Le pitcho

inscrivez-vous pour visionner cette vidéo et profiter de l'expérience france.tv

s'inscrire / se connecter

disponible +30 jours

Le Pitch - Cinéma
Le Pitch Cinéma du 24 octobre 2017

diffusé le mar. 24.10.17 à 23h20
émissions culturelles | 5min | tous publics

 

 

AU REVOIR LÀ-HAUT de Albert Dupontel

 

Avec Nahuel Perez Biscayart, Albert Dupontel, Laurent Lafitte, Niels Arestrup, Emilie Dequenne, Mélanie Thierry et Héloïse Balster

 

En salles, le 25 Octobre

 

 

 

 

Novembre 1919. Deux rescapés des tranchées, l'un dessinateur de génie, l'autre modeste comptable, décident de monter une arnaque aux monuments aux morts. Dans la France des années folles, l'entreprise va se révéler aussi dangereuse que spectaculaire.

 

 

« Au revoir là-haut » est l'adaptation du roman homonyme de Pierre Lemaitre, récompensé par le Prix Goncourt en 2013.

 

 

Albert Dupontel explique la genèse du projet : « extrêmement inspirant. J’y ai vu un pamphlet élégamment déguisé contre l’époque actuelle. Tous les personnages me paraissaient d’une modernité confondante. Une petite minorité, cupide et avide, domine le monde, les multinationales actuelles sont remplies de Pradelle et de Marcel Péricourt, sans foi ni loi, qui font souffrir les innombrables Maillard qui, eux aussi, persévèrent à survivre à travers les siècles. Le récit contenait également une histoire universelle, dans le rapport d’un père plein de remords, à un fils délaissé et incompris. Et enfin, l’intrigue de l’arnaque aux monuments aux morts créait un fil rouge donnant rythme et suspens au récit. Tous ces éléments ont fait que pour la première fois pour moi une adaptation me paraissait faisable et judicieuse. De surcroit, le livre de Pierre Lemaitre est un véritable mode d’emploi pour un scénario tant son écriture est visuelle et ses personnages parfaitement définis psychologiquement, le tout dans une narration aux rebondissements continus. »

 

 

Albert Dupontel a révélé que la version du scénario qui a été utilisée pour le tournage a été la 13ème ! La version zéro a été écrite en trois semaines - le cinéaste a ensuite eu deux rendez-vous avec l'auteur Pierre Lemaitre, notamment pour discuter du dénouement de l'histoire. Dupontel a en effet changé la fin par rapport au livre, le tout avec l'aval de l'écrivain.

 

 

Le réalisateur a souhaité aller à l'essentiel en adaptant le livre de Pierre Lemaitre. Il a notamment placé l'intrigue de l'arnaque très tôt dans le film alors que celle-ci intervient dans le dernier tiers du livre : « Le spectateur est beaucoup plus paresseux que le lecteur. Pour garder rythme et attention, j’ai relié tous les personnages entre eux, encore plus que dans le livre afin que tout renvoie à tout. Par exemple, c’est Edouard qui met Merlin sur la piste de Pradelle pour se venger de celui-ci. Cette transition n’existe pas dans le livre. Et pour finir, j’avais très envie de la rencontre Péricourt père – fils et de ce dialogue sur la terrasse du Lutetia, ainsi que d’un règlement de compte Maillard – Pradelle. Là aussi, je pense que le spectateur en a besoin mais pas forcément le lecteur », explique le metteur en scène.

 

 

Pierre Lemaitre revient sur l’adaptation de son roman au cinéma : « L’adaptation n’a d’intérêt que si le film propose une plus-value par rapport au roman. Et pour cela il est inévitable de changer des éléments, d’en enlever, d’en ajouter. Ce doit être la même histoire mais racontée autrement et par quelqu’un d’autre ! J’ai trouvé que les solutions narratives proposées par Albert sont toujours bien vues. C’est pourquoi je trouve que ce film est un excellent exemple d’adaptation parfaitement réussie (..) Je suis allé de surprise en surprise pendant tout le visionnage : les scènes ajoutées, les épisodes disparus, les lieux que je n’avais pas imaginés ainsi, les époques que je n’avais pas écrites... C’était un feu d’artifice de surprises, j’étais le plus heureux des romanciers. »

 

 

Albert Dupontel explique son choix de casting. Il a découvert le comédien Nahuel Perez Biscayart, révélé depuis dans « 120 battements par minute », lors d'un casting en juillet 2015 : « Dès le premier contact, j’ai senti qu’il y avait là un Edouard Péricourt. Son regard, sa façon de bouger, sa mine impertinente et ironique, tous les indices étaient là. J’ai été bluffé par sa maturité, la constance de son travail, son absolue rigueur sur le plateau. Il a fini par condenser tout son personnage dans son regard. Je n’avais plus qu’à le filmer », confie le réalisateur.

