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Le Pitch - Cinéma
Emission du mercredi 3 janvier 2018

diffusé le mer. 03.01.18 à 0h40
émissions culturelles | 5min | tous publics

LE GRAND JEU de Aaron Sorkin

 

Avec Jessica Chastain, Idris Elba, Michael Cera, Chris O’Dowd et Kevin Costner

 

 

 

La prodigieuse histoire vraie d’une jeune femme surdouée devenue la reine d’un gigantesque empire du jeu clandestin à Hollywood ! En 2004, la jeune Molly Bloom débarque à Los Angeles. Simple assistante, elle épaule son patron qui réunit toutes les semaines des joueurs de poker autour de parties clandestines. Virée sans ménagement, elle décide de monter son propre cercle : la mise d’entrée sera de 250 000 $ ! Très vite, les stars hollywoodiennes, les millionnaires et les grands sportifs accourent. Le succès est immédiat et vertigineux. Acculée par les agents du FBI décidés à la faire tomber, menacée par la mafia russe décidée à faire main basse sur son activité, et harcelée par des célébrités inquiètes qu’elle ne les trahisse, Molly Bloom se retrouve prise entre tous les feux…

 

Première réalisation d'Aaron Sorkin, après avoir écrit les scénarios de « Des hommes d'honneur », « Steve Jobs » (version Danny Boyle),  « Le Stratège » ou encore « The Social Network. »

 

Molly Bloom est surtout connue pour son best-seller « Le grand jeu : Les mémoires d'une reine du poker déchue » : il retrace l'itinéraire de Molly, depuis ses années d'études à ses petits boulots à Los Angeles, jusqu'à son statut de chef d'un réseau de salles de poker fréquentées par des stars comme Leonardo DiCaprio, Tobey Maguire, A-Rod et Ben Affleck. Grande skieuse, elle intègre l'équipe nationale de ski américaine à l'âge de 21 ans. Puis, elle étudie à l’Université du Colorado où elle se spécialise en sciences politiques. Alors qu'elle s'apprête à poursuivre ses études en droit, elle décide de s'installer à Los Angeles où, grâce à son esprit d'entrepreneur, elle monte l'un des réseaux de salles de poker les plus prestigieux au monde, dégageant 4 millions de dollars par an.

 

Au départ, Aaron Sorkin avait quelques réticences à l'idée d'adapter le livre de Molly Bloom pour le grand écran. La raison ? L'identité des joueurs qui avaient fréquenté son cercle. Le metteur en scène se rappelle : « Je connais certaines personnes décrites dans le livre et j’ai travaillé avec quelques-unes d’entre elles. Et il y en a d’autres avec qui j’aimerais travailler, il y aussi deux amis à moi. Je refuse de faire un film qui colporte des ragots à leur sujet, ou même au sujet de qui que ce soit d’ailleurs. » Aujourd’hui, Aaron Sorkin est heureux que Molly Bloom n’ait pas été trop déroutée par son attitude lors de leur premier rendez-vous et qu’elle ait continué à lui raconter son histoire. « Un quart d'heure plus tard, je n’avais qu’une envie, c’était d’écrire ce scénario parce que je me suis rendu compte qu’elle payait le prix fort pour occuper cette place qui ne me coûtait rien ».

 

Si le moteur de l’intrigue est le poker, c’est la force de caractère de Molly Bloom qui nous touche, tout comme sa personnalité et sa capacité à déjouer le système en restant fidèle à elle-même. « J’y vois une histoire émouvante comme celles que j’aime raconter, avec une vision idéaliste de la différence entre le bien et le mal. Son itinéraire personnel, sa relation déterminante avec son avocat et son refus de livrer le nom de ses anciens clients constituent les grands enjeux de l'intrigue. Elle avait entre les mains le ticket gagnant. Elle aurait pu devenir riche et célèbre en disant simplement la vérité, mais elle a refusé de le faire. C’est une attitude que j’admire énormément, et c’est ce que reflète le film » rapporte Sorkin.

 

Il n’a pas été difficile de trouver une actrice d’exception pour jouer le rôle de Molly. « Je dois dire que toutes les plus grandes comédiennes d’Hollywood voulaient le rôle. Et je suis convaincu qu’elles auraient toutes été formidables. Mais dès le début je voulais Jessica » se souvient Aaron Sorkin.

