Screensho - Le Pitch du 16 janvier

disponible +30 jours

Le Pitch - Cinéma
Emission du mardi 16 janvier 2018

diffusé le mar. 16.01.18 à 23h15
émissions culturelles | 5min | tous publics

3 BILLBOARDS, LES PANNEAUX DE LA VENGEANCE de Martin McDonagh

 

Avec Frances McDormand, Woody Harrelson et Sam Rockwell

 

 

Plusieurs mois se sont écoulés depuis le meurtre de la fille de Mildred Hayes, et l’enquête ne progresse toujours pas d’un pouce. Aucun suspect arrêté, aucune piste. À bout, Mildred décide de faire placarder sur trois panneaux publicitaires géants à l’entrée de la ville des messages mettant directement en cause l’efficacité de William Willoughby, le très respecté chef de la police. Entre les forces de l’ordre et Mildred, c’est le début d’une escalade incontrôlable…

 

4 Golden Globes : Meilleur film – Drama / Meilleur scénario / Meilleure actrice (Drama) pour Frances McDormand et Meilleur acteur dans un second rôle pour Sam Rockwell

 

Prix du public au Festival International du Film de la Roche-sur-Yon 2017 

 

Osella du Meilleur scénario à la Mostra de Venise 2017

 

Le réalisateur Martin McDonagh revient sur la genèse du projet : « J’ai imaginé que la locataire des panneaux était une mère exaspérée et le scénario s’est presque écrit tout seul. Mildred est une femme forte, déterminée et en colère, mais également brisée. C’est de là qu’est née l’histoire. »

 

Le film repose sur le conflit qui oppose Mildred Hayes au chef de la police d’Ebbing. Martin McDonagh raconte : « C’est l’histoire d’une guerre entre deux personnes qui, dans une certaine mesure, ont toutes les deux raison. C’est de là que naît toute la tension dramatique du film. »

 

Le film explore ce qui se produit lorsque la rage ne peut être apaisée. Alors que la tension monte, il aborde les thèmes de la division, de la colère et du poids de la morale. Le réalisateur explique : « Que faire quand le chagrin et la colère que l’on éprouve ne trouvent pas d’exutoire ? Que peut-on faire, de constructif ou de destructeur, pour faire bouger et avancer les choses ? J’avais envie de m’intéresser à ce qui se passe lorsque l’on a perdu tout espoir mais que l’on décide de continuer à se démener jusqu’à ce qu’il renaisse. Je pense que la raison pour laquelle ce film est si différent des films policiers en général, c’est que l’on ignore si le crime dont il est question pourra être résolu. »

 

Concernant le casting, Martin McDonagh avoue avoir écrit le rôle principal pour Frances McDormand : « A mes yeux, c’est la seule actrice qui possédait toutes les qualités nécessaires pour interpréter le personnage. Je voulais quelqu’un qui ait une sensibilité ouvrière et rurale ; il fallait aussi que cette personne ne joue pas le sentimentalisme à outrance. Tout ce que fait Frances est fondamen­talement sincère. Je savais qu’elle saurait exprimer la douleur de Mildred mais aussi faire preuve d’humour tout en restant fidèle au personnage. »

 

Les dialogues puissants de Martin McDonagh ont trouvé écho chez l’actrice, qui y a retrouvé une sensibilité proche du théâtre : « Le style de Martin est une forme de réalisme magique, mêlé ici à de l’Americana gothique, basé sur l’idée que les habitants des petites villes ne sont pas prosaïques mais poétiques. »

 

Woody Harrelson, qui incarne le chef Willoughby, la cible des attaques de Mildred, se dit impressionné par la manière dont Frances McDormand s’est préparée pour le rôle. « Elle a travaillé d’arrache-pied pour parvenir à cerner son personnage. Elle a imaginé l’histoire de toute sa famille ainsi que de sa fille, qu’on voit à peine dans le film parce qu’elle est déjà morte lorsque l’histoire commence. Elle travaille à la manière d’un détective privé, elle rassemble tout ce qu’elle peut sur son personnage, et les informations qu’elle a glanées nourrissent son interprétation. Frances possède également un sacré sens de l’humour, elle a réussi à rendre encore plus drôles des répliques qui l’étaient déjà dans le scénario. »

 

