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Le Pitch - Cinéma
Emission du mercredi 14 février 2018

diffusé le mer. 14.02.18 à 0h45
émissions culturelles | 5min | tous publics

L’APPARITION de Xavier Giannoli

 

Avec Vincent Lindon et Galatea Bellugi

 

 

Jacques, grand reporter pour un quotidien français reçoit un jour un mystérieux coup de téléphone du Vatican. Dans une petite ville du sud-est de la France une jeune fille de 18 ans a affirmé avoir eu une apparition de la Vierge Marie. La rumeur s’est vite répandue et le phénomène a pris une telle ampleur que des milliers de pèlerins viennent désormais se recueillir sur le lieu des apparitions présumées. Jacques, qui n’a rien à voir avec ce monde-là, accepte de faire partie d’une commission d’enquête chargée de faire la lumière sur ces événements.

 

Le metteur en scène Xavier Giannoli revient sur la genèse du projet « L'Apparition » : « J’avais depuis longtemps le désir de savoir où j’en étais par rapport à la question religieuse, à la foi... Je crois que ce questionnement traverse plusieurs de mes films (…) J’ai eu besoin de me recentrer sur la part la plus intime de ces sujets et un jour j’ai lu un article de presse sur les mystérieuses ‘enquêtes canoniques’. Je savais que l’Eglise réunissait parfois des commissions d’enquête sur des faits supposés surnaturels comme des guérisons miraculeuses ou des apparitions. Ces commissions d’enquêtes canoniques ne sont pas forcément constituées de religieux. On peut y rencontrer des médecins ou des historiens auxquels un évêque demande de rassembler des témoignages et des faits précis afin de pouvoir décider s’il s’agit d’une imposture… ou pas. Ce point de vue d’une enquête documentaire sans complaisance sur des preuves supposées de l’existence de Dieu correspondait à ce que je ressentais alors dans ma vie, au doute essentiel qui était devenu le mien. Ce doute est devenu une force de vie et de cinéma. »

 

Le réalisateur souhaitait faire un travail de recherches sans a priori ni dogmatisme, à hauteur d’homme, pas comme un philosophe ou un théologien mais comme un cinéaste habité par un désir de vérité humaine : « C’est comme cela que j’ai eu l’idée de ce personnage de journaliste qui part enquêter sur un fait a priori incroyable : une apparition de la Vierge Marie, aujourd’hui, en France. Ni un bigot ou un athée cynique mais juste un homme libre qui voudrait démêler le vrai du faux. Et j’ai aimé découvrir que cette enquête allait m’échapper et se déployer autrement, ailleurs. »

 

Xavier Giannoli avait besoin de se réapproprier ces questions sur la foi loin des clichés de représentations médiatiques. Il s'agissait d’abord pour le cinéaste d’une quête intime et secrète : « Chacun y répond comme il veut, comme il peut, ou en restant comme moi dans un trouble. On ne répondra pas au sens de nos vies avec des algorithmes, des smartphones, des promesses économiques ou des illusions politiques. J’ai voulu que le voyage de mon personnage se termine dans le désert, un désert des origines, dans le dénuement et la modestie. Il a voulu percer un mystère et finalement semble s’y refuser, peut-être parce qu’il a découvert la beauté de ce questionnement. La façon dont Vincent Lindon met un genou à terre pour déposer la petite icône brulée sur les marches du monastère, comme on déposait les enfants abandonnés, est sans doute un des plus beaux gestes que j’ai filmé dans ma vie. Vincent a alors une humilité et une dignité qui me touchent, comme s’il reconnaissait l’existence d’un grand mystère, tout en en restant sur le seuil. »

 

Dans le cadre de ses recherches, Xavier Giannoli a d'abord établi une liste de faits apparitionnaires « authentifiés » par le Vatican. « Tout le monde connaît Bernadette Soubirou mais il y en a des dizaines d’autres, avant et après elle. La dernière apparition reconnue canoniquement comme surnaturelle date des années 80 en Argentine, à San Nicolas. Et on pourrait parler de Garabandal, de Medjugorge ou de Fatima qui ont fait l’objet de nombreuses enquêtes contradictoires plus ou moins sérieuses, avec un large éventail de jugements et de positions… J’avais trouvé la photo d’une petite voyante avec un casque d’électro-encéphalogramme sur la tête et les mains jointes, en prière pendant qu’on analysait les ondes électriques de son cerveau, pour évaluer sa sincérité. Il y avait une poésie étrange dans cette photo, comme si la technologie était capable de sonder les mystères de l’âme. J’étais avant tout attiré par la dimension factuelle de l’enquête », confie le metteur en scène.

