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Le Pitch - Cinéma
Le Pitch Cinéma du 10 octobre 2017

diffusé le mar. 10.10.17 à 23h19
émissions culturelles | 6min | tous publics

 

NUMÉRO UNE de Tonie Marshall

 

Avec Emmanuelle Devos, Richard Berry, Suzanne Clément, Benjamin Biolay et Sami Frey

 

 

 

 

 

Emmanuelle Blachey est une ingénieure brillante et volontaire, qui a gravi les échelons de son entreprise, le géant français de l'énergie, jusqu'au comité exécutif. Un jour, un réseau de femmes d'influence lui propose de l'aider à prendre la tête d'une entreprise du CAC 40. Elle serait la première femme à occuper une telle fonction. Mais dans des sphères encore largement dominées par les hommes, les obstacles d'ordre professionnel et intime se multiplient. La conquête s'annonçait exaltante, mais c'est d'une guerre qu'il s'agit.

 

Raphaëlle Bacqué, journaliste et grand reporter au Monde, a aidé la réalisatrice Tonie Marshall dans l'élaboration de son scénario : « Je l'ai consulté régulièrement pendant l’écriture pour veiller à la crédibilité de l’histoire, elle m’a aidé à enquêter et permis de rencontrer des femmes qui occupent des hauts postes dans de grandes entreprises comme Anne Lauvergeon, Laurence Parisot, Claire Pedini, Pascale Sourisse… Elles m’ont confié beaucoup d’anecdotes, dont ces petites humiliations subies au quotidien dans ce milieu essentiellement masculin. Leurs témoignages ont beaucoup nourri le parcours de mon héroïne », confie la cinéaste.

 

Tonie Marshall se défend d'avoir mis en scène un film victimaire en pointant le sexisme ambiant dans les grandes entreprises : « Il est vrai que les grandes entreprises ont du mal à recruter des femmes à de hautes fonctions. Non pas parce qu’il n’y en a pas, mais parce qu’elles ne s’autorisent pas à postuler à ces postes et qu’on ne les y encourage pas. Ou encore certaines renoncent, parce qu’elles imaginent (ou elles savent) qu’ayant pris un poste convoité par des hommes, leur vie va devenir un enfer. Et pendant ce temps-là, les hommes grimpent, grimpent, même les moins bons ! Cela dit, « Numéro Une » se veut un film positif, et le contraire d’un film victimaire. Je sais que le « doute » est un sentiment partagé par presque toutes les femmes, mais, même atteintes ou blessées, nous devons essayer d’être dans l’avancée, toujours croire que les choses peuvent changer. »

 

C'est la seconde fois que Tonie Marshall travaille avec Emmanuelle Devos : « J’avais appelé mon personnage Emmanuelle avant de penser à elle, je ne pourrais vous dire pourquoi. Emmanuelle est quelqu’un que j’aime beaucoup, avec laquelle je me sens très libre, dans un rapport de vérité et de travail. Pour ce rôle, nous avons beaucoup travaillé sur son maintien, sa démarche, ses vêtements ou ses chaussures. Il fallait qu’elle attrape une assise, une tenue de corps et de langage propre aux fonctions de dirigeante d’entreprise. Il fallait aussi qu’elle apprenne le chinois ! Li Song, qui joue l’interprète dans le film, l’a coachée pendant des mois, c’est une langue difficile ! »

 

 

La cinéaste a aussi engagé Richard Berry et Benjamin Biolay : « Pour Beaumel, j’avais en tête un petit brun conquérant et nerveux comme Nicolas Sarkozy ou Henri Proglio, dont on m’a toujours dit qu’il était extrêmement gentil, attentif, avec toujours un petit mot pour chacun et jamais dans la morgue. Richard a tout de suite eu un rapport de bienveillance vis-à-vis de son personnage. Ce qui allait dans le sens du film car je voulais que ce type soit quand même un peu sympathique, ni tout noir, ni tout blanc. Quant à Benjamin Biolay, je trouvais qu’il faisait un bon contrepoint à Richard Berry. Leur couple est étonnant, on les imagine bien tisser ensemble leur toile politique et professionnelle, être dans un rapport de conquête avec les femmes, partant en bordée ensemble. »

 