 

 

Concernant Laurent Lafitte pour Pradelle : « De façon idéale, je cherchais un Vittorio Gassman français, mélangeant humour, tragique et noirceur. Laurent me paraissait idéal. Au-delà de ses grandes qualités d’acteur, son Pradelle est réussi car j’ai eu le sentiment qu’il jubilait dans son personnage. En fait, sa force d’acteur est de ne pas juger moralement ses personnages. Cela lui donne une grande liberté de jeu. »

 

 

Pour ce qui est de Niels Arestrup en Marcel Péricourt « C’était une évidence. J’ai toujours eu le sentiment que derrière ce personnage sobre, austère et strict se cachait un monstre de sensibilité. Ce fut un régal de le voir « s’éclore » lors de la scène de la terrasse. On avait répété les autres scènes par acquis de conscience. La scène finale devant rester sa propriété, on ne l’a jamais répétée. Et j’ai été ébloui par sa performance. »

 

 

Au départ, c'est Bouli Lanners qui devait interpréter le rôle d'Albert Maillard avant que Dupontel ne l’endosse lui-même : « Sur ce film, il n’était pas du tout prévu que je joue le rôle d’Albert Maillard. Un de mes acteurs favoris, pressentis depuis presque un an, devait endosser le rôle. Mais à quelques mois du tournage, en surmenage, il m’a avoué ne pas pouvoir participer à l’aventure. Je me suis lancé dans un casting frénétique mais beaucoup d’acteurs pressentis étaient déjà pris. Quant aux autres, j’ai croisé beaucoup de grands talents et pas vraiment ce que je cherchais. Je me suis donc résolu par nécessité plus que par désir à interpréter ce rôle. Le surcroît de fatigue a été réel mais me calant sur le jeu et l’écoute des autres acteurs du film, petit à petit, Albert Maillard a fini par naître. » analyse le réalisateur.

 

 

Certains plans ont été très difficiles à tourner comme l’explique Cédric Fayolle, créateur des effets spéciaux : « La séquence de la démobilisation à la gare de triage était un gros chantier. Tous les trains sont ajoutés en numérique ainsi qu’un bon nombre de figurants. La difficulté résidait dans le fait qu’il y avait une chronologie de déplacement des trains, qu’il fallait adapter à chaque changement de montage pour en profiter au maximum. Même en numérique, gérer quatre locomotives, 25 wagons et 5000 figurants était un vrai challenge. Le plan du générique début a été toute une aventure. Ce chien qui traverse le champ de bataille pour finir par apporter la missive d’armistice imminente dans les mains de son maître était d’une complexité rare. Tourné en deux parties, la première au drone jusqu’à l’entrée dans la tranchée et ensuite un trucage permet de passer à l’autre caméra et de suivre le chien dans les tranchées comme dans un plan séquence. Cette partie au drone a nécessité un grand travail des dresseurs en amont. Lors du tournage il fallait synchroniser la course du chien, le mouvement de caméra pour découvrir aussi le champ de bataille et surtout finir à un point très précis au-dessus de la tôle avec le chien qui passe dessous. Tous les essais avaient été infructueux les jours précédents. Nous avons même envisagé de changer d’idée. Mais le jour du tournage, la troisième prise a été parfaite. Nous n’en revenions pas ! ».

 

 

Les masques tiennent une place importante dans « Au revoir là-haut » : « Avec Cécile Kretschmar, presque co-auteur du personnage d’Edouard, du fait de la suggestion et de la création des masques, souvent différents des descriptions des masques du livre. L’idée était de suivre la psychologie d’Edouard tout au long du récit et d’en trouver l’expression : tristesse, ironie, délire, abstraction… En se référant aux années évoquées dans l’histoire, on n’avait que l’embarras du choix tant la création artistique du début du XXème siècle était en pleine mutation. Du cubisme au surréalisme, la prolixité de ces artistes nous proposait un véritable coffre à jouets dans lequel Cécile est allée piocher. 
Du premier masque (bleu type vénitien) qui permet à Edouard de reprendre une forme humaine au masque ironique, professeur des Beaux-Arts (qui louche langue pendante) qui évoque son dédain du dessin académique, à celui de Fantômas, véritable icône des feuilletons de l’époque, on a décliné tous les états intérieurs en leur donnant un visage humain. J’ai une faiblesse pour le visage de femme dit abstrait (variante d’un portrait à la Picasso) », déclare Albert Dupontel.