Bill Willoughby, qui est à la fois l’ennemi juré et le seul espoir de Mildred, est incarné par l’acteur Woody Harrelson. Le réalisateur lui avait déjà confié le rôle de Charlie Costello, le gangster boute-en-train de son précédent film. Il commente : « Dans ce film, on découvre une facette différente de Woody car il joue un rôle à l’opposé de celui qu’il tenait dans ‘7 psychopathes’. Il campe cette fois un personnage plus sincère, plus mélancolique et plus réaliste auquel il confère non seulement beaucoup d’humour, mais aussi une profonde intégrité et beaucoup de pudeur. La décence de Woody transparaît chez Willoughby et je pense que c’est la raison pour laquelle il est si juste dans ce rôle. »

 

L’acteur confie avoir sauté sur l’occasion de retravailler avec Martin Mc­Donagh. « Martin est selon moi l’un des meilleurs cinéastes qui soient. Son écriture est originale, dynamique et drôle avec une grande richesse émotionnelle, et les scénaristes comme lui sont rares. Il réussit à saisir l’es­sence des relations humaines et de la condition humaine tout en maniant brillamment l’humour, le suspense et l’émotion. »

 

Dixon, le bras droit de Willoughby, est interprété par Sam Rockwell. À propos du personnage, le réalisateur déclare : « Dixon semble représenter tout ce qu’il y a de pire chez un homme, mais grâce à l’interprétation de Sam, il se dégage de lui quelque chose d’enfantin et de touchant malgré son caractère odieux et ses terribles défauts. » À l’instar de ses partenaires, Sam Rockwell a été séduit par l’écriture de Martin McDonagh. Il déclare : « Dans ce film, Martin traite avec brio la question des tabous, raciaux ou autres, en les évoquant avec beaucoup d’éloquence et de tact. »

 

Bien qu’Ebbing soit une ville fictive, Martin McDonagh a souhaité recréer l’ambiance charmante mais étouffante propre aux petites villes de province où tout le monde connaît les histoires de tout le monde… et bien plus encore. Pour l’aider à faire de la ville un personnage du film à part entière, le réalisateur a travaillé notamment avec Ben Davis le directeur de la photographie et la chef décoratrice Inbal Weinberg. Martin McDonagh qualifie l’esthétique du film de « magnifique sans être trop moderne, trop stylisée ou trop saturée ». Il ajoute : « Ben et moi sommes tous les deux fans des films américains des années 70 dont nous voulions reproduire l’atmosphère. »

Il a notamment puisé l’inspiration dans le travail de Stephen Shore, un photo­graphe d’art américain des années 70 connu pour ses paysages dépeuplés et ses scènes du quotidien : repas dans un diner, panneau publicitaire érigé sur le bord de la route ou motel désolé.

 

La chef décoratrice s’est chargée de l’apparence des panneaux publicitaires. Elle raconte : « J’ai épluché toutes les photos existantes de panneaux publi­citaires utilisés à des fins personnelles. Nous avons essayé différentes polices d’écriture, différentes couleurs et différents positionnements du message. Martin a eu alors l’idée d’utiliser un fond rouge pour faire ressortir les lettres et ça a été l’une de nos plus grandes avancées. Nous avons testé son idée et avons adoré le résultat. Ça a été une formidable décision qui nous a amenés à faire du rouge une couleur phare du film. »

 

Les panneaux d’affichage connaissent six états différents au cours du film. Inbal Weinberg déclare : « Ça a été incroyablement complexe car ces panneaux sont d’immenses structures qui ne sont pas faciles à déplacer. Nous avons eu des réunions entières dédiées à ce sujet. »

La production tenait également à recouvrir les panneaux tous les soirs afin de ne pas scandaliser les habitants qui empruntaient la route.

 

« 3 Billboards, les panneaux de la vengeance » est le film le plus tragique qu’ait écrit le réalisateur à ce jour, pourtant il y est aussi question d’espoir. Il commente : « Le point de départ de l’histoire est très triste mais elle contient aussi beaucoup d’humour, et avec un peu de chance, les spectateurs la trouveront également poignante par moments. C’est un peu comme cela que je vois la vie, j’en perçois la tristesse mais j’ai tendance à la tempérer en essayant de me concentrer sur le bon côté des choses, en ayant recours à l’humour, même noir, et en luttant contre le désespoir. »

 

 

IN THE FADE de Fatih Akin

 

Avec Diane Kruger, Denis Moschitto et Numan Acar

 

 

 

Ce film fait l’objet de l’avertissement suivant : « Certaines scènes sont susceptibles de heurter la sensibilité du public ».