 

Il remarque que tout comme Molly, Jessica possède « un humour fin et sarcastique. Elle dégage aussi une certaine force de caractère sans avoir besoin de se montrer agressive. Souvent, quand on ressent le besoin de surjouer l’agressivité, c’est parce qu’on manque de tempérament, alors que Jessica, elle, a naturellement un caractère bien trempé ». Jessica Chastain raconte que c’est surtout le nom d’Aaron Sorkin qui l'a motivée : « C’est l’un des plus grands scénaristes du cinéma américain, si ce n’est LE plus grand », déclare-t-elle avant d’ajouter : « J’adore le sens de l’humour de Molly, son intelligence, cette histoire d’outsider qui triomphe — celle d’une femme qui prend le pouvoir dans un milieu exclusivement masculin. Et la vraie Molly Bloom est formidable ».

 

Sorkin avait aussi une idée très précise de l’acteur qui devait incarner Charlie Jaffey. « Idris est un comédien fantastique. Il est vrai que, lorsqu'on doit jouer un personnage intelligent, drôle et fort, c’est déjà un grand plus si ce sont des qualités qu'on possède et qu'on n'a pas à les singer. Il a aussi un vrai don pour rester parfaitement impassible quand Molly s'exprime : impossible de deviner ce qu’il a derrière la tête lorsqu’elle finit de parler ». Idris Elba a visiblement beaucoup apprécié de jouer le rôle d’un avocat qui ne prend pas ce que lui racontent ses clients pour argent comptant. « Charlie est un avocat extrêmement talentueux, assez sophistiqué, et à qui on ne la fait pas. Mais je crois qu’il est très intrigué par Molly, parce qu’elle se révèle beaucoup plus complexe qu’elle ne le laisse entendre lors de leur première rencontre. Il croit l’avoir cernée dès qu’elle passe le pas de la porte, mais son intelligence acérée et sa forte personnalité lui posent un réel défi, et je pense que c’est ce qui l’attire chez elle ».

 

 

LES HEURES SOMBRES de Joe Wright

 

Avec Gary Oldman, Stephen Dillane, Lily James, Samuel West et Kristin Scott Thomas

 

 

Homme politique brillant et plein d’esprit, Winston Churchill est un des piliers du Parlement du Royaume-Uni, mais à 65 ans déjà, il est un candidat improbable au poste de Premier Ministre. Il y est cependant nommé d’urgence le 10 mai 1940, après la démission de Neville Chamberlain, et dans un contexte européen dramatique marqué par les défaites successives des Alliés face aux troupes nazies et par l’armée britannique dans l’incapacité d’être évacuée de Dunkerque. Alors que plane la menace d’une invasion du Royaume-Uni par Hitler et que 200 000 soldats britanniques sont piégés à Dunkerque, Churchill découvre que son propre parti complote contre lui et que même son roi, George VI, se montre fort sceptique quant à son aptitude à assurer la lourde tâche qui lui incombe. Churchill doit prendre une décision fatidique : négocier un traité de paix avec l’Allemagne nazie et épargner à ce terrible prix le peuple britannique ou mobiliser le pays et se battre envers et contre tout. 


Avec le soutien de Clémentine, celle qu’il a épousée 31 ans auparavant, il se tourne vers le peuple britannique pour trouver la force de tenir et de se battre pour défendre les idéaux de son pays, sa liberté et son indépendance. Avec le pouvoir des mots comme ultime recours, et avec l’aide de son infatigable secrétaire, Winston Churchill doit composer et prononcer les discours qui rallieront son pays. Traversant, comme l’Europe entière, ses heures les plus sombres, il est en marche pour changer à jamais le cours de l’Histoire.

 

« Les Heures sombres » suit Winston Churchill pendant un mois alors qu'il est nommé Premier Ministre le 10 mai 1940, jour où l'Allemagne envahit la Belgique, le Luxembourg et les Pays-Bas. Le 17 mai, les forces allemandes percent le front français et le 20 mai, Churchill initie les préparatifs pour l'opération Dynamo. Le 24 mai a lieu la bataille de Dunkerque suivie du 26 mai au 4 juin par l'évacuation de Dunkerque.

 

L'opération Dynamo est le nom de code donné à l'évacuation de l'armée britannique de Dunkerque effectuée du 26 mai au 4 juin 1940. Une flotte hétéroclite composée d'environ 700 bateaux issus de la marine marchande, des flottes de pêche et de plaisance mais aussi des canots de la Royal National Lifeboat Institution a aidé à évacuer les soldats alliés des plages et du port de Dunkerque qui sauva la vie à plus de 300 000 soldats français et britanniques.