 

 

 

LOGAN LUCKY de Steven Soderbergh

 

Avec Channing Tatum, Adam Driver, Daniel Craig et Riley Keough

 

En salles, le 25 Octobre

 

 

 

 

Deux frères pas très futés décident de monter le casse du siècle : empocher les recettes de la plus grosse course automobile de l’année. Pour réussir, ils ont besoin du meilleur braqueur de coffre-fort du pays : Joe Bang. Le problème, c’est qu’il est en prison…

 

 

Le scénario de « Logan Lucky » a été donné à Steven Soderbergh par sa femme, Jules Asner. Il était écrit par une amie du couple, Rebecca Blunt, qui espérait juste un avis. Le cinéaste se souvient : « Elle voulait que je lui conseille un réalisateur à qui proposer ce qu’elle avait écrit. J’ai vraiment aimé ce que j’ai lu et, au fil des jours, je me suis dit qu’en fait, je n’avais pas envie que qui que ce soit d’autre réalise ce film, parce que je voyais très précisément ce que je pourrais en faire. C’est une sorte de frère de « Ocean’s Eleven », mais un frère inversé, car dans « Logan Lucky » les héros n’ont pas d’argent et aucune technologie. Ils vivent dans des conditions économiques très difficiles, et quelques sacs poubelle remplis de billets suffiraient à transformer leur vie. J’aimais aussi le fait que, lorsque le film commence, ce ne sont pas des délinquants. Contrairement à la bande de « Ocean », Jimmy Logan et les autres doivent apprendre le boulot, et je trouvais ça marrant. Donc, l’histoire m’a paru à la fois proche et suffisamment différente pour me donner envie. »

 

 

La scénariste Rebecca Blunt a révélé que l'anti-héros Jimmy Logan a été inspiré par la vie de Channing Tatum : « J’ai imaginé Jimmy Logan comme une version alternative de Channing. Channing vient d’une petite ville du Sud. Il a gagné une bourse pour devenir footballeur professionnel en Floride, mais il s’est abîmé le genou juste avant le début de la saison, et c’est ainsi qu’il est devenu strip teaser. Donc, je me suis dit : « Et si, au lieu de faire du strip-tease, Channing était rentré chez lui ? » Je l’ai croisé un soir, au bowling, avec son associé Reid, je leur ai pitché l’idée d’un casse fait par des péquenauds, et Channing a tout de suite dit : « J’adore ! », confie Blunt.

 

 

Pour Steven Soderbergh, le choix de Channing Tatum était une évidence : « Il a ce côté Monsieur Tout Le Monde, qui est très authentique. Il a l’air d’un type avec lequel ça doit être sympa de traîner, mais aussi d’un type sur lequel on peut compter en cas de coup dur », analyse le cinéaste.
« Steven m’avait parlé du scénario à l’époque de « Magic Mike XXL’ », et ça m’avait enchanté, cette bande de loosers qui s’attaquent à une organisation aussi puissante que le Nascar. Et de toute façon, l’idée de retravailler avec Steven était irrésistible. C’est un homme que j’adore, en plus, c’est un maître de la mise en scène. » déclare l'acteur.

 

 

Pour incarner le frère de Jimmy, Clyde, de nombreux acteurs ont fait savoir qu’ils étaient disponibles, mais Steven Soderbergh avait déjà un nom en tête : « Comme tout le monde, j’ai découvert Adam Driver en regardant la série « Girls ». J’ai regardé tout ce qu’il a fait depuis, et j’ai trouvé qu’il était vraiment excellent dans tout », confie le metteur en scène. Adam Driver voit Clyde Logan comme « le penseur de la famille. Il est lent, il ne prend une décision qu’après avoir examiné une situation sous toutes les coutures. Il idolâtre son frère Jimmy depuis toujours mais il se voit comme le gardien de sa famille. » Sa façon très particulière de parler est une des caractéristiques du personnage : « J’ai beaucoup travaillé pour avoir cet accent si spécifique de la Virginie Occidentale. J’ai également appris à préparer un martini avec l’aide d’un seul bras », explique le comédien.