 

La vie de Katja s’effondre lorsque son mari et son fils meurent dans un attentat à la bombe. Après le deuil et l’injustice, viendra le temps de la vengeance.

 

Meilleur film en langue étrangère aux Golden Globes

Prix d'interprétation féminine pour Diane Kruger au Festival de Cannes

 

Fatih Akin a ressenti le besoin de faire ce film après les meurtres commis en Allemagne, contre des personnes d’origine turque, par des membres du groupuscule néo-nazi NSU (littéralement Clandestinité Nationale-Socialiste). Le procès de Beate Zschäpe, la seule survivante parmi les assassins, est toujours en cours. L’une des victimes avait d'ailleurs joué au foot avec le frère du metteur en scène et n'habitait pas loin de ce dernier, dans le quartier d’Altona, à Hambourg. Akın raconte : « Des meurtres proches, touchant des gens ayant la même origine que moi : j’aurais pu moi-même être l’une des victimes… L’enquête a fait scandale, parce que la police a d’abord soupçonné les victimes elles-mêmes : celles-ci étaient forcément impliquées dans le trafic de drogue, ou dans des salles de jeu clandestines, ou dans d’autres activités criminelles. Les meurtres ne pouvaient être que des règlements de compte de la mafia turque... La presse a tellement relayé les soupçons de la police que les familles des victimes elles-mêmes s’interrogeaient : et si mon père ou mon fils avaient vraiment fait affaire avec le crime organisé…? Mais tout était faux : les victimes n’avaient rien à se reprocher. »

 

Lors de l'écriture du scénario, Fatih Akin s'est beaucoup documenté. Le cinéaste s'est, entre autres, rendu à Munich pour assister à quelques audiences du procès. Il se rappelle : « Je voulais voir quel genre de femme était l’accusée, Beate Zschäpe. Les meurtriers du film, même s’ils sont plus jeunes, sont inspirés d’elle : une femme mutique, qui ne communique avec la cour que par écrit. Son effacement est assez fascinant : elle est comme un fantôme… J’ai aussi demandé les minutes du procès, près de cinq mille pages ! »

 

Le réalisateur revient sur sa rencontre avec Diane Kruger : « Je l’avais rencontrée à Cannes, en 2012, l’année où elle a fait partie du Jury. Elle m’avait abordé, en allemand, pour me dire qu’elle travaillerait volontiers avec moi. Il suffit de regarder attentivement ses films pour voir que c’est une très bonne comédienne, au-delà du cliché de la ‘mannequin devenue actrice’. Je lui ai envoyé le scénario en 2016, elle l’a aimé, je suis venu la voir à Paris et on s’est mis d’accord. La façon dont Diane parle et dont elle joue montre à quel point elle est Allemande. Elle me racontait qu’il lui arrive d’avoir des problèmes de compréhension, en français et en anglais, quand le dialogue est trop familier ou argotique… Dans le script, il y avait certaines expressions allemandes qu’elle ne connaissait pas, mais qu’elle comprenait instinctivement. Tout ce qu’il y avait d’allemand enfoui en elle est ressorti. Diane n’est pas une actrice adepte de la ‘méthode’, et personnellement, je préfère ça. C’est une femme curieuse et très intelligente. Elle possède ces deux qualités qui en font une grande comédienne : aucune peur, et une puissance extrême de concentration. Nous avons tourné le film dans l’ordre chronologique du récit, ce qui est pour moi essentiel, et permet de modifier des scènes selon ce qu’on a déjà tourné. »

 

Pour le rôle de Katja, Diane Kruger s'est beaucoup préparée. Ainsi, Fatih Akin lui avait demandé de venir plusieurs fois à Hambourg et même d’assister au casting, pour rencontrer les autres comédiens qu’il était sur le point de choisir. Elle précise : « Nous avons beaucoup discuté, nous sommes allés dans les bars que Katja est supposée fréquenter. Nous avons arpenté le quartier où elle est censée habiter. Fatih Akin est un cinéaste de Hambourg, c’est sa ville, et il voulait y ancrer le personnage. Par chance, même si la région dont je suis originaire est un peu plus au Sud, je connais bien les habitants de Hambourg : ils sont chaleureux, mais au premier abord réservés et assez mutiques. Et, parce que c’est un port, ce sont des gens qui boivent et qui fument beaucoup… Ce temps de préparation a été très utile : il m’a aidée à rentrer dans le personnage, et aussi à montrer à Fatih Akin que je pouvais avoir cette rudesse, voire cette violence en moi. »