Tonie Marshall est la seule cinéaste à avoir remporté le César de la meilleure réalisation pour « Vénus Beauté (Institut) » en 2000. Elle fait le point sur la situation des réalisatrices en France : « Le cinéma reste un cas à part selon moi. Je n’ai jamais entendu dire qu’un film ne se montait pas parce qu’il était fait par une femme. Je me souviens que Daniel Toscan du Plantier disait que deux mouvements avaient été prépondérants dans le cinéma français : la Nouvelle Vague et l’arrivée en masse des femmes dans le cinéma français à la fin des années 80. Je ne peux pas dire le contraire… Cela bouge aussi au niveau de la technique, avec des filles chef opératrices, machinos… La France est le pays où il y a le plus de réalisatrices femmes. Plus il y en aura, mieux ce sera même si je ne suis pas pour autant d’accord avec l’appellation ‘films de femmes’. Si tu es cinéaste, peu importe que tu sois homme ou femme… Ce qui importe surtout, ce sont les sensibilités, et la diversité. »

 

L’ATELIER de Laurent Cantet

 

Avec Marina Foïs et Matthieu Lucci

 

 

 

 

La Ciotat, un été. Antoine a accepté de suivre un atelier d’écriture où quelques jeunes en insertion doivent écrire un roman noir avec l’aide d’Olivia, une romancière reconnue. Le travail d’écriture va faire resurgir le passé ouvrier de la ville, son chantier naval fermé depuis 25 ans, toute une nostalgie qui n'intéresse pas Antoine. Davantage connecté à l'anxiété du monde actuel, le jeune homme va s’opposer rapidement au groupe et à Olivia que la violence d'Antoine va alarmer autant que séduire.

 

« L'Atelier » trouve sa genèse dans un reportage de 1999 pour France 3 sur lequel avait travaillé le co-scénariste de Laurent CantetRobin Campillo, à l’époque où il était monteur pour la télévision. On y voyait une romancière anglaise animer un atelier d'écriture à La Ciotat. Ce dispositif, mis en place par la Mission locale, devait permettre à une dizaine de jeunes d’écrire ensemble un roman dont la seule contrainte était de se situer dans le cadre de la ville. C'est à ce moment que Cantet et Campillo ont commencé à réfléchir à un film.

 

Via le cadre spatial du chantier aujourd’hui reconverti dans la réparation de yachts,  « L'Atelier » témoigne de cette mutation radicale d’une société qui, sous l’effet des crises économiques et politiques, ne se reconnaît plus dans le monde tel qu’il était et tel que les « vieux » voudraient continuer à le représenter. « Ce que nous disent les jeunes de l’atelier, c’est qu’ils refusent d’être assignés à une histoire qui ne peut plus être la leur. Ils sont maintenant confrontés à des problèmes tout autres. Trouver leur place dans un monde qui ne les prend pas en compte, avoir l’impression de n’avoir aucune prise sur le déroulement des choses et sur leur propre vie. Et faire face aussi à une société violente, déchirée par des enjeux sociaux et politiques inquiétants : précarité, terrorisme, montée de l’extrême droite... » avance Laurent Cantet.

 

Après l'achèvement d'une première version du scénario, Laurent Cantet et son équipe ont fait un casting « sauvage » dans les clubs de sport ou de théâtre, à la sortie de lycées, dans les bars... Le metteur en scène a ainsi rencontré quelques centaines de jeunes de la région pour en choisir quelques-uns au final. Avec eux, Cantet a mené un « atelier » de deux semaines à plein temps, dans l’idée de nourrir le film de leurs expériences et de leurs personnalités. « Les scènes se sont ainsi enrichies progressivement. En un sens, ils n’ont jamais appris leur rôle, mais ils l’ont intégré. Et les échanges auxquels a donné lieu ce travail en amont ont infléchi l’écriture », précise-t-il.

 

A l'origine, Laurent Cantet avait envisagé de faire appel à une actrice étrangère (comme l’était la romancière de l’atelier qui avait servi d’inspiration dans le reportage) pour jouer le rôle d'Olivia. Le réalisateur a finalement renoncé à cette option car il fallait que le personnage de la romancière maîtrise assez la langue française pour faire face à la truculence des jeunes. « Si j’ai sollicité Marina Foïs, c’est que je savais qu’elle saurait assumer cette partition, qu’elle avait la verve requise pour s’imposer dans le groupe, et qu’elle pouvait le faire avec une certaine légèreté, ce qui me semblait indispensable » confie Cantet.

 

Le cinéaste a cherché à donner une « coloration thriller » à L'Atelier. Il y voit une façon de brouiller les pistes. « La codification du thriller permet, en sous-texte, de faire passer des questions importantes : le désir pour un autre monde, la frustration, la violence contenue. Mais elle suscite aussi des émotions violentes : je voulais qu’on aie peur, à la fois pour lui et pour elle... », raconte-t-il.