 

Xavier Giannoli a mené une enquête de terrain en allant à la rencontre de ces personnes qui ont participé à des enquêtes canoniques : « Ma première surprise a été de rencontrer des hommes et des femmes qui n’avaient rien d’illuminés, prêts à croire tout et n’importe quoi. Au contraire, ils traquent les impostures et les faussaires, impliquent des médecins et des historiens dans leurs recherches. Mais le problème, c’est qu’ils sont tenus à un strict devoir de secret. » Le cinéaste a néanmoins réussi à tisser des liens avec certains d’entre eux et a même eu accès à de réels interrogatoires de « voyants » prétendant avoir eu une apparition. « C’était tout à fait fascinant car très simple et concret, au fond assez proche d’une enquête journalistique ou policière. Une fois l’enquête terminée, la commission remet ses conclusions à un évêque qui seul pourra demander au Vatican de reconnaître un fait surnaturel. C’est un processus long et rigoureux, très surveillé, avec tout un protocole qui encadre la rectitude des investigations pour bannir les supercheries. Et il ne faut pas imaginer que l’Eglise espère et ‘encourage’ la reconnaissance des faits apparitionnaires. Au contraire, je pense que cela les encombre… La foi n’a pas besoin de preuves ou ce n’est plus la foi. »

 

Le réalisateur a écrit le rôle de Jacques pour Vincent Lindon avec qui il voulait travailler depuis longtemps. « On se connaissait bien et je voulais filmer de lui quelque chose d’inédit. Cela a été tout un travail de lui faire accepter de filmer son regard ou plutôt de laisser assez de temps à son regard pour révéler une intériorité plus secrète. Vincent est toujours en mouvement, à l’aise dans la parole et très vite de plain-pied avec les événements. Comme tous les grands acteurs, c’est d’abord un corps, une force de vie qui touche les objets et interroge la présence physique des gens en face de lui et des décors qu’il traverse. Cette force d’incarnation, je savais que je l’aurai et que cela donnerait une réalité à l’enquête de Jacques, justement dans un univers où il est question de spiritualité. Jacques commence donc par être un corps étranger dans l’univers d’Anna… et il va rencontrer un regard. À la fin du film, on voit que le regard de Jacques a changé, qu’il perçoit désormais autre chose du monde et des êtres. Le journaliste qui a passé sa vie à chercher des preuves tangibles a rencontré sa limite. Il a découvert un monde où la preuve n’est rien et où l’invisible gardera ses secrets. »

 

Xavier Giannoli a passé beaucoup de temps à regarder des essais car ce dernier réécrit le film une fois qu'il a trouvé ses acteurs. « J’ai vu des centaines de visages… et puis celui de Galatea Bellugi, que je ne connaissais pas. Il y a eu une évidence claire et sereine. J’ai regardé ses essais où Anna raconte son apparition et il était tout simplement impossible d’imaginer qu’elle était en train de jouer, de mentir. Ses regards, ses gestes, le grain de sa voix, tout conférait une saisissante réalité à ce qui est pourtant un récit incroyable. Il y avait même quelque chose qui avait à voir avec la folie tant elle semblait calmement croire à ce qu’elle racontait. On m’a ensuite dit qu’elle avait un peu joué dans des films, sans vraiment savoir si elle voulait devenir actrice alors qu’elle a une présence unique. Chaque jour passé avec elle sur le tournage était un moment de grâce. Elle a eu une relation très intéressante avec Vincent Lindon, comme s’ils avaient tous les deux compris qu’ils avaient tout à gagner à garder leurs distances. Elle est à la fois familière et insaisissable, tout ce dont peut rêver un metteur en scène. Sans doute un don du ciel. »