 

Pour que le chagrin du personnage principal incarné par Diane Kruger fasse plus vrai, Fatih Akin a demandé à la comédienne de ne pas utiliser de maquillage. Elle commente : « J’ai accepté cette condition. Et aussi de couper une bonne trentaine de centimètres de cheveux… Dans une précédente version du scénario, Katja donnait même davantage de signes extérieurs de son voyage mental : elle se rasait la tête, par exemple. Mais cela nous a paru trop démonstratif. Pour les acteurs, le maquillage est un masque : il aide à devenir le personnage, mais aussi à se cacher. Ici, c’était hors de question. En fait, toutes les choses auxquelles un acteur peut se raccrocher ont été enlevées. À part les tatouages, que l’on a rajoutés, parce que je n’en ai aucun ! Des tatouages qui vont bien avec l’ambiance de Hambourg… L’idée était de montrer par son look, par sa coiffure, par ses vêtements, d’où vient Katja, quel est son univers proche. Mais, en même temps, c’est une femme d’aujourd’hui, qui a quelque chose d’universel. Ce qu’elle vit peut arriver à n’importe qui… »

 

Sur une éventuelle polémique que ferait le film en Allemagne, le réalisateur répond : « Je pense qu’il dérangera certaines personnes : un cinéaste d’origine turque fait un film où une blonde allemande pourchasse des nazis… Les films de Tarantino ou certains polars coréens qui racontent des histoires de vengeance, nous disent d’emblée : ‘Soyez rassurés, ce n’est pas la réalité, vous pouvez apprécier l’histoire sans réserve…’ Alors que mon film s’inspire de faits réels, et je tenais à ce que l’on croit à ce qui est montré à l’écran. Comme tout le monde, je sens s’opérer un changement dans toute l’Europe, voire dans le monde entier. La mondialisation est un défi, qui effraie beaucoup de gens, une peur, elle-même mondialisée, qui conduit au repli sur soi et au rejet de l’autre. Il se trouve qu’en Allemagne, cette peur est déjà apparue, dans les années 20. On enseigne à l’école à quoi elle a conduit le pays : au Troisième Reich. Savez-vous qu’en Allemagne plusieurs milliers de personnes ont été tuées pour des motifs racistes, par des néo-nazis, depuis la fin de la Seconde Guerre Mondiale ? Les néo-nazis allemands sont rarement traités dans notre cinéma. Bien sûr, on tourne encore d’innombrables films sur la Seconde Guerre Mondiale. Personnellement, je n’en peux plus. Parce que les nazis en Allemagne, c’est aujourd’hui qu’on les trouve. »

 

 

BONUS

 

 

THE LAST FAMILY de Jan P. Matuszynski

 

Avec Andrzej Seweryn, Dawid Ogrodnik et Andrzej Chyra

 

 

Né en 1929, Zdzisław Beksiński, peintre surréaliste polonais connu pour ses inquiétantes œuvres post-apocalyptiques, vit avec sa femme Zofia, catholique convaincue, et leur fils impulsif et suicidaire Tomasz, célèbre animateur radio. Une histoire incroyable mais vraie filmée au plus près par la caméra de l'artiste devenue un membre de la famille à part entière et qui témoigne intimement des changements de la société polonaise dans la deuxième moitié du XXe siècle.

 

Prix de la meilleure interprétation masculine pour Andrzej Seweryn au Festival du Film de Locarno 2016

 

Le réalisateur Jan P. Matuszynski signe avec ce film son premier long-métrage de fiction.

 

« The Last Family » s'intéresse à Zdzisław Beksiński, un peintre, photographe, dessinateur et sculpteur polonais illustre, de tendance surréaliste et fantastique. Son travail n'est pas sans rappeler les affiches de cinéma polonaises où les artistes n'hésitaient pas à exercer une liberté d'expérimentation radicale, au-delà de toutes contraintes commerciales et artistiques. Durant 28 ans, il n'a cessé de filmer sa famille au caméscope. Il est assassiné de 17 coups de couteau en 2005.

