avec ses racines artistiques et laisse libre cours à sa créativité. »

 

Guillermo del Toro revient sur le casting et les acteurs. Concernant Sally Hawkins à qui il a confié le rôle d’Elisa, il déclare : « J’ai envoyé un message à Sally en 2013 pour lui dire que j’écrivais ce rôle pour elle, et lorsque nous nous sommes rencontrés, elle m’a confié qu’elle était en train de travailler à l’écriture d’une nouvelle sur une femme qui se transforme en poisson. Elle me l’a fait parvenir et je l’ai trouvée brillante. »

 

Sally Hawkins a servi de muse à Guillermo del Toro tout au long de l’écriture du scénario. Le réalisateur raconte : « Sally possède cette énergie unique. C’est la personne la plus sincère et la plus naturelle qui soit – je doute qu’elle soit capable de jouer quoi que ce soit qui ne serait pas authentique sur le plan émotionnel. »

 

La lecture du script a profondément touché l’actrice, au point que cela a suscité quelques inquiétudes chez elle. Elle raconte : « L’histoire m’a beaucoup émue. Elle m’était familière sans toutefois ressembler à rien de ce que j’avais pu lire jusqu’alors. C’était comme si Elisa faisait partie de moi ou que nous nous étions croisées dans une autre vie. J’avais l’impression d’être en présence du parfait conte de fées romantique. J’étais presque convaincue que Guillermo s’était trompé en m’envoyant le scénario car c’était le genre de rôle que je n’aurais jamais pensé jouer un jour. Il m’a fait un cadeau inestimable en me le proposant. »

 

Pour autant, les exigences du réalisateur étaient extrêmement élevées. L’actrice poursuit : « Guillermo n’est satisfait que lorsqu’il sent battre le coeur de ses acteurs. Il veut être ému par chaque plan et je pense que c’est ce qui peut arriver de mieux à un comédien. Il vous invite à vous hisser au – très haut – niveau de son imagination. »

Pour incarner le rôle de la muette Elisa, Sally Hawkins a appris l'ALS, la langue des signes américaine. L'actrice voulait la maîtriser totalement afin d'être capable de pouvoir improviser sur le plateau si besoin.

 

Pour Guillermo del Toro, Michael Shannon était le seul acteur capable d’interpréter Strickland. Il développe : « Michael possède l’incroyable précision d’un acteur classique britannique doublée de l’impulsivité et de l’immédiateté d’un acteur américain. Il est également capable d’humaniser le plus odieux des méchants. Je ne voulais pas que Strickland soit uniquement un sale type, je voulais que ce soit quelqu’un pour qui on ait presque de l’empathie car il est lui aussi victime du système et de son époque. Je tenais à ce qu’il affronte des choses auxquelles un méchant n’est généralement pas confronté, comme le doute, la réflexion et le désespoir. Et Michael exprime tout cela dans le film. »

 

La collaboration de Michael Shannon avec Sally Hawkins a tout de suite été électrique. Les deux acteurs ont creusé leurs personnages jusqu’à créer une tension à couper au couteau entre Elisa et Strickland. Michael Shannon raconte : « Je suis fan de Sally depuis que je l’ai vue dans ‘Be happy’ où son interprétation m’avait époustouflé ; j’étais donc impatient de travailler avec elle. C’est extrêmement difficile de jouer un personnage qui ne parle pas, et pourtant, Sally est capable de communiquer silencieusement avec encore plus de force. C’est très impressionnant à voir. »

 

Le rôle de la créature à mi-chemin entre l’homme, l’animal et le mythe est interprété par Doug Jones. Ce film marque sa 7e collaboration avec Guillermo del Toro et Doug Jones.