 

 

Steven Soderbergh avait rencontré Daniel Craig en 2005, lorsqu’il produisait « The Jacket », le film de John Maybury « On s’est souvent croisés depuis. Alors je lui ai envoyé le scénario en lui disant : « Y’a un petit rôle qui pourrait t’amuser ? ». Le lendemain matin, par mail, il m’a donné son accord. Je pensais bien que ça lui plairait. C’est le meilleur rôle du film. Il a les dialogues les plus croustillants », confie le cinéaste.
Une vision du rôle que Daniel Craig partage : « Joe Bang a été un énorme plaisir à jouer : le film ne reposait pas sur mes épaules, donc je pouvais me laisser aller et m’en donner à cœur joie avec le personnage. Dès que j’ai lu le scénario, j’ai cherché une façon de parler qui puisse correspondre à ce Joe Bang. Ensuite, sans demander l’avis de personne, je me suis teint les cheveux. Quand j’ai débarqué au bureau de production, la réaction a été unanime : « Ah ben, toi qui voulais disparaître derrière le personnage, rassure-toi, c’est fait ! »

 

 

« Logan Lucky » a été financé de façon complètement indépendante, sans l’aide des studios. Il est distribué aux Etats-Unis par une nouvelle société créée par Steven Soderbergh, « Fingerprint Releasing », en association avec Bleeker Street.

 

 

 

BONUS

 

 

LEÇON DE CLASSES de Jan Hrebejk

 

Avec Zuzana Mauréry, Csongor Kassai et Zuzana Konecná

 

En salles, le 25 Octobre

 

 

 

 

Bratislava, 1983, au moment où le communisme s’achève. Maria Drazdechova, enseignante et membre du parti communiste manipule élèves et parents afin de prouver que tout individu est naturellement prédisposé à être corrompu.

 

 

Le scénariste Petr Jarchovsky s'est inspiré de sa propre expérience personnelle vécue à l'école primaire pour écrire le film : « La situation dont le scénario de « Leçon de classes » s’inspire, s’est produite à la fin des années soixante-dix, et elle a joué un rôle important dans le façonnement de mon point de vue sur le monde. Le combat contre un enseignant qui abuse de sa position évoque un dilemme moral spécifique à une situation historique tout en possédant un aspect universel. À la base, c’est une histoire vraie, qui s’est inscrite dans l’histoire de ma famille avec une intensité particulière. L’anecdote a été reprise et rappelée sans cesse à différentes occasions. J’ai eu envie d’en écrire une déclinaison proche du dilemme du drame judiciaire. »

 

 

Le scénariste explique le but du film « La lutte contre une enseignante qui abuse de sa position s’est révélée l’occasion parfaite pour évoquer les dilemmes moraux propres à cette période et également ceux qui restent universels à l’homme. Cette histoire vraie s’est inscrite intemporellement par sa force évidente. En Tchéquie elle a été racontée et rappelée pendant des années à diverses occasions ». « Courber l’échine face à son supérieur en vue d’obtenir un petit privilège est quelque chose que nous voyons tous les jours autour de nous. J’espère que voir ce film nous rendra un peu plus courageux face à la corruption », conclut Katerina Ondrejkova (Coproductrice du film).

 

 

Le scénariste Petr Jarchovsky revient sur la manière dont il a appréhendé le personnage de Marie, l'enseignante manipulatrice : « Dans la vraie vie, sous son masque de bienveillance maternelle, la professeure se comportait de manière moins raffinée que dans sa version cinématographique. Nous avons voulu que ce personnage soit convaincant et intemporel. C’est la raison pour laquelle, dans le film, elle a plus de subtilité, d’intelligence et de séduction. Ma mère avait travaillé comme comptable à l’aéroport. Le dilemme auquel fait face le père de Danka Kucerova, joué par Csongor Kassai, fut le dilemme réel de ma mère et l’évolution de l’histoire est très proche de celle que j’ai vécue. »

 

 

La comédienne Zuzana Mauréry, qui incarne l'enseignante Marie, explique comment elle s'est retrouvée impliquée dans le projet : « Assez ironiquement, j’ai appris par accident que Jan Hrebejk était sur le point de faire ce film en lisant une de ses interviews dans la presse tchèque. Je me souviens avoir lu qu’il pensait engager Mrs. Šafránková pour le rôle principal, mais à ce moment-là cette dernière jouait le rôle d’une enseignante dans un autre film. Il a donc cherché une autre actrice dans des théâtres régionaux. Six mois plus tard, la coproductrice du film, Zuzana Mistríková, a organisé une audition. L’aventure a commencé. »

 

 

Pour le réalisateur, « Le thème principal n’est pas l’intimidation des enseignants envers les élèves ! Aujourd’hui, le cas contraire est même le plus fréquent. Le thème principal, c’est la peur, comme un test de caractère. »

 


 

BROOKLYN YIDDISH de Joshua Z. Weinstein

 

Avec Menashe Lustig, Yoel Falkowitz et Ruben Niborski

 

En salles, le 25 Octobre

 

 

 

 

Borough Park, quartier juif ultra-orthodoxe de Brooklyn.