 

Laurent Cantet et Robin Campillo ont commencé à écrire L'Atelier peu de temps après l’attentat contre Charlie Hebdo. Ils ont ensuite repris le scénario quelques jours après les attentats du 13 novembre 2015 à Paris et étaient en répétitions au moment de l’attentat de Nice. « Ce jour-là, avec Matthieu Lucci, nous en avons discuté pendant toute la matinée, et c’est ce qui a généré le dialogue sur la nécessité d’en parler, parce qu’enfin il est question de quelque chose qui les touche vraiment. Bref, tout s’est fait dans le sentiment d’une urgence à penser des perspectives qui ne soient pas celles qu’on nous propose ou qu’on nous promet : le nationalisme, les désirs de guerre », se rappelle le cinéaste. 

 

 

BONUS

 

 

LA QUÊTE D’ALAIN DUCASSE de Gilles de Maistre

 

 

 

 

 

Quelle peut être la quête d’Alain Ducasse, le petit garçon des Landes devenu aujourd hui l'un des chefs et mentors les plus  reconnus de la cuisine dans le monde ? Celle de l'essence du  goût ? D'une gastronomie humaniste engagée et responsable ? Que cherche un homme qui semble avoir déjà tout ? 23 restaurants dans le monde, 18 étoiles Michelin, Alain Ducasse ne cesse de créer des adresses qui plaisent à notre temps, de bâtir des écoles, de pousser les frontières de son métier vers de nouveaux horizons, sa curiosité n’a pas de limite. Il sillonne le monde sans relâche, car pour lui la cuisine est un univers infini. Cet homme public, si secret pourtant, a accepté d’être suivi pendant près de deux ans, nous ouvrant ainsi les portes de son univers, en perpétuelle évolution.

 

Alain Ducasse est un chef pluri-étoilé, à la tête de dizaines d’établissements aux quatre coins de la planète. Le réalisateur Gilles de Maistre l’a traqué pendant 18 mois. De Paris à Tokyo jusqu’à Rio, en passant par la Chine, les États-Unis, Monaco, les Philippines et… la Mongolie, Gilles de Maistre a bénéficié d’un accès privilégié, auparavant jamais accordé : la proximité immédiate avec l’immense cuisinier pour saisir, l’homme, le vrai, au-delà de l’image officielle du grand chef de la haute cuisine française.

 

Au fil des images,  s’y révèle l’ancien fils d’une ferme du Sud-Ouest landais toujours fidèle à son credo du beau et du bon, attentif aux cultures d’ici et d’ailleurs. Mais aussi l’homme d’affaires intime des plus grands, militant en même temps ardemment pour le maintien des traditions des artisans et des paysans. Ambassadeur de la cuisine de la naturalité, entre tradition et modernité, Alain Ducasse parcourt la planète – dans son école de cuisine de Manille pour la réinsertion sociale des enfants de la rue, au Château de Versailles pour redorer les fastes des grands Dîners des Rois – habité par l’urgence de tout connaître, de tout comprendre et de tout goûter (de la vie).

 

Alain Ducasse était très réservé à l’idée de participer au projet – le réalisateur Gilles de Maistre se souvient : « Pendant un an, on a fait des va-et-vient essayant de lui faire comprendre qu’on lui proposait un projet totalement différent. Quelque chose d’inédit, de jamais vu. Au fil des rencontres, je crois qu’il a commencé à comprendre que je voulais montrer seulement qui il était vraiment, loin des clichés et des a priori sur lui. Je lui ai dit aussi que ça allait être avec lui ou alors que ça capoterait, que ça n’aurait pas eu de sens de le faire avec un autre grand chef, qu’il n’a pas d’équivalent. Que s’il montait à bord de ce film ambitieux, à la hauteur d’un restaurant trois étoiles, il fallait qu’il se fasse à l’idée d’être suivi et filmé partout, pendant au moins 18 mois, mais de manière discrète, lui m’offrant honnêtement de filmer sa vie et moi respectant la réalité de sa personnalité. Au bout de tous ces atermoiements, il a vu que j’insistais, que je tenais vraiment à ce que ce film voit le jour. J’ai dû gagner, avec la curiosité suscitée par tant d’acharnement, aussi un peu de son respect. Mais il ne tranchait pas et on faisait toujours du surplace. Et enfin, un jour, alors qu’on s’y attendait plus, il a lâché : « Ok, on y va. » Encore aujourd’hui, trois ans plus tard, Alain me taquine, malicieux : « Gilles, finalement on l’a fait votre film mais moi, hein, je ne vous ai jamais clairement dit oui, n’est-ce pas…? »

 