 

Ce n'est pas la première fois que Gary Oldman se glisse dans la peau d'un personnage ayant réellement existé : on a pu le voir en Sid Vicious (Sid & Nancy), Beethoven (Ludwig van B.) ou Lee Harvey Oswald (JFK). Pourtant, l'acteur n'a pas tout de suite accepté le rôle qui lui avait déjà été proposé par le passé : « Ce n’était pas l’angle psychologique ou intellectuel qui me freinait, mais la performance physique. Je n’ai pas à vous expliquer : regardez-le et regardez-moi… Pourtant, à mesure que l’équipe se constituait, j’avais de plus en plus envie de dire oui ». Le comédien a finalement accepté quand il a su qu'il collaborerait avec le spécialiste des prothèses Kazuhiro Tsuji. « C’est le Picasso des maquillages spéciaux » selon Gary Oldman.

 

Gary Oldman a préparé longuement son rôle : il a tout d'abord travaillé sa voix en s'enregistrant puis s'est penché sur l'énorme documentation consacrée à l'homme politique. Avec l'aide du docteur Larry P. Arnn, historien et biographe de Churchill, Oldman a lu les écrits essentiels parmi le millier d'ouvrages existants sur Churchill.
Joe Wright a consacré à ses acteurs deux semaines entières de répétition, Gary Oldman ayant même eu droit à 10 semaines. Le réalisateur a fait venir des chercheurs et des historiens pour discuter avec les acteurs et a organisé des sorties et des visites en invitant la famille de Churchill à y participer.

 

Il a fallu 6 mois de travail, d’essais, de modelage, d’applications, d’ajustements et de tâtonnements pour parvenir au juste équilibre de la transformation physique. Kazuhiro Tsuji a réalisé des moulages du corps et de la tête de l'acteur et a testé 5 types de maquillages différents. Il sculpta dans de l'argile la silhouette de Churchill et en réalisa un moulage. Il en tira une réplique positive en silicone qui fut appliquée sur Gary Oldman. Il ne manquait plus que le maquillage et la coiffure pour achever la transformation de l'acteur.

 

Afin de rendre la silicone appliquée sur le visage de Gary Oldman plus souple et lui donner la texture de la peau, une substance spéciale a été ajoutée pour qu’elle réagisse aux mouvements faciaux. Cependant, son front et ses lèvres ne furent pas recouverts après avoir constaté que la silicone placée à ces endroits entraverait son jeu. 


L'acteur devait enfiler une combinaison en mousse très légère qui le grossissait. Lors du tournage, l'application des prothèses, postiches et maquillage, nécessitait 3h30. Gary Oldman arrivait au studio à 3h du matin et se préparait jusqu'à 7h (une demi-heure supplémentaire était requise pour l'habillage). Au final, il portait la moitié de son poids en prothèses. L'acteur avait pris l'initiative de se raser les cheveux pour faciliter l'application de la perruque qui était particulièrement délicate. Quant au teint rougeâtre de l'homme politique, il était reproduit avec une précision chirurgicale par un délicat enchevêtrement de veines minuscules. Chaque grain de beauté était ajouté, puis David Malinowski (superviseur maquillage et prothèses) utilisait des pinceaux très fins pour tracer la multitude de petites veines. Le maquillage était ajusté en fonction de l’heure du jour ou de la nuit, et de l’état de fatigue physique du personnage, jusqu’à faire apparaître les rougeurs du rasage.

 

Le cigare, la montre, la bague, les lunettes et les chapeaux sont des attributs caractéristiques de Winston Churchill. La production est remontée directement à la source pour les chapeaux de l'ancien Premier Ministre en s'adressant à Lock & Co. Hatters, la boutique de chapeaux la plus ancienne au monde, qui fabriquait exclusivement les couvre-chefs de Churchill. De même pour les costumes, l’équipe s’est adressée à son tailleur historique Henry Poole & Co. à Londres. Les cigares sont des Siglo de la marque cubanodominicaine Cohìba et la montre à gousset a été fabriquée par l’entreprise Breguet. Seules les chaussures font exception, le bottier historique de Churchill n’étant plus en activité.