Menashé, modeste employé d'une épicerie, tente de joindre les deux bouts et se bat pour la garde de son jeune fils Ruben. En effet, ayant perdu sa femme, la tradition hassidique lui interdit de l'élever seul. Mais le Grand Rabbin lui accorde de passer une semaine avec son fils ; l’ultime occasion pour Menashé de prouver qu’il peut être père dans le respect des règles de sa communauté.

 

 

Prix du Jury au Festival du Cinéma Américain de Deauville 2017

 

 

L'Américain et réalisateur Joshua Z. Weinstein vient du documentaire et a beaucoup voyagé à travers sa carrière, notamment en Ouganda, en Inde, au Japon ou encore aux Philippines. Le metteur en scène a voulu réaliser un film centré sur le milieu hassidique new-yorkais parce qu'il s'agit selon lui d'un univers noble, à la fois éloigné et proche. Il explique : « Je me disais que cela faisait partie de moi, que les hassidim sont un peu mes frères : je suis juif, ils sont juifs. Mais rien ne nous relie si ce n’est nos racines. Il y a quelques années, on aurait été dans les mêmes endroits, nos racines plantées dans le même sol, mais là, nous sommes comme déconnectés les uns des autres. Pour moi, le cinéma est un moyen de comprendre ceux qui nous semblent différents, étrangers. J’ai fait ce film pour approcher cette différence. Je pense que l’émotion que procure le cinéma donne accès à la vérité, ou bien qu’elle est une part importante de la vérité. Ce film était une façon de comprendre la société et en particulier le microcosme hassidique – auquel je suis attaché – tout en épousant des problématiques plus larges. Le but était de comprendre dans quelle société évolue Menashé, qui a un point de vue singulier, unique et très particulier, car il ne se fond pas totalement dans le milieu hassidique. »

 

« Brooklyn Yiddish » est inspiré de la propre vie de Menashé Lustig. Dans un premier temps, le réalisateur s'est immergé dans le milieu hassidique, dans les cafés. Le cinéaste est allé prier avec des personnes rattachées à cette religion et s'est fondé dans le décor. Il a ensuite expliqué aux gens qu'il cherchait des acteurs pour jouer dans un film, mais personne n'a voulu tenter l'expérience. Il a alors rencontré un ami qui fait des vidéos et des clips musicaux au sein de la communauté et qui lui a présenté Menashé. Joshua Z. Weinstein se rappelle : « On a fait des tests avec lui devant la caméra et ça a immédiatement fonctionné. Les gens le voyaient comme un nouveau Charlie Chaplin. Régulièrement, il fait des animations dans les fêtes religieuses, mariages et bar-mitsva... Il était d’emblée très drôle mais j’ai vu dans son regard quelque chose d’autre : tant de peine. Il me semblait si vulnérable mais avait une présence d’une rare intensité. Il savait être présent, juste présent. Alors j’ai su que j’allais faire ce film avec lui, avec son histoire à lui. Nous avons beaucoup parlé, il m’a raconté son histoire : la mort de son épouse et la perte de la garde de son fils. C’était à la fois spécifique aux pratiques de cette micro-société hassidique et en même temps, totalement universel : la paternité, se faire arracher son fils et essayer de tout faire pour le reprendre. »

 

 

« Brooklyn Yiddish » est avant tout le portrait d'un homme qui témoigne aussi bien des aspects négatifs que des aspects positifs des personnages et du hassidisme. Joshua Z. Weinstein raconte : « J’ai cherché à montrer des choses pénibles aussi : les femmes qui n’ont pas le droit de conduire, les abus de pouvoir... mais cela passe en arrière-plan car ce n’est pas l’histoire que je devais raconter. Evidemment, j’aurais pu faire un film sur les travers du hassidisme, mais il existe tant de belles histoires à raconter qu’il est dommage de ne pas le faire – et je n’avais jamais vu cette histoire racontée au cinéma. Il est important de raconter des histoires inédites. Je me devais de raconter une histoire qu’on n’avait encore jamais vue au cinéma. C’est ça qui m’excitait, m’enthousiasmait. »

 

 

 

du même programme

vous aimerez aussi

à voir aussi