 

 

PHANTOM THREAD de Paul Thomas Anderson

 

Avec Daniel Day-Lewis et Vicky Krieps

 

 

Dans le Londres glamour des années 50, le célèbre couturier Reynold Woodcock et sa sœur Cyril sont au cœur de la mode britannique, habillant la famille royale, les stars de cinéma, les héritières, les mondains et les dames dans le style reconnaissable de la Maison Woodcock. Les femmes défilent dans la vie de Woodcock, apportant à ce célibataire endurci inspiration et compagnie, jusqu’au jour où il rencontre Alma, une jeune femme au caractère fort qui deviendra rapidement sa muse et son amante. Lui qui contrôlait et planifiait sa vie au millimètre près, le voici bouleversé par l’amour.

 

Daniel Day-Lewis, 60 ans, a annoncé qu’il mettait fin à sa carrière d’acteur. « Phantom thread » est donc son dernier rôle.  

 

Le personnage de Reynolds Woodcock (Daniel Day-Lewis) est inspiré par le grand couturier espagnol Cristóbal Balenciaga (1895-1972). Lors de ses investigations pour le film, Paul Thomas Anderson a développé une véritable curiosité pour la vie et l’oeuvre de ce couturier connu pour son travail sur la dentelle, ses coupes innovantes et l’élégance de ses patrons. Cette curiosité s’est transformée en fascination à la lecture du livre de Mary Blume « The Master of Us All : Balenciaga, His Workrooms, His World » que la vie de cet esthète, qui vivait comme un moine et son approche de la mode à l’époque de l’âge d’or d’Hollywood et du travail de Dior sur la réinvention de la silhouette féminine. Les silhouettes angulaires du créateur lui ont tout de suite fait penser à Daniel Day-Lewis avec qui il avait hâte de retravailler depuis « There Will Be Blood ». « Daniel est un homme d’une grande beauté, mais dans notre précédent film, ce n’est pas exactement le côté que nous avions travaillé ni mis en avant. Il était temps de rendre justice à sa beauté, son élégance naturelle et la passion qu’il a pour les choses qu’il fait de ses propres mains. »

 

Paul Thomas Anderson a toujours été captivé par le glamour et les histoires d’amour passionnelles très noires du milieu du XXe siècle, et spécialement « Rebecca » d’Alfred Hitchcock. « Cela faisait longtemps que j’attendais un scénario qui me permettrait de mettre en scène une relation triangulaire du genre de celle de ‘Rebecca’, dans une atmosphère excessivement raffinée qui se prêterait à un romantisme macabre. » Daniel Day-Lewis et le réalisateur se sont alors plongés dans des recherches sur l’histoire de la haute couture, dévorant les ouvrages à propos des plus grands créateurs, de Balenciaga à Dior en passant par Charles James ou Alexander McQueen, qui dans sa jeunesse cousait des messages dans les doublures des costumes qu’il fabriquait pour les plus grands de ce monde, y compris le prince Charles. Day-Lewis explique : « Après la guerre, le monde de la mode s’est scindé en deux : il y avait Paris, le leader, là où le ‘New Look’ avait été inventé, et tout un éventail de créateurs londoniens. C’est sur ces créateurs que nous nous sommes concentrés, il y avait quelque chose de très intéressant à explorer dans l’idée qu’un tel raffinement pouvait naître au coeur d’une si grande austérité ambiante. »

 

Une grande partie du film a été tournée sur la côte est de l'Angleterre. Pour Paul Thomas Anderson, natif de la côte ouest des États-Unis, Londres était la ville rêvée pour son premier film à l’étranger. Durant leur séjour à Londres, le réalisateur et Daniel Day-Lewis ont étudié ensemble l’art de la haute couture, échangeant des livres sur le sujet et se rendant fréquemment au Victoria et Albert Museum, où à travers les créations de Balenciaga et Charles James ils ont commencé à croquer la personnalité du couturier Reynolds Woodcock.