 

Comme on peut souvent l’entendre dire, derrière tout grand homme se cache une femme plus grande encore. Et la femme la plus importante dans la vie de Winston Churchill, comme durant les quatre semaines intenses sur lesquelles le film se concentre, était celle qu’il avait épousée 31 ans auparavant : Clementine, surnommée Clemmie. Il l’a lui-même dit : « mon plus brillant exploit a été de convaincre ma femme de m’épouser ». À la fois sa conscience, sa confidente et sa critique, Clemmie était la personne à qui il faisait le plus confiance. Pour le réalisateur, « Clemmie était son associée aussi politique que domestique. Elle était plus libérale que lui et plaidait souvent dans cette direction. Il l’écoutait parfois, pas toujours, mais elle faisait partie intégrante de son processus de décision ». Le rôle de Clemmie faisait appel à une actrice à même de représenter classe, distinction, intelligence et vivacité d’esprit. « Qui d’autre de mieux que Kristin Scott Thomas ? » se félicite le producteur Eric Fellner. Comme Gary Oldman, Kristin Scott Thomas fut largement intimidée par la somme de documentation sur les Churchill : « j’ai reçu de la production un carton entier de livres, et chacun d’eux était un pavé. Mais je m’y suis plongée et c’était fascinant ».

 

L'intérieur de la base de Winston Churchill, qui se trouvait au 10 Downing Street, a été reconstituée dans une maison georgienne délabrée dans le Yorkshire. Le département artistique n’avait pas pour mot d’ordre de reproduire le 10 Downing Street à l’identique, en partie parce qu’il existe peu de documentation sur ce à quoi l’endroit ressemblait à l’époque. 
Pour Buckingham Palace, la production utilisa Wentworth Woodhouse, une imposante demeure néoclassique qui détient le titre de plus grande résidence privée du Royaume-Uni. 
Mais les deux décors les plus importants du film sont celui de la Chambre des communes et celui du cabinet de guerre. Ce dernier a été reproduit au plus près dans les légendaires studios Ealing (les plus anciens au monde) après des mois de recherche et de conception en étudiant le vrai cabinet de guerre qui a été conservé comme pièce de musée. Il était impossible d'y tourner mais l'équipe a pu prendre des mesures et des photos. Quant à Gary Oldman, il a été autorisé à s’asseoir dans le siège de Churchill. Le souci du détail était tel que le conseiller historique Phil Reed, conservateur du cabinet de guerre de Churchill pendant 23 ans, a donné sa bénédiction à la reproduction réalisée.
Concernant la Chambre des Communes, la reconstitution fut réalisée aux studios Warner Bros., à Leavesden, au sud-est de l’Angleterre. Il fut question de tourner dans la vraie Chambre des Communes mais celle-ci fut bombardée en septembre 1940 puis reconstruite et n'était donc plus conforme à l'originale de l'époque.

 

Si l'équipe a dû reconstituer de nombreux décors, elle a aussi eu l'occasion de tourner dans des décors réels, notamment au St Stephen's Hall, où se déroulaient les séances des membres du Parlement. Il en est de même pour la résidence et le lieu de travail de Winston Churchill. Si l’intérieur du 10 Downing Street a été reconstitué, la production a obtenu l’autorisation de tourner à l’extérieur de la célèbre adresse après de longues négociations.

 

 

BONUS

 

 

CŒURS PURS de Roberto De Paolis

 

Avec Selene Caramazza et Simone Liberati

 

 

Agnese, 17 ans, vit seule avec une mère pieuse, qui lui demande de faire voeu de chasteté jusqu’au mariage. Stefano, 25 ans, issu d’un milieu marginalisé par la crise, est vigile dans un parking situé face à un campement de Roms. Quand ces deux-là se rencontrent, c’est une parenthèse qui s’ouvre, dans laquelle ils oublient les tensions de leur vie quotidienne. Mais les idéaux d’Agnese et la violence du monde de Stefano permettront-ils à cette passion naissante d’exister ?

 

Premier long métrage de Roberto De Paolis.

 

Le réalisateur revient sur la genèse de « Coeurs purs » : « Pour écrire le film, j’ai d’abord choisi d’examiner la périphérie urbaine : les centres sociaux, les camps de Roms, mais aussi les églises dans lesquelles j’ai observé ce qu’était la réalité de la communauté chrétienne aujourd’hui. L’écriture du scénario est rapidement devenue une expérience de vie et les rendez-vous organisés se sont transformés en séjours avec des gens qui sont, par la suite, devenus les protagonistes du film. Pour comprendre vraiment ces personnes, pour mieux écrire sur eux, j‘ai voulu me laisser contaminer, essayer de vivre leur vie, sans les juger ».