Renommé dans le monde entier, on voit plusieurs personnalités dans le documentaire. Alain Ducasse revient sur l’un des événements du film : « Lors de la réunion pour la COP21 sur le changement climatique en décembre 2015, j’avais proposé à François Hollande d’organiser une réception pour les chefs d’État en cohérence avec son sujet. Un grand dîner pour 32 présidents mais à moins de vingt euros par personne. Pour un menu uniquement composé de légumes, de graines, de poissons de pêche durable, de racines. Un geste symbolique, politiquement assumé pour montrer au monde qu’on pouvait faire un grand dîner modeste. François Hollande était pour, mais l’histoire en a décidé autrement. Déçu, deux mois plus tard, j’ai invité Hollande à déjeuner dans l’aquarium, la table privée logée en face du passe dans les cuisines du Plaza Athénée. Je lui ai servi le menu auquel… il avait échappé. Dans ce grand menu de cuisine modeste, il y avait de l’amertume, de l’acidité. La cuisine de la naturalité à la portée de tous. Hollande a adoré, il m’a dit combien il regrettait cette occasion ratée dont il n’était pas le responsable. Mais c’était, j’en conviens, peut-être trop radical pour le système, pour l’establishment élyséen. »

 

Mais de quoi est véritablement faite la quête d’Alain Ducasse ? Il répond : « De la poursuite de l’excellence, toujours, être sans cesse le meilleur dans la catégorie où l’on a choisi de s’inscrire. Que ce soit une table à 20 ou à 1 000 euros. Voilà pourquoi je pratique le grand écart, je créé des restaurants de très haute gastronomie mais aussi des bistrots, je conseille des établissements scolaires ou le monde médical pour leurs espaces de restauration. Sans pour autant me gargariser bruyamment d’une forme d’engagement social. ». Et Gilles de Maistre de conclure : « Tout ce que l’on voit à l’écran est vrai, sans trucages, filtres ou censure. Personne ne le connaît véritablement, il est en cuisine mais pas aux fourneaux. Il voyage, rencontre des gens, goûte des produits, crée des liens, saisit des opportunités, rêve d’ouvrir des restaurants. Dans sa quête de globe-trotteur, il ne s’arrête jamais. On voit bien qu’il prend un plaisir immense à tout ce qu’il fait, on retrouve sa part d’enfant toujours enthousiaste de la vie. Il peut être parfois dur, cassant. Mais il est fondamentalement quelqu’un de bien et est très loin de l’image monolithique de businessman qu’on lui donne souvent trop rapidement. C’est d’ailleurs la partie de sa vie qu’il aime le moins, et son moteur, loin de l’argent, c’est sa passion. Le suivre, franchement ce n’est pas gagné, c’est un sport de combat à l’image de sa boulimie de connaissance légendaire… » 

 

DETROIT de Kathryn Bigelow

 

Avec John Boyega, Will Poulter et Jack Reynor

 

 

 

Ce film est interdit en salles aux moins de 12 ans

 

Été 1967. Les États-Unis connaissent une vague d'émeutes sans précédent. La guerre du Vietnam, vécue comme une intervention néocoloniale, et la ségrégation raciale nourrissent la contestation. À Detroit, alors que le climat est insurrectionnel depuis deux jours, des coups de feu sont entendus en pleine nuit à proximité d'une base de la Garde nationale. Les forces de l'ordre encerclent l'Algiers Motel d’où semblent provenir les détonations. Bafouant toute procédure, les policiers soumettent une poignée de clients de l'hôtel à un interrogatoire sadique pour extorquer leurs aveux. Le bilan sera très lourd : trois hommes, non armés, seront abattus à bout portant, et plusieurs autres blessés…

 

Les émeutes qui ont eu lieu à Detroit le 23 juillet 1967 sont l'une des plus importantes des Etats-Unis, derrière celles des Draft Riots de New York (1863) et celles de Los Angeles (1992). S'étant déroulées sur cinq jours, elles ont causé la mort de 43 personnes et en ont blessé 467 autres.

 

Après avoir été abandonné pendant plusieurs décennies par les hommes politiques, et été l’objet de promesses non tenues, le centre-ville a cédé à la violence et la riposte par la répression policière n’a fait qu’attiser le climat de révolte. Le chaos était tel qu’il était parfois impossible de distinguer victimes et oppresseurs. Au-delà des morts, la plus grande victime de ces terribles émeutes reste l’innocence, comme en témoigne le film. Alors qu’ils ont défrayé la chronique à l’époque, les événements survenus à l’Algiers Motel – et ses répercussions – ont été relégués dans les oubliettes de l’histoire.