Il ne faisait aucun doute dans l’esprit de Guillermo del Toro que Doug Jones serait la créature. Il explique : « Doug et moi travaillons ensemble depuis vingt ans, il a tenu certains des rôles les plus cruciaux de mes films. Il fait partie des rares interprètes de créatures qui sont aussi des acteurs dramatiques accomplis. Ce sont souvent des talents distincts, mais Doug les possède tous les deux. C’est un fantastique acteur, avec ou sans maquillage. »

L’interprétation de Doug Jones repose sur son empathie, nourrie par la force de son imagination, pour cette créature amphibie profondément intelligente, pourchassée et arrachée à son environnement afin d’être étudiée par une espèce étrangère. L’acteur déclare : « Il est seul au monde, c’est le dernier représentant de son espèce. Il n’a également jamais quitté sa rivière, si bien qu’il ne comprend pas où il se trouve ni pourquoi. Le gouvernement le soumet à des tests et des biopsies dans l’espoir de pouvoir un jour l’utiliser à son avantage. »

Pour développer les mouvements de la créature, Doug Jones s’est servi d’une description que lui en a faite Guillermo del Toro. « Il m’a dit que la créature avait l’allure d’un toréador sexy et dangereux doublée de la fluidité du Surfeur d’argent ! »

 

Donner naissance à l'amphibien n'a pas été facile. Guillermo del Toro a engagé Guy Davis et Vincent Proce pour entamer la conception du laboratoire et du cylindre devant contenir l’eau et la créature trois ans avant le tournage. L'année suivante, il a fait appel à deux sculpteurs, David Meng et Dave Grasso, pour débuter le design de la créature aquatique. Un processus qui a duré neuf mois et que le réalisateur a financé de sa poche. Shane Mahan, expert de la conception de créature et superviseur des effets visuels, et Mike Hill, un célèbre sculpteur spécialisé dans la création de miniatures ultra-réalistes inspirées des monstres des classiques de l’horreur, ont ensuite rejoint l'aventure.

Quatre costumes de l'amphibien ont été mis au point par l'équipe, tous pouvant être entièrement plongés dans l'eau. Malgré les efforts déployés par l'équipe, le costume était très contraignant pour Doug Jones car il était très près du corps et comprenait des corsets à l'intérieur. Il fallait pas moins de quatre personnes pour l'aider à enfiler la tenue. L'acteur témoigne : « Je savais que ce serait le rôle le plus exigeant de ma carrière sur le plan physique et ça m’a motivé. Le simple fait de porter le costume, dont la mousse de latex de caoutchouc et le silicone ont été conçus pour revenir systématiquement à la forme dans laquelle ils ont été sculptés, était en soi une intense séance de sport car chaque mouvement revenait à faire une pompe ou une traction ! » Une fois le costume sur lui, le comédien subissait deux à quatre heures de maquillage.

L'équipe des effets visuels a mis au point une version numérique de Doug Jones, capable d'être synchronisée parfaitement avec l'acteur au point de ne plus différencier le réel de l'iréel. D'importantes recherches ont été faites quant aux mouvements sous-marins. L'équipe s'est ainsi intéressée aux nageurs olympiques ainsi qu'à des espèces aquatiques telles que les requins, les macareux moines, les loutres et les pingouins.

Pour certaines séquences sous-marines, le directeur de la photographie a eu recours à une technique de la vieille école appelée « dry for wet ». Il s'agit de donner l'illusion de l'eau grâce à de la fumée, des ventilateurs et des projections lumineuses. Cela a permis aux acteurs de jouer tout en gardant les yeux ouverts. Doug Jones se souvient : « Lorsque nous avons tourné ces scènes ‘sous-marines’, Sally et moi nous trouvions dans la brume tandis que des rais de lumière zigzaguaient autour de nous comme des vagues. C’était très étrange, mais lorsque j’ai vu ce que cela donnait, j’ai été sidéré par le réalisme des images. »

 

« La forme de l’eau » marque la première collaboration entre Guillermo del Toro et le compositeur français Alexandre Desplat. Les deux hommes sont immédiatement tombés d’accord sur le rôle que devait jouer la musique dans un film où les deux personnages principaux communiquent par tous les moyens sauf la parole. Le réalisateur déclare : « Notre relation est sans doute l’une des plus faciles que j’ai eues avec un compositeur parce qu’Alexandre a vraiment compris le film et son essence, ce que reflète sa musique. Un bon compositeur se laisse porter par les mouvements de la caméra et les émotions d’une scène, et la manière qu’a Alexandre de souligner cela touche à la perfection, sans jamais être forcé. Une bonne bande originale se doit d’apporter une nouvelle dimension à l’histoire, et Alexandre sait comment articuler la musique en fonction des dialogues, de l’action et du design sonore ».