 

Pour le tournage, Roberto De Paolis a utilisé les techniques d’improvisation, aussi bien pour les comédiens que pour le cadreur. Il a également choisi de ne pas utiliser d'éclairage artificiel et ne pas limiter le cadrage afin de ne pas contraindre les acteurs à évoluer dans des espaces trop confinés. « Le travail à la caméra a été improvisé de façon à ce qu’elle ‘ressente’ plutôt qu’elle suive des parcours prédéfinis. Les deux comédiens étaient libres de modifier leur texte, de bouger comme ils le souhaitaient et d’enrichir les scènes de réactions spontanées qui leur étaient propres. Paradoxalement, cette incertitude sur ce qui était en train de se passer sous nos yeux a contribué à entretenir une atmosphère vivante et une attention particulière sur le plateau : cet état d’alerte nous poussait à réagir, à nous plonger dans l’action, comme dans la vie. Nous avons donc choisi d‘opter au tournage pour cette approche quasi documentaire afin de rester fidèles à ce que nous avions perçu lors de la préparation sur le terrain. »

 

Le cinéaste confie que c’est au montage que le film s’est révélé un récit sur « la peur de l’autre », et en même temps, de façon assez contradictoire, sur le désir qu’on ressent pour l’autre et sur le besoin d’échapper à sa propre identité. « La structure sociale de ces banlieues, un environnement habité dans le film par les peurs et les sentiments des deux protagonistes, a éclairé nos réflexions sur les limites de notre condition humaine, et nous a amenés à nous y confronter. »

 

Agnese, le personnage interprété par Selene Caramazza, est complètement immergée dans la foi chrétienne. Alors que le cinéma a tendance à porter des jugements dans sa représentation de l’Eglise, le but de Roberto De Paolis était au contraire d’essayer de vivre en communion avec elle. « J’ai eu la chance d’être capable de m’y oublier de façon irrationnelle, de ressentir la foi, et ma fascination pour ce monde m’a inspiré un désir : faire le portrait d’une Eglise ouverte, contemporaine, lumineuse, à travers la figure du prêtre philosophe, qui est plus en phase avec la sagesse de Jésus qu’avec les doctrines du clergé. »

 

Au coeur du film se pose la question de la virginité. Elle est perçue comme la fin des illusions de l’enfance sur la pureté et la perfection : la virginité du corps, d’un territoire qu’on voudrait maintenir dans un état de pureté, sans risquer le mélange avec le monde extérieur. Le parking où Stefano travaille comme gardien et le corps d’Agnese sont, symboliquement, une même chose : un corps menacé d’être contaminé par la différence, par le réel – par l’autre. « Les ‘coeurs purs’ du film, Stefano et Agnese, sont aussi des coeurs pleins de détermination, peu enclins au mystère ni disposés à devenir autre chose que ce qu’ils sont. Ce sont des coeurs ‘parfaits’, enfermés dans des cages de verre. Le besoin de sortir de leurs cages, de se salir, d’échapper à eux-mêmes, les amène à converger l’un vers l’autre. Pour s’aimer l’un l’autre, pour se confronter à eux–mêmes aussi, ils doivent accepter de corrompre leur idée de pureté », analyse Roberto De Paolis.

 

 

L’ ÉCHAPPÉE BELLE de Paolo Virzì

 

Avec Helen Mirren et Donald Sutherland

 

 

 

Les années ont passé, mais l'amour qui unit Ella et John Spencer est resté intact. Un matin, déterminés à échapper à l'hospitalisation qui les guette, ils prennent la route à bord de leur vieux camping-car et mettent le cap sur Key West. Ils découvrent alors une Amérique qu'ils ne reconnaissent plus… et se remémorent des souvenirs communs, mêlés de passion et d’émotions.

 

« L’échappée belle » est adaptée du court roman de Michael Zadoorian. Le film retrace la dernière aventure, à la fois irrationnelle et fantasque, d’un vieux couple, bien décidé à échapper à l’hospitalisation qui l’aurait séparé pour toujours. « J’ai la fâcheuse habitude de m’attaquer à des sujets tristes et déprimants et à tenter d’en faire des récits d’aventures palpitantes. Le secret consiste à constamment allier l’humour au tragique. Une chose est sûre : ‘L’échappée belle’ est un pur mélange des deux » indique le réalisateur.