 

Daniel Day-Lewis s'est complètement investi dans son rôle, il a aussi appris comment confectionner des vêtements sous la houlette de Marc Happel, directeur du département costumes du New York City Ballet. Il a poussé la préparation jusqu'à créer lui-même une robe pour sa femme, Rebecca Miller.

 

La plupart des membres du staff de la maison de couture Woodcock sont joués par des acteurs professionnels. Toutefois, se glissent parmi eux des couturières et des personnes réellement connectées au monde de la mode. Joan Brown et Sue Clark sont par exemple des conceptrices de robes à la retraite que Paul Thomas Anderson a rencontré durant ses recherches au Victoria & Albert Museum's historic clothing archive. Amber Brabant et Geneva Corlett sont des costumières professionnelles pour le cinéma et Georgia Kemball est designer dans le textile.

 

Au printemps 2017, le projet a été nommé Phantom Thread, faisant référence à la situation particulièrement difficile des couturières de l’East London durant l’ère victorienne, qui travaillaient des heures au fond des manufactures, dans des conditions déplorables les laissant physiquement, moralement et psychologiquement exsangues… d’où les fameux Phantom Thread. Mais le titre fait également référence aux forces occultes qui tissent les destins qui échappent au contrôle des humains. Maîtrisons nous vraiment l’art, ou est-ce l’art qui nous maîtrise ?

 

Vicky Krieps, comédienne originaire du Luxembourg, fait ici une entrée fracassante dans le monde du cinéma hollywoodien avec le rôle d'Alma, la femme qui se dresse entre les deux piliers de la maison Woodcock. Privilégiant une carrière européenne, elle ne croyait pas beaucoup à ses chances d’obtenir le rôle, surtout face à deux artistes de l’envergure de Daniel Day-Lewis et Paul Thomas Anderson. Pour le réalisateur, dès le visionnage de son audition il y a eu une évidence : la jeune actrice avait tout de l’héroïne qu’il avait imaginé. « L’idée était de trouver une jeune femme entre 25 et 33 ans, si possible d’Europe de l’Est, une immigrante qui serait arrivée en Angleterre pendant ou juste après la guerre. Vicky avait déjà tourné dans le film allemand ‘Les Secrets de Lynn’ (Ingo Haeb, 2014) où elle était excellente. Il était clair en visionnant son audition qu’elle pouvait aussi bien jouer une serveuse qu’une princesse. Elle a quelque chose qui n’a rien à voir avec du jeu, mais une prestance naturelle qui correspond à ces deux mondes très distincts. »

 

 

BONUS

 

 

WAJIB, L'INVITATION AU MARIAGE de  Annemarie Jacir

 

Avec Mohammad Bakri et Saleh Bakri

 

 

Abu Shadi, 65 ans, divorcé, professeur à Nazareth, prépare le mariage de sa fille. Dans un mois, il vivra seul. Shadi, son fils, architecte à Rome depuis des années, rentre quelques jours pour l’aider à distribuer les invitations au mariage, de la main à la main, comme le veut la coutume palestinienne du Wajib. Tandis qu’ils enchainent les visites chez les amis et les proches, les tensions entre le père et le fils remontent à la surface et mettent à l’épreuve leurs regards divergents sur la vie. 

 

Le titre Wajib (« devoir social ») renvoie à une tradition en Palestine : lorsque quelqu’un se marie, les hommes de sa famille, généralement le père et les fils, doivent personnellement remettre, en mains propres, à chaque invité, les invitations au mariage. Poster les invitations ou les faire remettre par des étrangers est considéré comme irrespectueux. Pour la réalisatrice, le wajib est un cadre qui « permet d’explorer une relation père-fils et aussi le fonctionnement d’une communauté, comment chacun de ses membres réagit en public et privé. »

 

La réalisatrice souhaitait faire de Nazareth le troisième personnage du film : « Nazareth est la plus grande ville de la Palestine ‘historique’, aujourd’hui Etat d’Israël, dont les habitants sont des Palestiniens chrétiens (40%) et musulmans (60%). C’est la petite minorité palestinienne qui a préféré rester plutôt que de mener une vie de réfugiés même s’ils ont été forcés de prendre des papiers d’identité israéliens. Avec une population de 74 000 habitants sur une superficie réduite, les conditions de vie sont tendues, avec une forte concurrence pour le logement, une grande promiscuité entre les gens. A beaucoup d’égards, Nazareth est aujourd’hui devenue un ghetto. [...] Les gens de Nazareth possèdent une grande humanité, beaucoup d’humour et de désir de vie. Mais pour moi, Nazareth est une ville de survivants... ».