Le compositeur confie avoir été profondément touché par le tout premier montage du film qu’il a vu.

« ‘La forme de l’eau’ raconte une très belle histoire d’amour, et la situation qu’il décrit peut être transposée à n’importe quelle différence entre des êtres humains. Mais ce qui m’a surtout frappé sur le plan créatif, c’est la fluidité de la caméra. Elle ne s’arrête jamais, elle est constamment en mouvement, un peu comme l’eau. Rien ne suscite davantage l’inspiration qu’une histoire au déroulé fluide par laquelle on peut se laisser porter. Et à cet égard, cette histoire était très particulière. »

 

 

MOI, TONYA de Craig Gillespie

 

Avec Margot Robbie, Sebastian Stan et Allison Janney

 

 

En 1994, le milieu sportif est bouleversé en apprenant que Nancy Kerrigan, jeune patineuse artistique promise à un brillant avenir, est sauvagement attaquée. Plus choquant encore, la championne Tonya Harding et ses proches sont soupçonnés d'avoir planifié et mis à exécution l'agression…

 

Prix de la Meilleure actrice dans un second rôle pour Allison Janney au Screen Actors Guild Awards et aux Golden Globes 2018

 

Lorsque le scénario de « Moi, Tonya » a été envoyé à Craig Gillespie, Margot Robbie avait déjà été castée et le metteur en scène a voulu réaliser le film parce qu'il trouvait que la comédienne était le choix idéal pour se glisser dans la peau de Tonya Harding. Il se rappelle : « Il y avait là une maîtrise absolue de la narration, un parfait équilibre entre humour et émotion et une construction dramaturgique foncièrement originale qui m’a effrayé et enthousiasmé à la fois. J’étais totalement emballé. La tonalité d’ensemble était particulière mais j’ai trouvé qu’elle correspondait très bien à Margot. Les numéros d’équilibriste que je l’ai vue faire, entre humour, force et fragilité, me semblaient exprimer à la perfection la personnalité de Tonya. »

 

Le scénariste Steven Rogers revient sur le titre du film qui fait référence à 3 choses : «  D’abord, j’avais envie de faire un clin d’œil au célèbre livre ‘Moi, Claude’ de Robert Graves. Ensuite, il faisait directement allusion à la prestation de serment de Tonya : ‘Moi, Tonya, je jure de dire la vérité… ‘ Enfin, il y avait dans cette formulation quelque chose qui me plaisait car, quand on est interviewé, on a tendance à se montrer sous son meilleur jour – et c’est ce que font la plupart des personnages en racontant leur histoire. »

 

Le réalisateur revient sur l’image de Tonya Harding et comment il a souhaité traiter son personnage dans le film « Elle était toujours présentée comme la méchante par les médias alors que son parcours est beaucoup plus complexe et tragique que ça. Sans vouloir minimiser ce qui est arrivé à Nancy Kerrigan – qui a été une chose épouvantable – j’avais le sentiment que l’histoire de Tonya était beaucoup plus complexe et méritait d’être racontée. Je voulais la rendre humaine et, si possible, susciter de l’empathie à son égard. » Il s’avère qu’avec la comédienne Margot Robbie, ils ont pu rencontrer l’ancienne patineuse « Elle était très confiante et sincère. C’était extrêmement précieux de pouvoir rencontrer la personne qui se cache derrière ce patronyme très célèbre – et de voir à quel point elle a tourné la page et surmonté ces événements terribles. ». Le réalisateur a souhaité lui montrer le film fini. Il se souvient : « On ne savait vraiment pas à quoi s’attendre quand on a organisé une projection pour Tonya. Cela doit être étrange de se voir dans une fiction sur grand écran. Mais on a tous été extrêmement heureux qu’elle soit aussi emballée par le film. Elle a même été émue aux larmes et c’était formidable pour elle de voir toutes ses figures de patinage reproduites avec une telle attention aux moindres détails. Elle a été particulièrement sensible au jeu des acteurs et elle a trouvé que Margot a vraiment su exprimer ce qu’elle traversait dans cette période de sa vie. Et les scènes drôles l’ont également fait beaucoup rire ! »