 

Si le film s'intéresse au peintre Zdzisław Beksiński, il n'est pas, pour autant, qu'un simple biopic de l'artiste. Jan P. Matuszyński, qui connaissait le travail de Beksiński sans en être fan, a fait le choix de s'intéresser à toute la famille de Beksiński et à leur quotidien après avoir lu le scénario de Robert Bolesto : « J’y ai trouvé ce que je recherchais. Il y avait tellement plus qu’un portrait d’artiste (...). Les membres de cette famille, qui vivaient si proche les uns des autres, disparaissaient les uns après les autres. Une famille bizarre et intrigante. (...) Cette histoire m’a happé, elle était si touchante pour moi que je me suis dit que je pouvais passer trois ans à essayer d’en faire un film. Ce qui me semblait important, en tant que réalisateur, c’est que quelqu’un d’autre soit en charge du scénario. »

 

Le réalisateur Jan P. Matuszyński s'est basé sur les nombreuses archives filmées par Zdzisław Beksiński, ce qui a naturellement imposé au film une esthétique documentaire permettant de rendre flou la limite entre fiction et documentaire. Un processus que connaît bien Matuszyński puisque son précédent film, le documentaire « Deep Love », était tourné comme une fiction : « Personnellement, je ne vois pas de grandes différences entre le documentaire et la fiction, je cherche juste à faire de bons films. (...) C’est sûrement la famille sur laquelle on trouve le plus de documentation au monde. Beksiński a commencé à enregistrer sa famille sur un magnétophone cassette en 1957, un an avant que Tomasz naisse. Il enregistrait quasiment tous les jours et les archives sont impressionnantes ! Comment les penser autrement ? C’est pour ça que je trouvais que l’esthétique documentaire fonctionnait bien. »

 

Afin de reconstituer une vraie famille, le processus du casting a été très long. Le réalisateur explique : « La pré-production a pris plus de dix-huit mois ! Pour le casting, je n’avais pas de noms spécifiques en tête. On y a beaucoup réfléchi et un soir, j’ai eu l’idée d’Andrzej Seweryn. On l’a rencontré et on s’est dit que c’était probablement lui, mais c’était l’histoire d’une famille, donc tant que nous n’avions pas trouvé les acteurs pour les autres rôles, je n’étais pas sûr à 100 %. Cela a pris six mois avant de pouvoir lui confirmer. Puis il y a eu cette scène, au milieu du film, où Tomasz confie à sa mère ses problèmes avec les filles. C’est une re-création exacte d’une conversation qui, dans la vraie vie, a duré presque deux heures. Nous avions retranscrit tous les mots de cette conversation. Je me souviens que Dawid, qui joue Tomasz, m’a appelé un soir et m’a dit que la scène était probablement trop courte dans le film. Deux jours après, j’ai réuni les trois acteurs et Robert, le scénariste, à qui j’avais donné l’intégralité du texte qui faisait dix-huit pages en police toute petite, et on a commencé une lecture de toute la conversation. Après trois ou quatre pages, ils étaient devenus une vraie famille. C’était un moment incroyable et là, j’ai su que c’était bon. Tous les trois sont très différents. Andrzej est un perfectionniste, il a beaucoup tourné, notamment avec Andrzej Wajda, il a fait des choses merveilleuses pour le théâtre à la fois en polonais et en français. C’est quelqu’un de très reconnu ici. Aleksandra Koniecza a beaucoup fait de théâtre mais elle n’était pas très connue en tant qu’actrice de cinéma quand on l’a choisie. Et Dawid Ogrodnik est un des jeunes acteurs les plus en vue en ce moment en Pologne. Il jouait dans ‘Ida’ notamment. C’était tellement évident qu’il serait parfait pour le rôle. Mettre ces trois acteurs ensemble c’était merveilleux, mais aussi dangereux, car on ne savait jamais ce qui allait se passer. C’est ce qui en fait la magie. »

 

 

LA SURFACE DE RÉPARATION de Christophe Regin

 

Avec Franck Gastambide, Alice Isaaz, Moussa Mansaly et Hippolyte Girardot

 

 

Franck vit depuis 10 ans en marge d’un club de foot de province. Sans statut ni salaire, il connait bien les joueurs et les couve autant qu’il les surveille. Un soir il rencontre Salomé, l’ex-maîtresse d’un joueur, qui a jeté son dévolu sur Djibril, une vieille gloire du foot venue finir sa carrière au club.