 

Pour la réalisatrice Kathryn Bigelow, le cinéma « s’adresse au subconscient, suscitant une posture presque active de la part du spectateur. Dans « Detroit », je voulais plonger le spectateur à l’intérieur de l’Algiers Motel afin qu’il vive les événements en train de se dérouler en temps réel », confie-t-elle.

 

En s’attelant à cette page de l’histoire américaine contemporaine, Kathryn Bigelow et son co-scénariste Mark Boal ont cherché à rendre hommage aux rescapés et aux victimes avec respect et humanité. Boal, a mené des recherches approfondies et s’est entretenu avec les témoins encore vivants qu’il a pu retrouver et tous ceux ayant participé aux manifestations. Étant donné le style naturaliste du film, la réalisatrice et son chef-monteur Billy Goldenberg ont décidé d’intégrer des images d’archives aux prises de vue pour accentuer encore le réalisme d’ensemble. Après avoir entamé leurs recherches en 2014, Boal et son équipe ont interviewé des dizaines de participants aux émeutes, qu’il s’agisse d’habitants noirs de Detroit, de policiers ou de militaires. Grâce à ses six enquêteurs engagés à temps plein, encadrés par le journaliste de Detroit David Zeman (lauréat du prix Pulitzer), la production a réuni des coupures de presse, des reportages radiophoniques et télévisés, des archives judiciaires, des PV d’investigations menées par le FBI et le ministère de la Justice, des témoignages de manifestants, des résultats d’enquêtes sociologiques, et d’autres documents qui n’avaient jamais été rendus publics par le Detroit Police Department et la University of Michigan.

 

Parmi les dizaines de récits individuels qu’a dénichés Boal, l’histoire véridique de Larry Reed (campé par Algee Smith dans le film), leader du groupe The Dramatics, l’a particulièrement frappé. Le chanteur avait réservé une chambre à l’Algiers Motel pour lui et son ami Fred Temple (Jacob Latimore) afin d’échapper à la violence des rues pendant le couvre-feu. « Larry a été projeté malgré lui dans cette affaire criminelle et elle l’a bouleversé pour le restant de ses jours » relate Boal.

 

Le scénariste a retrouvé la trace de Reed qui ne s’était pas exprimé publiquement sur ces événements depuis plusieurs dizaines d’années. S’il était réticent au départ, l’homme a fini par confier son témoignage déchirant à Boal : ce dernier a été tellement touché qu’il a compris qu’il était de son devoir de braquer les projecteurs sur cette page de l’histoire injustement méconnue. Outre toute la documentation qu’il avait réunie sur les événements de l’Algiers, il a réussi à rencontrer d’autres anciens clients de l’hôtel, traumatisés à vie par ces violences effroyables et murées dans leur silence. Pour la réalisatrice, en s’attaquant à ce récit collectif, elle se devait de le transposer à l’écran avec justesse et sans jugement de valeur. Elle s’est d’ailleurs elle-même entretenue avec les rescapés.

 

« Quand on tourne un film sur des faits réels, et qu’on rencontre les témoins de ces événements, on doit s’efforcer de montrer que ce qu’ils ont vécu reste gravé dans les mémoires et d’en restituer toute la force pour que le spectateur comprenne ce qui leur est arrivé » dit-elle. « Lorsqu’on raconte une histoire vraie comme celle-ci, on doit le faire avec un grand sens des responsabilités morales, non seulement envers la vérité historique, mais surtout à l’égard des hommes et des femmes qui l’ont vécue – dont certains ont survécu et d’autres pas. Et même s’il s’agit d’une oeuvre de fiction et non d’un documentaire, il nous incombait de rendre hommage à la mémoire de ces hommes et de ces femmes avec respect et humanité » ajoute Boal.

 

Outre les recherches considérables effectuées pour le film, la production a eu la chance de disposer de trois témoins impliqués dans le drame de l’Algiers Motel. Grâce à leur témoignage de l’intérieur, les auteurs ont compris comment cet interrogatoire a dégénéré en chaos absolu. Melvin Dismukes, Larry Reed et Julie Ann Hysell ont permis à l’équipe de tournage de reconstituer le fil des événements à partir de points de vue différents. Ils ont également servi de consultants sur le plateau pour que la reconstitution soit aussi fidèle que possible à la réalité. « À mes yeux, le plus important pendant la préparation, en tout cas pour moi, a été d’apprendre à connaître ces témoins directs des événements. Ils nous ont fourni un témoignage détaillé de ce qui s’est passé cette nuit-là. Cinquante ans plus tard, beaucoup d’entre eux sont encore traumatisés – et pour cause » indique Kathryn Bigelow.  

 

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