 

Très en amont du projet, Craig Gillespie avait rencontré la chorégraphe patinage, Sarah Kawahara, pour évoquer ce que Margot Robbie serait capable de faire par elle-même et les figures pour lesquelles ils allaient avoir besoin de doublures. L'actrice s’est entraînée pendant quatre mois et, même si elle a acquis un bon niveau, des doublures ont dû être utilisées pour les scènes des Jeux Olympiques. Le cinéaste se souvient : « Sarah nous a immédiatement expliqué qu’on ne trouverait personne capable d’accomplir le triple axel : il n’y avait que six femmes qui avaient réussi cet exploit dans toute l’histoire du patinage. J’ai été stupéfait en apprenant à quel point c’était difficile, que Tonya y était parvenue il y a 25 ans et que si peu de patineuses avaient renouvelé l’exploit depuis. On a fini par recourir aux effets visuels ! »

 

Il existe beaucoup d’images d’archives solides de Tonya Harding sur Internet, sur sa condamnation mais pas seulement. Pour mieux se glisser dans la peau de son personnage, Margo Robbie a visionné un documentaire sur l’époque où elle avait 15 ans, ainsi que l’émission « 30 for 30 » centrée sur son parcours. La comédienne explique : « J’ai visionné ces images, encore et encore. Certaines expressions se retrouvent d’ailleurs dans les dialogues du film, même s’ils ne figuraient pas dans le scénario. Du coup, on entend dans le film des tas de petites choses que Tonya a pu dire ici ou là. Nos recherches nous ont aussi servi pour le tournage des scènes de patinage artistique puisqu’on a pu reproduire les figures de Tonya avec la plus grande précision. Je me suis rendu sur YouTube presque à chaque instant du tournage. »

 

 

BONUS

 

 

CAS DE CONSCIENCE de Vahid Jalilvand

 

Avec Navid Mohammadzadeh, Amir Aghaei et Zakieh Behbahani

 

 

Un soir, seul au volant, le docteur Nariman tente d’éviter un chauffard et renverse une famille en scooter. Il les dédommage pour les dégâts matériels et insiste pour qu’Amir, leur enfant de 8 ans légèrement blessé, soit conduit à l’hôpital. Deux jours plus tard, à l’institut médico-légal où il travaille, Nariman s’étonne de revoir la famille, venue veiller le corps sans vie d’Amir. Le rapport d’autopsie conclut à une intoxication alimentaire. Mais Nariman a du mal à accepter cette version officielle qui pourtant l’innocente.

 

Lorsque le réalisateur Vahid Jalilvand et son co-scénariste Ali Zarnegar ont commencé à travailler sur le film, ils partageaient leur temps entre l’hôpital et le cimetière. Le premier se souvient : « Un jour nous parlions avec un docteur, un autre jour avec un fossoyeur, on les a observés dans leur travail, on passait du temps avec eux. Mais nous ne savions toujours pas ce que nous allions raconter, on voulait simplement retranscrire ce sentiment de souffrance. Il nous a fallu 16 mois avant de finaliser l’histoire du film. »

 

L’écriture du film a largement été influencée par une citation de Rolf Dobelli « Ceux qui avaient de l’audace et du courage mourraient avant de pouvoir transmettre leurs gênes à la génération suivante. Ceux qui restaient, lâches et prudents, ont survécu. Nous sommes leurs descendants. »