 

Valois du scénario au Festival du film francophone d’Angoulême 2017

 

Pour son premier long-métrage, Christophe Regin s'attaque à un thème qui lui est cher, celui du milieu sportif. En effet son premier court-métrage « Adieu Molitor », racontait un personnage d’ancien footballeur reconverti en homme à tout faire pour son club. « Le foot est un terreau de fiction extraordinaire, à condition de l’aborder par ses marges et ses personnages périphériques, qui tentent chacun à leur manière d’avoir une part du gâteau. Le film est anti-spectaculaire, à contre-courant de l’image qu’on a de ce milieu. Je ne suis jamais sur le terrain, toujours dans les coulisses. De l’extérieur, le foot fait rêver, mais de l’intérieur, c’est plus complexe et parfois souvent douloureux... », raconte le réalisateur. Pour « La surface de réparation », l’idée d'un personnage qui vit dans l’ombre d’un club de foot lui est venue lorsqu'il avait une vingtaine d’années et jouait dans un club non loin du Parc des Princes, le stade du PSG, dont la majorité de ses coéquipiers étaient supporters. Le metteur scène se rappelle : « L’un d’eux avait eu l’occasion d’entrer au centre de formation de ce club, avant de voir brutalement les portes se refermer devant lui, comme l’immense majorité des candidats. Il m’a fasciné parce qu’il y avait chez lui quelque chose de ‘pas fini’. Lui qui avait grandi au pied du stade était incapable de s’en détacher. Il s’acharnait à en rester un satellite, en devenant un supporter fanatique, mais aussi un vendeur de places à la sauvette ou de maillots récupérés je ne sais comment. »

 

Christophe Regin avait repéré Franck Gastambide dans la mini-série « Kaïra Shopping », qu'il trouvait très drôle et qui faisait écho à ses personnages qui tentent de faire leurs affaires à la marge. Le metteur en scène se souvient : « Pendant l’écriture du scénario, j’essayais de l’imaginer dans le rôle, je suivais ce qu’il faisait au cinéma ou à la télévision. Dans mon milieu, beaucoup de gens ne l’identifient pas, alors qu’auprès du grand public, c’est une star. Il a un truc assez unique dans le paysage audiovisuel français. Il n’est pas fait d’un seul bloc. Il roule un peu des mécaniques, tout en restant très touchant. Il peut être très élégant, le costume lui va à merveille, mais il a gardé un truc un peu ado. »

 

Concernant Alice Isaaz qui joue le role de Salomé, le réalisateur l’avait repéré dans « Elle » de Paul Verhoeven : « On a fait des essais et j’ai été totalement convaincu par la justesse de sa proposition et la maturité de son jeu. Elle parvient à donner au personnage de Salomé une dimension romantique et enfantine, avec pourtant quelque chose de très dur, presque tragique. Elle a une photogénie assez exceptionnelle, elle me fait un peu penser à Sharon Stone jeune. »

 

Christophe Regin a choisi de situer l'action de son film à Nantes parce qu'il tenait à ce que l’action se déroule dans une ville de province ordinaire, avec un cadre plutôt bourgeois. Le cinéaste ne voulait surtout pas une ville avec un passé footballistique trop fort cumulé à une grande identité ouvrière, comme Lens ou Saint-Etienne. Regin explique : « Il fallait que la géographie des lieux soit répétitive, car le quotidien de Franck s’articule toujours autour des mêmes endroits : le centre d’entraînement, le stade, le café des supporters, les entrées de boîte de nuit. Il a une connaissance et une maîtrise parfaites de ces lieux et de leurs faunes, mais il n’en fait jamais tout à fait partie. Il vit dans un appartement qui n’est pas le sien, ‘travaille’ au centre sans y être salarié, il connaît les stadiers mais vend des places à la sauvette… Il n’est ni vraiment dedans, ni vraiment dehors. Il n’y a qu’avec sa vieille voiture, vestige du temps où il était encore un espoir du club, qu’il fait corps. C’est aussi son poste d’observation, d’où il peut surveiller les agissements des uns. »

 

En compagnie du directeur de la photographie Simon Beaufils, Christophe Regin a cherché à dépasser la démesure de cet univers du football en la filmant à hauteur d’homme et en tenant à le magnifier dans le regard du personnage de Franck. « Je tenais à ce que le film soit juste dans sa description du milieu et des sentiments des personnages, sans tomber dans un traitement trop naturaliste. C’est pour ça que l’on a choisi le scope, avec des optiques anciennes, un travail spécifique sur les couleurs et les lumières pour donner à cet univers une dimension presque fantasmatique. Je voulais aussi une image qui ait du grain, du vécu, pour donner corps à la mélancolie de Franck, le tout dans une ambiance hivernale. »

du même programme

à voir aussi

6j