 

Wajib est mené par Mohammad Bakri et Saleh Bakri, père et fils dans la vraie vie comme dans leur rôle dans le film. Comédiens reconnus dans leur pays, ils ne s'étaient jamais donné la réplique jusque-là. La réalisatrice témoigne : « Ils sont tous les deux si talentueux ! Saleh en était au tout début de sa carrière dans ‘Le Sel de la Mer’, mon premier film… nous avons démarré ensemble ! Depuis, je n’ai pas cessé de faire appel à lui et, quand j’ai écrit ‘Wajib’, j’ai tout de suite pensé qu’il jouerait Shadi.

 

Le choix de Mohammad était plus compliqué : je connaissais son talent, je savais ce qu’il pourrait apporter au personnage - et que le faire jouer avec son fils Saleh apporterait encore davantage, d’autant que les questions soulevées par le film sont aussi les siennes... Mais je pensais aussi que ce serait compliqué pour eux de jouer ensemble. Ils auraient pu se sentir bloqués, être incapables de se pousser l’un l’autre dans leurs retranchements. C’est compliqué de travailler avec des membres de sa propre famille. On a parlé très librement, on a partagé nos doutes. Mohammad disait que ce serait un immense défi mais aussi l’un des rôles les plus importants de sa vie. Nos répétitions ont été intenses, difficiles et magiques. Ce qu’ils m’ont apporté a dépassé toutes mes espérances. »

 

 

LE RETOUR DU HÉROS de Laurent Tirard

 

Avec Jean Dujardin et Mélanie Laurent

 

 

Trois ans après son départ pour la guerre, le capitaine Neuville revient couvert de gloire. Mais le retour de cet officier des hussards, que l'on croyait mort au combat, semble perturber Elisabeth, la soeur aînée de la famille Beaugrand. Et le fringant capitaine lui-même ne parait pas totalement à l'aise dans son rôle de héros. Quel secret cherchent-ils à cacher, l'un et l'autre ?

 

Une des raisons ayant poussé Laurent Tirard à faire « Le Retour du héros » réside dans le fait que les films d'aventures en costumes se font de plus en plus rares dans le paysage cinématographique français. Le metteur en scène confie : « Les films en costumes, et surtout les comédies d'aventure, comme celles de Rappeneau ou de De Broca, ont fait le bonheur de générations entières de spectateurs, et ont contribué à mon envie de faire du cinéma. Je ne comprends pas pourquoi elles ont disparu des écrans. Ce qui est sûr, c'est que nous avons eu beaucoup de mal à monter Le Retour du héros. Quand nous sommes allés voir les chaînes de télévision et les financiers, ils nous disaient que le public ne voulait plus voir ce genre de films. »

 

Hormis cette passion pour ce genre, il y avait deux univers qui plaisaient particulièrement à Laurent Tirard : celui de Jane Austen, avec son élégance, son raffinement et ses personnages enfermés dans le carcan des codes de leur société, mais aussi celui des comédies d'aventures françaises, avec leur énergie, leur côté virevoltant et leur goût prononcé pour les personnages de canailles. « Je me suis dit que le mélange des deux créerait un choc des cultures assez explosif... », précise le cinéaste.

 

Laurent Tirard a choisi le 19ème siècle comme cadre temporel de son film parce qu'il s'agit de la période romanesque par excellence, idéale pour une comédie d'aventure romantique.