 

Le réalisateur s’en explique : « Nous nous représentons tous d’une étrange manière ce que sont des gens lâches, mais en réalité nous sommes pareils qu’eux. Peut-être sont-ils même l’incarnation de notre comportement, un comportement qui peut se révéler cruel et que nous justifions sous couvert de sagesse. Combien de fois nos peurs et notre incapacité à exprimer la vérité ont pu déclencher des peines dans la vie des autres ? Je ne sais pas ce que je ferais à la place du médecin légiste dans le film, mais je me souviens clairement de moments beaucoup plus simples où j’ai cédé à mes doutes, par sagesse. Ce film est peut-être un hommage à l’homme que j’aurais rêvé être. »

 

Le réalisateur Vahid Jalilvand estime que personne ne naît criminel. Il explique à ce sujet : « Les fautes commises par les individus sont des sous-produits de l’insécurité. Ce sont la conséquence de circonstances particulières, de privations émotionnelles, de rejet de la communauté... Des conditions familiales défavorables, des négligences parentales et le manque de confiance en soi, vont conduire l’enfant dans un univers violent où aucun droit ni aucune règle ne pourront l’arrêter. Une société basée sur des obligations et des interdictions, et non sur la conscience et la dignité, se cache derrière ses règles dans les moments critiques. Les lois sont inefficaces et même dangereuses si la dignité humaine n’y est pas respectée. »

 

Un thème fort dans le film est l’opposition et la conciliation de la raison et le courage « Dans la philosophie orientale, la ‘sagesse vivante’, dont la priorité est la survie, est très différente de la ‘sagesse du jugement’ qui porte un regard différent sur les situations et nous rappelle en permanence l’idée de la vie après la mort. La ‘sagesse du jugement’ ne considère cependant pas le courage en conflit avec la raison et parle même d’un être humain ‘moral courageux’, comme un être transcendantal. Dans le film, le Docteur Nariman considère la raison d’une manière différente. Au début, il a peur et rejette la vérité, mais avec un peu de recul, il ouvre les yeux et fait le choix du courage, celui de connaître la vérité, de l’affronter. Tout son défi est d’arriver à concilier raison et courage », précise Vahid Jalilvand.

 

Dans ses films, le réalisateur accorde une grande importance à la perception et à la connaissance qu’ont les acteurs de leur personnage et des situations dans lesquelles ils se trouvent. Lors des répétitions, le metteur en scène et ses comédiens ont passé énormément de temps à comprendre chacun des personnages dans le moindre détail. Il se rappelle : « Je préfère travailler avec des acteurs qui ont davantage de connaissances de la société et de la vie réelle, que d’expérience dramatique. Dans le film, tous les personnages, même les coupables, ont des motifs compréhensibles de faire ce qu’ils font. Et nous n’avons pas voulu les condamner ni les juger. Aussi, dans le film comme dans la société iranienne, les femmes sont plus audacieuses et courageuses que les hommes. »

 

 

WINTER BROTHERS de Hlynur Palmason

 

Avec Elliott Crosset Hove, Lars Mikkelsen et Peter Plaugborg

 

 

Emil travaille avec son frère dans une carrière de calcaire et vend aux mineurs l'alcool frelaté qu’il fabrique. Les relations changent lorsque la mixture préparée par Emil est accusée d’avoir empoisonné l’un d’entre eux. 