 

« J’ai eu un peu peur au départ quand j’ai compris que le film parlait de vieillesse mais j’ai vu ce qu’a fait Paolo Virzì et notamment ‘Les opportunistes’ et je me suis dit qu’il avait un regard merveilleux, humain, drôle et simple sur des situations extrêmement complexes et réalistes. Le cinéma de Paolo se caractérise par une forme de naturalisme et par des personnages dont le comportement est parfois puéril ou héroïque, mais il ne verse jamais dans le mélodrame. J’ai adoré son style. » raconte Helen Mirren. Donald Sutherland confirme : « Paolo est brillant dans le sens le plus subtil du terme. Sa sensibilité, et sa connaissance de la condition humaine, sont une vraie révélation. » L’acteur évoque ce qui l’a convaincu d’accepter le rôle de John : « Après avoir lu une vingtaine de pages du scénario, le personnage de John a surgi et s’est mis à engager la discussion avec moi. C’était une conversation merveilleuse. Il était d’une grande rigueur et d’une incroyable précision. Et le scénario lui plaisait ». dit-il

 

Le roman de Michael Zadoorian évoque un périple à travers l’Ouest américain, empruntant la mythique Route 66 pour atteindre Disneyland. Mais, comme l’indique Virzì, « J’ai eu le sentiment que tourner dans les décors majestueux du désert de l’Arizona ou de Monument Valley – qu’on a vus dans de nombreux films mythiques – risquait de me faire tomber dans le cliché. Nous avons retenu des sites moins éblouissants qui n’étaient pas exempts de banalité. Visuellement, on recherchait une atmosphère feutrée, délicate et mélancolique qui caractérise notre récit. Contrairement à ce que Zadoorian réussit si bien à faire dans son roman, j’étais convaincu que je ne pouvais pas me permettre de faire preuve d’ironie concernant les aspects les plus vulgaires des États-Unis dont l’incarnation suprême est Disneyland. J’aurais alors couru le risque, en tant qu’étranger, de faire une satire superficielle. En outre, en modifiant le profil socioculturel des deux protagonistes, on a essayé de faire en sorte qu’ils soient, en quelque sorte, plus proches de nous et de susciter autant d’empathie que possible à leur sujet. Lui est verbeux et bougon, obsédé par les romans qu’il a étudiés et enseignés à ses étudiants toute sa vie. Elle, de son côté, est plus insouciante et constamment de bonne humeur, et elle dégage quelque chose de frivole. Ils ont bâti toute une vie ensemble à partir de leur relation passionnelle et ils ont eu deux enfants. La vieille Route 1, sur la côte Est du pays, a été moins exploitée au cinéma et a une importance fondamentale pour notre histoire puisqu’elle s’achève à Key West, devant la maison d’Hemingway, auteur auquel le professeur Spencer semble s’identifier. »

 

Le cinéaste revient sur l’environnement typiquement américain du film, entre ses terrains de camping, ses restaurants populaires, ses parcs d’attraction et ses paysages s’étendant à l’infini : « Je n’avais pas l’intention de me transformer en réalisateur américain ou d’imiter le cinéma américain. J’ai cherché à faire mon propre film, ancré dans un contexte américain, et j’ai non seulement réuni la plupart des chefs de poste, mais j’ai aussi imposé notre point de vue italien sur la mise en scène. Ce n’est pas toujours facile d’expliquer en quoi cela consiste. Je dirais tout d’abord qu’on n’hésite pas à affronter la vérité en face et qu’on fait preuve d’une certaine audace dans notre regard sur la nature humaine : on n’a pas peur d’explorer le côté absurde de la vie – et c’est à la fois exaltant et effrayant – et c’est cette dualité que je cherche à exprimer dans mes films. » confie-t-il.

 

Toute l’équipe de tournage aimait sincèrement les personnages de John et Ella – ce vieux couple malade, mais toujours intrépide, qui décide de se lancer dans une folle expédition sur les routes américaines. Helen Mirren conclut : « Cette ultime phase de la vie d’un couple qui s’aime est incomparable. On se connaît tellement bien, on connaît tellement bien les défauts de l’autre, mais aussi ses forces, que l’on est conscient qu’il y a des aspects de lui qu’on ne connaît pas. C’est comme ça qu’on prend conscience qu’en réalité on connaît très peu l’autre. Il s’agit d’un couple qui est passé par toutes ces phases et qui est encore en train de se découvrir. Ces deux-là forment un couple comme les autres. Il suffit de regarder autour de soi pour apercevoir un million de ces gens ordinaires. L’Amérique est un immense pays peuplé de nombreuses familles qui n’ont rien de particulier. Elles ne deviennent hors du commun que lorsqu’on se focalise sur elles et qu’on les observe. »

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