 

Laurent Tirard et son équipe ont pu tourner dans de vrais châteaux, comme ceux de Nandy en Seine et Marne, de Grosbois dans le Val de Marne ou de Gerberoy dans l'Oise. Si cela présentait l'avantage de ne pas avoir à les construire, le cinéaste a pu parallèlement constater à quel point ils sont aussi extrêmement protégés et pas toujours adaptés à un tournage. Il se rappelle : « Ce qui a été très intéressant, c’est que nous avons découvert qu’il y avait beaucoup de ces châteaux, privés généralement, qui ne sont pas en très bon état et la venue d’une équipe de cinéma arrange souvent le propriétaire parce qu’après notre départ et les travaux que nous y effectuons, l’endroit à meilleure mine qu’à notre arrivée ! Il y a aussi les demeures extrêmement bien préservées, où les contraintes effectivement sont nombreuses. »

 

« Le Retour du héros » a été écrit pour Jean Dujardin qui avait déjà travaillé avec Laurent Tirard sur « Un homme à la hauteur ». Le comédien a également pu participer à l'élaboration de son personnage durant le processus d'écriture et le tournage.

 

Le choix de l'interprète d'Elisabeth était plus compliqué comme l'explique le metteur en scène : « Sans doute parce que, inconsciemment, c’est le personnage qui était censé me représenter dans le film. C’est à elle que je m’identifie : quelqu’un d’introverti mais avec un monde intérieur très riche, qui va se trouver confrontée à la créature qu’elle a inventée et qui la dépasse… Bref, sans vouloir citer Flaubert, on peut dire qu'Elisabeth, c'est moi ! Le choix de la comédienne n’était donc pas évident et celui de Mélanie non plus ».

 

Plus de dix ans après le film belge culte « Dikkenek », Mélanie Laurent fait son retour dans la comédie. La comédienne explique : « D’autant plus que dans Dikkenek, mon rôle n’était pas vraiment drôle : ce sont les situations et les personnages autour de moi qui étaient comiques, alors que j’étais plutôt 1er degré dans l’histoire ! Donc en fait, je me rends compte que 'Le Retour du héros' est vraiment ma première comédie et que j’avais sans doute peur tout au long de ces années de cinéma de me frotter à ce registre. Il n’y a cependant aucun calcul de ma part : j’attendais juste un rôle comme celui d’Elisabeth Beaugrand pour dire oui... »

 

De plus, l’actrice incarne un rôle physique. A titre d'exemple, elle évoque le premier jour de tournage avec la scène où Elisabeth reconnaît Neuville qui arrive en diligence, vêtu de haillons et la barbe hirsute... Elle se rappelle : « Il y avait énormément de texte à dire ! Je me disais :  je joue la scène que l’on recommence pas mal de fois et c’est là où je me rends compte que c’est très physique : il faut que je coure, que je tombe, que j’attrape Jean, que je sois presque hystérique... Alors je connaissais le scénario par cœur, j’avais préparé les choses très sérieusement un mois avant mais là, devoir faire et refaire les prises dans le souffle, le mouvement et ce débit de parole ça m’a épuisée. Quand Laurent a dit ‘Coupez’ à 17 heures, je suis allée me coucher... Ça ne m’étais jamais arrivé : je suis inépuisable, jamais fatiguée... Là, je suis entrée dans ma chambre, je me suis allongée et je ne suis pas sortie du lit ! Le lendemain, je me souviens avoir dit à Jean : ‘mais c’est ça la comédie ?’... C’est-à-dire que vous ne pouvez même pas boire un verre de vin le soir au dîner ! Et Jean m’a répondu : ‘eh oui, bienvenue dans notre monde...’ »

 

Lorsqu'il a écrit « Le Retour du héros », Laurent Tirard avait en tête des images de western et écoutait du Ennio Morricone. C'est donc vers cette direction qu'il a aiguillé Mathieu Lamboley, le compositeur de la musique du film. Le réalisateur se souvient : « On a commencé à travailler très tôt, avant le tournage. Il me faisait venir régulièrement chez lui pour écouter des choses, et un jour, j'ai dit ‘voilà ! C'est ça le thème du film !’. C’est quelque chose de très rare, de trouver la musique avant même de commencer le film, et ça m’a permis de tourner en ayant déjà en tête une certaine mélodie… Mathieu m’a ainsi accompagné durant toute la fabrication du film, du tournage au montage final, en me proposant une musique qui était un mélange de baroque et de western. »

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