 

4 prix au Festival de Locarno 2017 : Meilleur acteur + Meilleur film européen + Premier prix du jury jeune + Mention spéciale du jury oecuménique

 

Grand Prix du Jury au Festival Premiers plans d’Angers

 

Grand prix au Festival International du Film de Copenhague (CPH PIX 2017)

 

Mention spéciale du jury au Festival de La Roche sur Yon 2017

 

Alexandre de bronze + Mention spéciale Fipresci au Festival International du film de Thessalonique

 

Meilleure image (compétition premiers films) au Camerimage 2017

 

Le réalisateur dont c’est ici le premier long-métrage est avant tout un artiste visuel « Je me considère comme un artiste qui travaille avec de l’audio et du visuel. Au fur et à mesure du projet, je réalise s’il va devenir un film, une installation vidéo, une peinture, une sculpture ou une série de photos. Je pense que certains projets ont tendance à se transformer en histoires plus longues et dans ce processus, lentement, elles commencent à s’exprimer sous forme cinématographique. J’aime bien travailler en parallèle sur différents projets et avec différents matériaux. La plupart du temps, ces projets s’alimentent les uns les autres d’une façon quasi-organique et dépassent ainsi leurs propres limites. »

 

Le réalisateur revient sur sa façon d’écrire : « Le cinéma, touche la vue et l’ouïe. Quand je plonge dans le processus d’écriture, doucement, lentement, je commence à voir les images et à entendre les sons. J’écris et je développe mes scénarios sur place, ainsi tout est écrit pour un endroit précis. Je m’intéresse énormément à l’espace intérieur d’un film, c’est quelque chose auquel il faut s’attacher et qu’il faut entretenir pendant tout le cheminement d’un film. Je vois la création d’un film comme quelque chose de très fragile et mystérieux donc, essentiellement, plus j’approfondis le scénario, les personnages, l’endroit, etc. plus j’essaye de laisser de la place pour que des choses se passent. C’est un processus linéaire ; l’émotion et la vue vont émerger au même moment, tout est également important, le dialogue égal à l’image et l’émotion égale à la narration. »

 

Le cinéaste a utilisé un design sonore très particulier pour son film : « Le son m’intéresse énormément, et ce dès les premiers stades de l’écriture. Il joue un rôle important dans la façon dont nous faisons l’expérience d’un film, c’est un fil conducteur de la narration. Il n’est pas simplement là pour accompagner le film, ni pour faire qu’une scène fonctionne ou ait l’air réaliste. Je me souviens d’avoir consciemment voulu que le son ne fasse pas exactement la même chose que l’image. De plusieurs façons, j’ai l’impression que le son est l’intérieur du film et l’image son extérieur. »

 

Le réalisateur revient sur le casting : « On a commencé le casting en même temps que l’écriture et j’ai eu la chance de travailler avec les acteurs que j’ai choisis. La directrice de casting, Rie Hedegaard, a eu un grand rôle dans le déroulement de la distribution. Elle est très impliquée dans la scène de la performance artistique au Danemark et son expertise m’a été précieuse. Je recherche des choses très différentes dans chaque personnage. Certains, je veux simplement qu’ils soient là, je trouve qu’ils ont leur juste place dans le film. D’autres ont une fonction plus technique et doivent avoir la capacité d’aborder de longues scènes avec des dialogues difficiles ou posséder une sorte de charisme naturel qui transparait. Mais en réalité, il s’agit de trouver l’humanité en chacun, sa volonté et son besoin de travailler et collaborer avec un personnage dans l’univers du film. C’est une démarche intuitive et je me fie surtout à ma première impression. Je ne suis pas très rationnel ou logique.

 

J’ai trouvé mon personnage Emil, joué par Elliott Crosset Hove, avant d’écrire le scénario. Ensemble, nous avons fait plein de trucs pendant la phase d’écriture et le processus de développement : des sessions de photos, des dialogues, des scènes, des interviews et des virées sur le site de tournage. Eliott a également travaillé sur une performance de Lou Reed avec la chanson préférée de notre personnage : Street Hazzle. »

 

Le film a été tourné aux alentours d’une mine de calcaire et d’une vallée, près au Danemark. « Tout a été tourné dans environ 2km², ce qui nous a donné une grande flexibilité et un accès total à tous les décors 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7. Il fallait que nous puissions filmer chaque scène avec la météo et l’atmosphère adéquates. Les habitants et les employés de l’usine nous ont beaucoup aidé pendant tout le projet et ont participé en tant qu’acteurs. »

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